Démocratie, régionalisme, ethnocentrisme…Quelle voie ?

Bénin : La question du régionalisme, du régionalisme et de l’unité nationale

Un point de vue de Philippe Noudjènoumè*

Alors que le continent africain, au prétexte de divisions religieuses, ethniques, communautaires….autant réelles qu’artificielles,  est toujours ravagé par les guerres, toujours dominé par des dictatures marionnettes et les puissances prédatrices,  le point de vue apporté par Philippe Noudjènoumè prend toute son importance.

Si débarrasser l’Afrique de toutes ces scories parasites, pâles copies des « démocraties » occidentales, elles-mêmes malades et vermoulues de l’intérieur, s’impose comme une urgente nécessité; si chasser tous ces fantoches accrochés au pouvoir comme des parasites paraît, à l’exemple du Faso, désormais possible, se pose toujours et à chaque fois la question de la contre proposition alternative plausible : Quelle organisation opposer à leur système mensonger, 100% d’importation et, s’agissant des pays d’Afrique de l’Ouest, véritables cheval de Troie de la Françafrique ? (Pour la rédaction de l’Autre Afrique : François Charles)

La prise en compte des histoires nationales, régionales, locales par delà les frontières héritées des colons, l’importance du passé culturel et politique, des traditions organisationnelles…autant de questions en suspens et à prendre en considération que s’efforce, dans son interview, de traiter Philippe Noudjènoumè.

Le débat est ouvert, il est loin d’être clos, mais il est de la plus haute importance pour l’avenir africain du continent Afrique.

Bénin : La question du régionalisme et du régionalisme et de l’unité nationale

Mesdames et messieurs, Chers amis journalistes, soyez les bienvenus au Siège de mon Parti pour ce point de presse.

I – Actualité de la question  

Mesdames et messieurs, partout aujourd’hui dans tous les milieux politiques et sociaux s’invite les débat sur le régionalisme. Des propos tels que « je ne suis pas de la bonne région pour avoir tel poste » ou pour réussir à un concours. Ou bien « Il fait avoir un patronyme d’une telle consonance pour voir la porte d’un concours ouvert à soi » ou encore « Candidat du sud ou « candidat du nord » etc. s’entendent tous les jours dans les cénacles privés et débordent souvent dans l’espace public créant une atmosphère de méfiance entre personnes du même pays. Autrement dit, l’impression générale de plus en plus partagée est que les chances ne sont pas égales selon que l’on est né ou originaire de telle ou telle région. Malheureusement ces propos graves pour l’unité nationale prennent appui sur des faits réels. Il suffit de jeter un coup d’œil sur les principaux gestionnaires des postes-clé de l’appareil d’Etat pour se rendre compte de la question : les régies financières notamment en sont une expression palpable.

Cette situation exacerbe, développe à rebours des émotions et réflexions ethno-régionalistes de plus en plus exprimées dans la partie sud du pays créant un véritable danger de conflits à connotation régionale préjudiciable à l’unité des peuples du Bénin. Des débats multiples s’animent autour des questions comme celle de quota comme base de répartition des cadres dans l’administration ou celle d’un fils du sud comme prochain Président de la république parce que disent ces régionalistes du sud sur les 54 années d’indépendance, le nord en a occupé les ¾. Tout propos qui occulte complètement ce fait notable que ces pratiques du pouvoir de YAYI- justement condamnables- n’entament nullement le déséquilibre interrégional en défaveur des régions septentrionales créé par la colonisation depuis 1894. La question du régionalisme est donc redevenue surtout en ces temps de compétitions électorales un débat d’enjeu politique.

Certes YAYI Boni est allé très loin dans les pratiques ethno-régionalistes. Mais est-il le premier et le seul ? Nullement. Depuis 1960, tous les pouvoirs qui se sont succédé à la tête de notre pays ont pratiqué à des degrés divers le régionalisme et l’ethnocentrisme. Depuis 1960, la politique de la haute bourgeoisie- qu’elle soit du nord ou du sud- a été une politique ethno-régionaliste qui a toujours visé à opposer les peuples entre eux, empêcher leur union, pour la pérennisation de la domination et l’exploitation impérialistes. Le cas du pouvoir de Kérékou-PRPB de 1972 à 1990 est à considérer de très près. En effet de tous, il apparaît ayant pratiqué le moins l’ethno-régionalisme. D’une part, parce que les membres de sa cour sont diffractés dans toutes les nationalités du Bénin ; d’autre part parce que sa région d’origine n’a bénéficié d’aucune infrastructure pendant son règne. Mais de 1996 à 2006, Kérékou n’a pas hésité à pratiquer comme tous les autres cette politique ethno-régionaliste sans fard. Des ministères étaient ethno-régionalisés. Généralement la frange de la haute bourgeoisie qui accède au pouvoir a toujours prétendu représenter son ethnie, sa région et parler en leur nom au détriment des autres. Dans l’opposition, elle a toujours tenté d’utiliser cette corde sensible ethno-régionaliste pour accéder au pouvoir. La dernière tentative de constitution de l’Union des fils descendants de Tado dans la Grande Union fait la Nation en est une illustration. Il suffit de voir qu’au ministère du Plan (sous le pouvoir de Kérékou) au temps d’Amoussou Bruno, la langue officielle de ce ministère était l’adja pour comprendre le problème, comme aujourd’hui la langue officielle- dit-on- de la Présidence de la République est le nago. La politique ethno-régionaliste en œuvre autour de YAYI Boni n’est donc pas la première.

Mais celle-ci est plus systématique et prend une allure d’autant plus révoltante que la manne à partager se réduit par suite de la crise, du rétrécissement du marché de l’emploi et du chômage généralisé de la jeunesse. Par ailleurs, du fait du rétrécissement de la manne à partager, les nationalités ou régions que le pouvoir de YAYI Boni prétend représenter ne sont même pas satisfaites et ne peuvent d’ailleurs l’être. Seule une infime minorité de personnes généralement liées directement aux membres du sérail du pouvoir arrivent à tirer leur épingle du jeu laissant dans la misère l’immense majorité.

II- La question du régionalisme et de l’ethnocentrisme n’est pas nouvelle.

Depuis la fin des années 1890, avec l’agression de notre pays par le colonisateur français et la réunion par la force des armes de ses peuples ou groupes ethniques en un Etat colonial, appelé Dahomey, la question de disparités régionales et ethniques- la question du régionalisme et de l’ethnicisme- n’a jamais cessé de marquer la vie politique publique de notre pays. Véritable serpent de mer, le débat régionaliste et ethniciste réapparaît à tous les tournants politiques importants de notre vie nationale : 1958, 1963 avec le renversement de Maga ; 1991 avec l’échec de Kérékou aux présidentielles et les graves événements de mars 1991,

La prégnance des considérations régionales et ethniques sur la politique des divers gouvernements ayant présidé aux destinées de notre pays depuis 1960 a été dénoncée très tôt par les forces et mouvements progressistes des années 1960-1970. Et le plus scientifique, pour ne pas dire le plus éclairé des représentants de ce mouvement progressiste d’alors fut incontestablement feu Guy Landry HAZOUME. Son livre intitulé « Idéologies tribalistes et nation en Afrique : le cas dahoméen », édité à Présence africaine en 1972 a pendant longtemps servi de bréviaire à la jeune génération de militants révolutionnaires africains et béninois que nous étions dans les années 1970 (militants de l’UGEED, de la FEANF, du FACEEN, de la LNJP, de la JUB etc.) sur la question du régionalisme et l’unité nationale. Il est donc heureux que des hommes épris d’équité et de justice s’émeuvent de cette spirale suicidaire pour le pays et veuillent tenir sur la question un « FORUM DE RÉFLEXION ET D’ÉCHANGE SUR LA PROBLÉMATIQUE DU RÉGIONALISME ET DE « L’UNITÉ NATIONALE » Et l’objectif poursuivi est louable qui s’exprime ainsi « Engagés par le passé, malgré leurs différences politico-idéologiques, pour la cohésion de notre pays, ils voudraient créer, avec leurs amis et compagnons d’hier, mais également avec les plus jeunes d’aujourd’hui, une opportunité, une occasion pour mieux cerner le phénomène régionaliste et pour y proposer des solutions d’endiguement dépouillées de toute hypocrisie politique. » (Cf. texte d’appel et de motivation du forum).

Mon Parti, le Parti Communiste du Bénin a tenu sur la question beaucoup de forums, a émis sur la question beaucoup de réflexions depuis sa création en 1977. De façon particulière deux colloques sont à mentionner. C’est celui de 1991 et celui de 1997. Tout cela a fait l’objet du livre « La question du régionalisme et de l’ethnocentrisme- Disparités régionales et politique de développement équilibré du pays » qui vient de paraître en Octobre 2014 et qui résume l’essentiel des thèses du Parti communiste sur la question.

III- Quelle est la politique du PCB sur la question du régionalisme et de l’ethnocentrisme ?   

Pour commencer définissons ce que c’est le régionalisme et l’ethnocentrisme ?

Dans mon ouvrage « Démocratie au Bénin. Bilan et perspectives, édition L’Harmattan 1999, je soulignais le danger de la question en ces termes : « La prévalence des idéologies ethno-régionalistes dans la pratique politique des populations béninoise n’est pas une surprise ; elle est une donnée objective et cette donnée répond à l’existence d’ethnies ou groupes ethniques à personnalités affirmées les unes par rapport aux autres ; la coexistence de ces ethnies secrète une « idéologie » c’est-à-dire ‘’un rapport vécu des hommes ‘’ béninois à la politique et donne lieu à une solidarité ethnique, chose tout à fait normale… C’est l’utilisation de cette ‘’solidarité tribale’’ par des hommes politiques à des fins politiques jusqu’à l’exclusion d’autres solidarités ou son érection en antagonismes négateurs qui est le mal. Tout dirigeant politique qui ne veut pas seulement gérer, mais gouverner ce pays multi-ethnique doit prendre en compte cette réalité et lui donner corps à travers la Constitution et l’organisation interne de l’Etat » C’est cette politique qui se traduit dans le mot d’ordre d’autonomie administrative.

Le pays est un pays multinational dans ce sens qu’il est composé de plusieurs nationalités. Il est essentiel que l’on en prenne conscience avec ce que cela appelle comme politique adéquate à mettre en œuvre.

Ces différentes nationalités étaient à des niveaux différents de développement économique et social à la veille de la conquête coloniale. Certaines avaient atteint le niveau de formation économique et sociale avec l’apparition de l’Etat caractéristique d’une société de classes antagoniques. La plupart étaient de communautés primitives en désagrégation.

Ces différents niveaux ont influé certainement sur la formation de traits ; soit de développement, d’attitude d’homme aliéné dans une société de classes antagoniques (méfiance, individualisme) soit de maintien d’attitude d’homme gentilice avec sa franchise, sa liberté et sa fierté naturelles. Ces traits sont transitoires et ne constituent point les attributs de telles ou telles tribus ».

Il est naturel qu’un membre d’une ethnie donnée, d’une nationalité déterminée ou d’une région milite activement pour l’épanouissement de son ethnie ou de sa nationalité ou pour le développement économique de sa région. Un tel phénomène ne peut être condamné, au contraire. Il n’y a là rien de reprochable tant que ce désir de développement et d’épanouissement ne porte pas atteinte à une ethnie ou à une nationalité voisine. On doit même y voir de la générosité, de la noblesse de cœur et de sentiment lorsque ce désir de développement et d’épanouissement est perçu dans le sens de l’intégration des ethnies, des nationalités et des régions du pays.  Le régionalisme, en fait primaire, intervient lorsque le militantisme pour sa région ou son ethnie intervient.. Le désir précédemment caractérisé est porté jusqu’à l’exclusivisme, jusqu’à l’expression de la volonté de développement de sa région au détriment des régions voisines. Si cet exclusivisme est porté sur la tribu ou l’ethnie ou la nationalité, on a affaire respectivement au tribalisme, à l’ethnocentrisme, au nationalisme étroit, tous primaires.  Le tribalisme, l’ethnocentrisme, le chauvinisme national et le régionalisme primaire n’interviennent à l’échelle des tribus, des ethnies, des nationalités et des régions, en tant que phénomène négatif au niveau des peuples, que lorsque des dirigeants se fondent sur les sentiments au départ nobles ou primaires pour développer des politiques de même nom en vue de la représentation des localités d’un pays. S’il existe des origines profondes et objectives à de telles politiques, celles-ci n’ont pu se développer et se perpétuer que parce qu’il existe des hommes pour les promouvoir, les distiller et les appliquer. Ainsi, dans notre pays, la haute-bourgeoisie et la couche supérieure de la petite-bourgeoise ont été les auteurs du régionalisme. C’est là le véritable régionalisme. Aussi, faut-il distinguer soigneusement les auteurs du phénomène des masses populaires qui n’y ont aucun intérêt.

La politique du Parti Communiste du Bénin en matière de la question nationale au terme de question ethnique-depuis sa création a toujours été formulée de la manière suivante dans tout programme du Parti « Libérer et unir les nationalités ». Elle est opposée à toutes formes de régionalisme et d’ethno-centrisme, à toutes formes d’exclusion sur la base de région ou d’ethnie, et peut se flatter sans aucun narcissisme d’être le Parti le plus national du Bénin, c’est-à-dire le Parti de toutes les nationalités du pays.

 Libérer le pays et ses nationalités de la domination étrangère, et notamment en ce qui concerne les langues nationales toutes dominées et niées au profit exclusif du français ;  Instaurer l’autonomie administrative étendue jusqu’au niveau des villages et quartiers de ville. Le découpage territorial du pays en région devrait se faire sur la base ethnique. Les ethnies importantes pouvaient être divisées en plusieurs régions sans empiéter sur les ethnies voisines. Dans tous les cas, les responsables administratifs locaux doivent être élus (et révocables) par les populations ; Ce qui donne 39 régions : Cotonou étant érigée en une région Les régions sont divisées en communes ; la commune en arrondissements ;les arrondissements en quartier de ville ou village ;La région est directement rattachée au pouvoir central. Chaque région sera en contact avec l’Académie par l’intermédiaire de ses correspondants. Les Chefs de Région étant élus par la population de la Région.

Chaque région aura sa radio diffusion – et sa Télévision pour mettre en valeur son patrimoine culturel Un Parlement à deux chambres : la Chambre des Députés et la Chambre des Nationalités composée de Représentants de nos Dignitaires et des Rois chargée d’examiner la conformité des lois avec les valeurs traditionnelles positives. Les députés seront élus par région. Pas de liste nationale.

La création au sein de la Cour suprême (à l’instar du Nigeria), d’une Chambre Traditionnelle, composée de dignitaires traditionnels siégeant comme juges en cassation des litiges mettant en œuvre les us et coutumes des peuples de notre pays provenant des Chambres traditionnelles près les cours d’appel des régions.

La reconnaissance des Rois, Chefs de terre, Chefs des couvents Devins comme juges locaux et rétribués comme fonctionnaires de l’Etat. La création au niveau de chaque village d’un tribunal de conciliation. Enrayer en priorité l’analphabétisme de toute la population à l’aide des langues nationales en instruisant les enfants scolarisables dans les langues nationales et en alphabétisant les adultes. . Voilà pour l’essentiel la politique de notre Parti adoptée depuis sa création en 1977 et largement partagée aujourd’hui avec d’autres partis et Organisations de la démocratie révolutionnaire réunie au sein de la Convention patriotique des Forces de Gauche.

Sahara occidental, territoire de non-droit ?

33 femmes venues d’Espagne, du Portugal, de France, du Royaume uni, de Norvège, de Tunisie et d’Amérique du sud ont été empêchées de débarquer de leur avion ou expulsées du Sahara occidental si elles y arrivaient par la route. Elles se rendaient à la deuxième rencontre internationale organisée par les femmes sahraouies à El Aïun, capitale du Sahara occidental occupé.

Communiqué de AFASPA*

Les autorités marocaines craignait-elles que les journalistes invités à filmer le roi à la sortie de la mosquée de Dakhla (salué par un parterre choisi), braquent micros et caméra vers ces visiteuses venues apporter leur soutien à la lutte des femmes sahraouies pour le droit à l’autodétermination ?

Pas de danger pourtant : les journalistes sont très bien encadrés quand ils sont autorisés à circuler dans ce pays quadrillé par les nombreux corps de police, de gendarmerie, de force auxiliaires et l’armée qui « oublie » en certaines circonstances de rester cantonnée, conformément au Plan de paix de l’ONU.

Dans quelques jour le Conseil de sécurité de l’ONU doit se prononcer sur le renouvellement de la MINURSO. Human Right Watch, le Réseau Euro-méditerranéen des droits de l’homme et 114 associations et syndicats de 22 pays (Danemark, Belgique, France, Pérou, Espagne, Venezuela, Serbie, Portugal, Sahara occidental (territoire occupé et camps de réfugiés), Italie, Australie, Algérie, Malte, Allemagne, Hongrie, Suisse, Slovénie, USA, Japon, Pays Bas, Suède et Royaume Uni) se sont adressés au secrétaire général et aux membres du Conseil de sécurité afin donner des informations précises sur les atteintes aux droits de l’homme à l’encontre des populations civiles sahraouies dès qu’elles expriment leur opinion sur l’avenir de leur pays. Ces organisations insistent pour que la surveillance des droits de l’homme soient intégrée à la feuille de route de la seule mission de l’ONU qui en est dépourvue.

De son côté l’Union africaine, par la voix de la Présidente de la commission Madame Nkosazana Dlamini-Zuma, s’est félicité du rapport du Secrétaire général, elle indique « qu’il est important de doter la Minurso d’un mandat des droits de l’homme, comme c’est le cas pour d’autres opérations de maintien de la paix des Nations unies et d’aborder la question de l’exploitation des ressources naturelles du territoire sahraoui, conformément à l’avis établi par le conseiller juridique des Nations unies le 29 janvier 2002.

MINURSO : Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara

Dette africaine, à qui profite le crime ?

Au moment où les USA annoncent leur intention de remonter prochainement leur taux d’intérêt, ce qui provoquera encore un approfondissement de la Dette, on apprend par le Guardian du 15 juillet dernier, le montant des bénéfices colossaux engrangés par les pays occidentaux sur le dos du continent africain.

Lu dans le Monde Diplomatique du mois d’août 2014

« Ecran de fumée

L’aide au développement apportée au continent africain revient dans les pays donateurs au travers le paiement des intérêts de la dette et des placements divers, selon une étude d’organisations non gouvernementales (ONG) anglo-africaines citées par The Guardian du 15 juillet dernier.

Les pays occidentaux utilisent l’aide à l’Afrique comme un écran de fumée pour dissimuler « le pillage intense »  du continent, qui perd près de 60 milliards de dollars par an en raison de l’évasion fiscale (…) et de la fuite des profits réalisés par les entreprises étrangères.

Bien que l’Afrique subsaharienne reçoive chaque année 134 milliards de dollars sous forme de prêts, d’investissements et d’aide au développement, l’étude oubliée par un groupe d’ONG (…) suggère que 192 milliards de dollars quittent chaque année la Région »

Et si l’Afrique refusait de payer sa dette ?

D’aucuns disaient que Thomas Sankara* était en avance sur son temps lorsqu’en juillet 1987, il dénonça ouvertement devant les Chefs d’Etat de l’OUA, la défunte Organisation  de  l’Unité  Africaine, « le système de dette mis en place par les puissances occidentales  avec  la  complicité des dirigeants du Sud pour confisquer la souveraineté des peuples ». Sankara appela à la création d’un front uni contre la dette.

1987, 2014, actualité de la Dette

Mais  en  fait,  qui  doit  quoi à qui ? La spirale de la dette dans laquelle les peuples africains, latino-américains et asiatiques sont engloutis de- puis des décennies a fini par révéler sa faillite idéologique. Le FMI et la Banque Mondiale, pendant longtemps, tapis dans   un   libéralisme   excessif, ont contribué à nourrir, à Washington DC, à New York, à Paris ou à Londres ce que Graham Hancock appelle les nababs de la pauvreté qui se disaient  pourtant  au  service de  l’humanité.  La  forteresse «Breton Woods» qui a ouvert la boîte de pandore du business de la dette, devrait commencer à rabattre de ses pré- tentions et de ses espérances. Et pour cause ! Aujourd’hui, le «marché de la dette» partout dans le monde, ne fait plus recette, les marchands étant tous aux abois.

D’aucuns disaient que Thomas Sankara était en avance sur son temps lorsqu’en juillet 1987, il dénonça ouvertement devant les Chefs d’Etat de l’OUA, la défunte Organisation  de  l’Unité  Africaine, « le système de dette mis en place par les puissances occidentales  avec  la  complicité des dirigeants du Sud pour confisquer la souveraineté des peuples ». Sankara appela à la création d’un front uni contre la dette. La suite du macabre «thriller»…, on la connaît.

Ironie du sort, vingt cinq ans plus tard, alors même que ce système continue de confisquer la souveraineté populaire et d’appauvrir la population africaine, les peuples du Nord sont eux aussi victimes d’une crise de dette sans précédent. La crise des subprimes (éclatement de la bulle spéculative) dans l’immobilier américain et européen a en effet provoqué chez les Etats occidentaux une réaction d’orgueil : sauver  et  sauver  seulement les banques, symboles attitré du  capitalisme,  bref  sauver la finance. Sans consultation populaire donc, les Etats ont contracté  des  prêts  auprès des grandes banques (FMI et Banque Mondiale) pour sauver les finances intérieures. Mais de quelle légitimité relèverait une telle dette ?

Ce qui est certain, les peuples qui ont croupi sous le faix de l’endettement des Etats dont les gouvernements sont les seuls responsables ne doivent ni argent, ni or, ni bronze, ni pétrole, ni gaz ou autres aux créanciers internationaux. Puisqu’à aucun moment, ils n’ont été consultés dans le processus de l’endettement qui s’est déroulé au détriment de leur accord fut-il tacite ou express.

Désormais mondialisée, toujours illégitime….

Conséquence, cette dette publique illégitime s’est aggravée en Europe. Autrefois réservés aux pays du Sud, les conditionnalités et les mesures d’austérité ont fini par gagner le Nord, plongeant les peuples dans un désarroi de plus en plus grand. La situation actuelle en Grèce, au Portugal, ou encore en Irlande où le FMI intervient directement dans les affaires internes des États, aux cotés de l’Union européenne (UE) et de la Banque centrale   européenne   (BCE), n’est pas sans rappeler celle des pays du Sud au début des années  80.  Les  mouvements d’indignation 99%, assiégeant les rues d’Athènes, de Bruxelles, de New York pour tenter de briser l’asphyxie de la dette imposée par les 1% de  la  sphère  oligarchique,  a confirmé une vieille prophétie éclairée du réseau Jubilé Sud qui disait : «Nous ne devons rien, nous ne payons rien !». Un retour anecdotique, diriez-vous, à la lutte contre l’économie « Casino» dont parlait Thomas Sankara. Et c’est sans ambages, si   l’Afrique,   dans cette veine, découvrait assez tôt, les vertus de l’indignation pour revendiquer, comme le  préconisait  Eric  Toussaint, l’annulation, sans aucun mécanisme  hypothétique  (l’initiative PPTE par exemple), de sa dette vis-à-vis des institutions de Breton Woods. Ceci pour cinq bonnes raisons : Premièrement,  la morale. L’argument “quand on a des dettes, on les paie” ne tient plus à l’égard des pays africains,  la  situation  de  crise ayant été déclenchée par des facteurs  extérieurs  indépendants de leur volonté (hausse des taux d’intérêt, chute des cours des matières premières etc.).

De surcroît, cette dette est largement immorale car elle fut souvent contractée par des régimes non démocratiques, voire dictatoriaux, qui n’ont pas utilisé les sommes reçues dans l’intérêt de leurs populations. Les créanciers ont prêté en connaissance de cause, pour  leur  plus  grand  profit, et ne sont donc pas en droit d’exiger des peuples qu’ils remboursent.

Le deuxième argument relève de la négation de la conditionnalité financière. Suite aux plans d’ajustement structurel imposés par le FMI, l’essentiel de la politique économique des pays du Sud est décidée à l’extérieur du pays concerné, notamment à Washington, à Londres, à Paris ou à Bruxelles. La dette permet aux créanciers d’exercer des pouvoirs exorbitants sur les pays endettés. Les pays qui sont soumis au diktat des créanciers représentés par le FMI et la Banque mondiale ont été au fil du temps contraints d’abandonner toute souveraineté. Les gouvernements ne sont plus en mesure de mettre en place la politique pour laquelle ils ont été élus. C’est une nouvelle colonisation.

Troisième argument lié à l’économie ; la dette africaine a déjà été remboursée plusieurs fois, Tenez : pour 1 $ dû en 1980, les Etats africains ont remboursé 4 $ mais en doivent encore 2,5 ! Elle a donc cessé de faire l’objet d’un remboursement équitable dans des conditions régulières, pour devenir un instrument de domination implacable, dissimulant racket et pillage. Tout compte fait, la dette organise un transfert de richesses des populations du Sud vers leurs riches  créanciers.  En  outre, les infrastructures et les services publics essentiels représentent de puissants facteurs de croissance endogène. Or tout investissement public conséquent est rendu impossible par le poids de la dette et la contrainte d’austérité budgétaire qu’il implique.

Les peuples ne sont pas redevables !

Le quatrième argument relève du droit. Le droit international reconnaît la nécessité de prendre en compte la nature du régime qui a contracté les dettes et l’utilisation qui a été faite des fonds versés. Cela implique une responsabilité directe des créanciers. La doctrine de la dette odieuse a été conceptualisée en 1927 par Alexander Nahum Sack, ancien ministre du tsar Nicolas  II  et  professeur  de  droit à Paris : «Si un pouvoir despotique contracte une dette non pas pour les besoins et dans  les  intérêts  de  l’Etat, mais pour fortifier son régime despotique, pour réprimer la population qui le combat, etc., cette dette est odieuse pour la population de l’Etat entier. Cette dette n’est pas obligatoire pour la nation; c’est une dette de régime, dette personnelle du pouvoir qui l’a contractée, par conséquent elle tombe avec la chute de ce pouvoir.» Ainsi, si un régime dictatorial  est  remplacé  par un régime légitime, ce dernier peut prouver que les dettes n’ont pas été contractées dans l’intérêt de la nation ou l’ont été à des fins odieuses. Dans ce cas, elles peuvent être frappées de nullité et les créanciers n’ont qu’à se retourner vers les dirigeants de la dicta- ture à titre personnel.

Le cinquième argument est d’ordre   écologique.  Depuis plusieurs siècles, les ressources du Sud sont exploitées au bénéfice exclusif des pays riches. La force, nécessaire à l’époque pour s’emparer de ces richesses, est désormais remplacée par les plans d’ajustement structurel. Pour se procurer les devises nécessaires au remboursement de la dette ou se maintenir au pouvoir, les gouvernements sont prêts à surexploiter et à brader les ressources naturelles, à mettre en péril la bio- diversité, à favoriser la déforestation, l’érosion des sols, la désertification. En Afrique, 65 %  des  terres  cultivables  ont été  dégradées  au  cours  des cinquante dernières années. Les plans d’ajustement structurel exigés par les créanciers impliquent des politiques qui, structurellement,  aboutissent à une dégradation de l’environnement   car   elles   ôtent à  l’État  la  responsabilité  de gérer dans l’intérêt commun le   territoire,   les   ressources naturelles, les équilibres écologiques…

Les conditions environnementales sont   donc très insuffisamment prises en  compte  dans  le  système actuel, contrairement aux intérêts  économiques,  financiers et géopolitiques. Annuler la dette et permettre enfin aux  populations  de  décider de   l’affectation   des   fonds les  concernant  est  l’unique moyen  d’intégrer  la  donne écologique  à  la  notion  de développement.  Ces  raisons ne fonderaient-elles pas une revendication de l’annulation totale de la dette africaine ou un refus pure et simple de son paiement ?

La France est le problème de la Centrafrique, elle doit agir !

Maintenant, la France doit agir vite !

Parce qu’elle est en grande partie responsable de la situation présente, parce qu’il est indéniable que la Centrafrique, et au delà peut-être même une grande partie de la sous-région, est en grands risques de guerre civile, la France se doit de mettre en oeuvre tous les moyens pour enrayer cette spirale de la mort. Et, ce n’est pas le cas !

En effet, les évènements ont déjà démontré que, renforcée ou pas par le contingent africain de la MISCA, la force déployée ne suffira pas. (1) On le constate malheureusement partout, les incidents armés sont monnaie courante, jusqu’aux abords immédiats de l’aéroport où sont pourtant cantonnées les forces françaises.

Les tensions sont telles dans la population, la vacance du pouvoir tellement totale, les services de l’état totalement absents….que ceux qui hier encore, cohabitaient dans le respect des croyances et des pratiques de chacun, sont aujourd’hui en train de devenir des ennemis implacables. Les vengeances personnelles, les règlements de comptes, les rumeurs, les actes de violence se multiplient et au final, plus personne ne se sent en sécurité nulle part et plus personne ne sait qui fait quoi et qui a fait quoi.

Et les incidents vont augmentant. Partout dans le pays, Sélékas et Anti balakas s’affrontent toujours et, par voie de conséquence, continuent d’enrôler au fur et à mesure que se dégradent les conditions de sécurité. Les accrochages se succèdent jusqu’à celui tant redouté qui mettra le feu aux poudres et fera s’embraser le pays.

Les exactions sont permanentes de part et d’autre: C’est ainsi que près de Bouar, aux confins de la frontière avec le Cameroun, ce sont environ 25 civils qui ont été tués, dont des enfants, dans un attentat à la grenade. Ces civils ne commettaient d’autre crime que d’aller vers le pays voisin, pour y trouver la sécurité pour eux-mêmes et pour leur famille. De la même manière, à Boali, toujours sur cet axe qui relie Bangui à la frontière camerounaise les « incidents » violents entre Séléka et anti-balaka provoquent régulièrement des morts et perturbent gravement le trafic routier, vital pour l’approvisionnement en vivres de la capitale.

Par ailleurs, pourchassés et maltraités, des centaines de peuls apeurés n’ont trouvé d’autre refuge que dans…une église.

On le voit, le pays est à cran et n’importe quel incident, jugé plus symbolique que les autres, peut tout enflammer. (2)

Menace de génocide ?

Pour certains en France, il est coutumier, de crier au génocide comme on crie au loup et, disons le tout net, plutôt à tort et à travers. On connaît bien les spécialistes de ces appels. Or, en l’occurrence, n’en déplaise à Messieurs Kouchner, Bernard Henri Lévy, André Glucksman et toute la cohorte des ONG humanitaires… pas davantage que ne l’étaient le Darfour, le Kososvo, la Somalie, le Biafra, le Vietnam…la Centrafrique n’est au bord d’un génocide. Oui elle est en grave danger car elle est au bord d’un gouffre que d’autres ont sciemment creusé sous ses pieds. Un dysfonctionnement massif de la société, l’effondrement et la disparition complète de l’état, amènent toujours, partout, des troubles très graves, parfois même des guerres civiles qui, pour être d’indicibles drames, n’en constituent pas pour autant des génocides.

L’honnêteté intellectuelle et historique voudrait qu’on en finisse avec les poncifs et les lieux communs qui ne visent qu’à criminaliser les pays en développement, « peu civilisés ». Non, le plus grand génocide de l’histoire humaine ne s’est pas déroulé en Afrique ou dans d’autres contrées « sanguinaires » nées dans l’imaginaire colonialiste, il a été pensé et s’est perpétré cinq années durant, en Europe, au coeur de la « civilisation » occidentale !

On sait justement ce que provoque en Europe, l’évocation du génocide, qu’une partie de l’Europe a pu mettre en oeuvre et que l’autre partie, la plus grande, a laissé se perpétrer: La pire des culpabilités collectives.

Et c’est sur ce sentiment que jouent habilement, et cruellement, les va-t-en guerre français: « La France doit intervenir pour ne pas être complice d’un génocide. Une fois suffit ! »

En Centrafrique, la  France est là où elle l’a souhaité. Elle a obtenu que soit chassé le président en place qui gênait ses plans et maintenant, comme on dit aujourd’hui, elle est dans la place. Elle a repris pied en RCA et ses militaires, sous mandat des Nations Unies, sont seul maîtres à bord.

Rien ne sert donc plus de jeter le discrédit sur une population qui, à entendre certains commentaires, serait potentiellement et globalement génocidaire ?

Et pour finir à propos de « génocide-prétexte », il est curieux de constater à quel point les dénonciations peuvent être à géométrie variable. En effet, s’agissant du Rwanda, à propos duquel l’unanimité est à peu près faite quant à un geste génocidaire (2), les fervents dénonciateurs du bon Docteur Kouchner nt brillé par un silence assourdissant. Il faut dire qu’au Rwanda on voyait plutôt le capitaine Barril que le Dr Kouchner. Mais ceci est une autre histoire…dans celle, longue, de la françafrique.

(1) On entend parler d’une Force européenne éventuelle de…500 hommes ! Une goutte d’eau…

(2) Un génocide vise un groupe ethnique précis, s’agissant du Rwanda ce sont les tutsis qui étaient ciblés or, il ne faut pas oublier que de nombreux hutus modérés ont été également victimes des massacres de masse

Contre la Banque Mondiale, « La Banque du Sud est une alternative, pas celle des BRICS »

Alors que les USA s’apprêtent à remonter les taux d’intérêts qu’ils avaient baissé lors de la crise de 2007/ 2008, que cette hausse va avoir des effets désastreux sur toutes les dettes « publiques » et particulièrement sur les pays en développement, il nous est apparu important de reproduire l’interview donnée par Eric Toussaint sur le sujet. Traitant du projet de Banque du Sud, il pointe ici, non seulement les problèmes spécifiques de l’Amérique du Sud, mais aussi de tous les pays « pauvres » et repose encore une fois les questions : Est-il toujours vital, pour les pays en développement, de sortir du piège infernal de la Dette tendu par la Banque Mondiale ? L’idée d’une Banque Alternative, animée par les pays du Sud reste-t-elle d’actualité et toujours plausible ? (Pour la rédaction : François Charles, Romuald Boko)

Les BRICS annoncent vouloir créer une alternative à la Banque mondiale (BM). Une bonne nouvelle pour le développement ?

 Vouloir créer une alternative à la BM serait en effet une excellente nouvelle, mais je ne crois pas du tout que ce soit le cas ici. Les cinq États qui constituent les BRICS sont des pays capitalistes émergents qui cherchent à préserver leurs intérêts, dans la mesure où le Fonds monétaire international (FMI) et la BM sont des instruments contrôlés par les grandes puissances traditionnelles. La Nouvelle banque de développement (NBD) se différencie, en promettant de ne pas mettre de conditionnalités, telles que des plans d’ajustement structurel, à ses prêts et d’appliquer – mais le fera-t-elle ? – le principe : un pays-une voix. Ça ne suffit pas à en faire une alternative. Ce serait juste un moindre mal.

 Si je résume : on échangerait une BM soumise à Washington par une NBD au service de l’impérialisme chinois ?

On peut parler, à la suite de l’économiste brésilien Rui Mauro Marini, de sous-impérialisme, au sens que ces pays, Brésil et Chine en tête, investissent massivement dans les pays en développement pour défendre des intérêts politiques ou économiques propres, pas pour le développement des récipiendaires des fonds. Ce qui les différencie du vrai impérialisme, comme celui des États-Unis, c’est qu’ils n’emploient pas – encore ? – de moyens militaires. A l’exception de la Russie.

 Que serait, selon vous, une vraie alternative à la BM ?

L’annonce en 2007 de la création de la Banque du Sud (BdS) représentait cet espoir. À la demande du président Rafael Correa, j’ai participé à la rédaction de la position équatorienne lors de la création de la Banque du Sud, puis à un conseil des ministres des sept pays fondateurs. L’Équateur et le Venezuela avaient une vision claire d’un établissement devant servir l’emploi et l’intégration continentale. Et des projets très concrets, comme une industrie pharmaceutique de produits génériques ou la reconnexion des pays d’Amérique du Sud par le rail, avec production de matériel roulant, qui aurait aussi signifié moins de pollution et des avancées industrielles et technologiques. La BdS, c’était encore une monnaie commune et alternative, « le sucre ». Ou l’idée de transférer des moyens des pays les mieux dotés en réserves de change vers les autres. C’était un projet d’intégration, qui tenait compte de l’intérêt des peuples et aurait pu s’élargir sans peine à l’Amérique centrale et à la Caraïbe, notamment car il se voulait transparent – comptes publics, audits externes – et démocratique. Pour être alternatif à la BM, il fallait être un exemple, et donc ambitieux. Ainsi, il était exclu que les fonctionnaires de la BdS bénéficient d’une immunité judiciaire, contrairement à ceux de la BM… Malheureusement, ce projet est aujourd’hui paralysé. Sept ans après sa fondation, la banque n’a octroyé aucun prêt !

 La Banque des BRICS connaîtra-t-elle un meilleur sort ?

Parviendront-ils à se mettre d’accord sur des projets ? On peut se demander si ces cinq pays ne s’associent pas surtout pour montrer aux puissances traditionnelles qu’ils pourraient le faire. En réalité, selon moi, ces cinq pays ont peu d’intérêts communs.

 Ont-ils la surface financière pour faire vivre une telle banque ?

Sans aucun doute ! La Chine, à elle seule, possède plus de 3000 milliards de dollars de réserves de change dont elle ne sait que faire. C’est énorme, presque deux fois le total des dettes publiques externes des pays en développement. Une bonne part de cet argent est placé en bons du Trésor américain : la Chine est la première créancière des États-Unis. Le Brésil et la Russie, également, ont des réserves très importantes. Seule l’Afrique du Sud aura de la peine à mettre les 10 milliards de dollars au capital de départ de l’établissement.

 L’investissement du Brésil dans la NBD ne signe-t-il pas l’acte de décès de la BdS ?

Celle-ci est déjà mal en point… Mais, avec ou sans le Brésil, l’Amérique du Sud possède encore les moyens financiers de démarrer ce projet. Selon moi, Brasilia est le principal responsable du blocage. Le Brésil possède sa propre banque de développement, la BNDES, qui investit énormément à l’étranger. Son poids, en Amérique du Sud, équivaut à celui de la Banque interaméricaine de développement et aux prêts de la BM dans la région ! Le Brésil la privilégie. Il n’a participé à la BdS que pour freiner un concurrent potentiel.

 Cet échec et les difficultés financières de l’Argentine et du Venezuela ne sont-ils pas le signe que le rêve d’indépendance latino-américain était hors de portée ?

Au moment où Hugo Chávez a proposé la BdS, le projet était tout à fait raisonnable ! L’erreur a peut-être été de penser qu’il fallait à tout prix mettre le Brésil dans le coup. La plupart des pays du continent ont quand même prouvé qu’ils pouvaient s’éloigner du consensus néolibéral. Des structures nouvelles ont commencé à fonctionner, telle que l’Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique (ALBA). Il y a aussi la décision de l’Équateur, de la Bolivie et du Venezuela de se retirer du tribunal de la BM en matière d’investissement. Et l’augmentation des impôts payés par les entreprises étrangères qui exploitent les ressources naturelles. C’est insuffisant en regard du potentiel réel de ces pays et des défis à relever, mais il est encore temps : il faudrait une réaction forte dans les deux ans à venir. Des responsables gouvernementaux poussent dans ce sens. Sans quoi je crains que le sous-continent n’aille vers de grandes difficultés financières. Un scénario semblable à celui de la crise de la dette de 1982 est dans l’air.

 Y-a-t-il des signes avant-coureurs ?

Oui, les États-Unis se préparent à augmenter les taux d’intérêts qu’ils ont massivement baissés avec la crise de 2007-2008. Cela va renchérir le refinancement de la dette au moment même où les revenus des États sud-américains sont menacés par une baisse de la demande mondiale de matières premières. Je crains que ces pays ne se rendent compte d’ici deux à trois ans qu’ils ont raté une magnifique occasion, durant la décennie passée, de se doter d’instruments financiers alternatifs destinés à les blinder contre des décisions prises par les pays du Nord.

Les enjeux financiers du développement n’ont plus de secrets pour Eric Toussaint. Fondateur en 1990 du Comité pour l’annulation de la dette du tiers-monde (CADTM), ce politologue belge a notamment été associé par le gouvernement de Équateur au lancement de la Banque du Sud. Malgré la paralysie actuelle de cet organisme, M. Toussaint continue de croire à ce projet initié en 2007 par sept États sud-américains comme une alternative progressiste à la Banque mondiale

Le coup d’État permanent de l’armée

Sans surprise, le Gouvernement français a mis fin, dès le premier haussement de sourcils de l’état-major des armées, à ses timides tentatives d’économie sur le colossal budget de la défense française. Éducation et recherche, aménagement du territoire, logement, justice, santé, sécurité publiqu : tout sera sacrifié au moloch militaire.

Les hauts gradés défendent d’abord les rentes que l’État français leur assure. En effet, si l’engagé de base est envoyé au feu sans disposer de l’équipement minimal, la Cour des comptes observe que «  le nombre d’officiers généraux est resté à peu près constant en dépit de la réduction du format des armées. L’armée de terre compte ainsi 176 généraux pour seulement 15 brigades à commander. Pour les 3468 officiers ayant un grade équivalent à celui de colonel, les commandements disponibles de régiments, de bâtiments de la marine et de bases aériennes sont au nombre de 150. » Ce budget considérable sert aussi à enrichir des sociétés privées dont les productions inutiles et coûteuses sont invendables sur les marchés extérieurs. Comment s’étonner dès lors qu’une industrie de la défense artificiellement dopée par la subvention automatique soit de moins en moins compétitive ?

On comprend que ces lobbies communient dans l’idéologie impériale. Les chefs d’état-major n’ont pas manqué de souligner que des coupes budgétaires mettraient en péril la « capacité de projection » de nos armées. Il semble aller de soi que la France doit rester la troisième puissance militaire  et le deuxième pays au monde, après les USA, en nombre de soldats déployés hors du territoire national, forces concentrées quasi exclusivement en Afrique francophone. L’exception militaire française est si invétérée qu’elle s’impose comme un objet sacré, au-dessus de tout examen officiel. Les guerres d’Indochine et d’Algérie, défaites militaires, échecs politiques et désastres humains, se sont prolongées en un long cycle d’errements aux conséquences délétères. Ainsi la guerre cruelle menée contre le mouvement nationaliste camerounais, de 1956 à 1963, vit se perpétrer maints Oradour, dans le seul but d’installer un régime qui a conduit le pays à la ruine. Quant à l’action militaire de la France au Rwanda, la nécessité de tirer le bilan de ce qui a conduit la France à tremper dans ce génocide se heurte à un bloc de dénégation inexpugnable. L’évaluation des dix ans de l’opération Licorne en Côte d’Ivoire n’est pas davantage à l’ordre du jour. Tous les rouages gouvernementaux, parlementaires, judiciaires de l’État français sont mobilisés pour maintenir l’opacité sur les épisodes de Bouaké, de l’hôtel Ivoire ou de l’affaire Mahé. Pourquoi l’opération Epervier au Tchad dure-t-elle depuis 1986, pour quel résultat sinon pour le maintien du pays sous la coupe d’un pouvoir tyrannique et sanguinaire ? Etc.

Les interventions en cours au Mali et en Centrafrique n’ont permis aucune évolution favorable des maux qu’elles prétendaient guérir. Serval a conforté les antagonismes maliens au lieu de les résoudre. Sangaris a attisé l’incendie qui consume le pays. L’enlisement d’une pauvre France qui n’en peut mais dans ces opérations absurdes est probable. Le seul espoir est qu’il permette à notre pays, comme le désastre angolais l’a permis au Portugal, d’échapper enfin au vampirisme des fanatiques des guerres d’Afrique.

Le médicament qui devait sauver l’Afrique

A l’heure où Ebola ravage l’Afrique de l’Ouest, au moment où les organisations internationales avouent leur impréparation face à une maladie connue depuis des décennies; a l’heure où les populations épuisées par des « expériences » anti-contagion aussi farfelues et pitoyables les unes que les autres (fermeture des frontières, confinement, enfermement…) commencent à exprimer leur colère, un livre qui raconte comment les africains ont déjà eu affaire à la morgue des grandes puissances et la course aux profits de leurs labos. Une histoire oubliée qui tombe à pic.

Le Mot de l’éditeur : L’histoire cachée du médicament qui…

Les Empêcheurs de penser en rond – La Découverte

C’est l’histoire d’une piqûre magique, qui devait débarrasser l’Afrique d’une maladie qui décimait le continent. C’est l’histoire d’un scandale pharmaceutique oublié, enterré par les pouvoirs coloniaux de la fi n des années 1950. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, les médecins des colonies font de l’éradication de la maladie du sommeil leur priorité. Un nouveau médicament vient d’être découvert : la Lomidine. Dans l’enthousiasme, de grandes campagnes de « lomidinisation préventive » sont organisées dans toute l’Afrique. La méthode connaît quelques ratés – la molécule se révèle inefficace et dangereuse – mais ils ne freinent pas les médecins, au contraire. Il faut « lomidiniser » l’intégralité des populations, de gré ou de force. Ce livre montre comment les médecins s’obstinèrent à utiliser un médicament pourtant dangereux, au nom du rêve d’une Afrique libérée de la maladie ; comment la médecine a été un outil pour le colonialisme ; comment elle a servi de vitrine à l’« humanisme » européen et de technique de surveillance et de répression. La petite histoire de la Lomidine ouvre une fenêtre sur le quotidien des politiques coloniales de modernisation, révélant leur envers : leurs logiques raciales, leur appareil coercitif, leur inefficacité constitutive, et la part de déraison inscrite au coeur du projet de « mise en ordre » de l’Afrique par la science et la technique. Guillaume Lachenal renouvelle le regard sur le gouvernement des Empires, qu’il saisit dans son arrogance et sa médiocrité, posant les jalons d’une anthropologie de la bêtise coloniale.

Guillaume Lachenal est maître de conférences en histoire des sciences à l’université Paris Diderot. Ses travaux ont été publiés dans les Annales, le Lancet, le Journal of African History, Le mouvement social. Ce livre a nécessité dix ans d’enquêtes en Afrique (Cameroun, RDC, Sénégal) et en Europe (France, Belgique, Grande Bretagne).

« La Dette peut ne pas être remboursée… » (Thomas Sankara)

Le discours de Sankara, prononcé devant les dirigeant des pays membres de l’OUA en 1987 à Adis Abebba, alors que la catastrophe n’avait pas encore pris des allures définitives, avait quelque chose de prémonitoire, y compris concernant le pouvoir de nuisance criminelle de ces institutions financières impériales. Qu’on en juge : « Si le Burkina refuse seul de payer la Dette, je ne serai pas à la prochaine conférence ».

Trois mois plus tard, il était lâchement assassiné et Compaoré, son « successeur » précipitait immédiatement le pays dans les griffes du…FMI !

Pour la rédaction de www.lautreafrique.info : François Charles

Thomas Sankara, commença sa présidence en opposant un refus aux propositions de toute « aide » en provenance de la Banque Mondiale et de son exécuteur des basses oeuvres, le FMI. Il avait mesuré le piège tendu aux pays d’Afrique par l’impérialisme au travers ces prêts « généreux » que consentaient les pays riches par la Banque Mondiale et le FMI, leurs institutions interposées. Contre quoi, ces prêts ? Pour quelles contreparties ? Contre la privatisation complète de tout ce qui pouvait être vendu aux entreprises étrangères d’abord, ou « géré » par elles; contre le désengagement des états des services publics; contre la privatisation de la santé*, de l’école…

Le discours était on ne peut plus simple : « Vous voulez de l’argent ? Alors privatisez, privatisez, privatisez…Vendez tout ! »

Le piège se refermait alors sur les pays « emprunteurs » qui, bien évidemment, faute de développement suffisant, ne pouvaient honorer les remboursements. Ce piège mortel avait un nom, toujours bien connu des africains : Les PAS ou Plans d’ajustement structurel.

Alors que tous les pays d’Afrique, y compris le Burkina Fasso, si cher à feu Thomas Sankara, sont aujourd’hui soumis, poings et poings liés, aux diktats du FMI, de la Banque Mondiale et, désormais aussi, de l’UE (Union Européenne) on peut facilement constater les « dégâts » causés par ce deal sans principe: Des pays dans lesquels l’IDH** stagne depuis des décennies, des régions entières totalement sous-développées, soumises aux maladies et aux épidémies, des services publics totalement démunis, contraints de s’en remettre aux ONG Humanitaires… et des entreprises étrangères qui, pendant ce temps, engrangent toujours plus de bénéfices tels Total, AREVA, Bolloré, Bouygues, Shell….

Le discours de Sankara, prononcé devant les dirigeant des pays membres de l’OUA en 1987 à Adis Abebba, alors que la catastrophe n’avait pas encore pris des allures définitives, avait quelque chose de prémonitoire, y compris concernant le pouvoir de nuisance criminelle de ces institutions financières impériales. Qu’on en juge : « Si le Burkina refuse seul de payer la Dette, je ne serai pas à la prochaine conférence ».

Trois mois plus tard, il était lâchement assassiné et Compaoré, son « successeur » précipitait immédiatement le pays dans les griffes du…FMI !

*Les plans d’ajustement structurel ne sont pas pour rien dans l’impuissance des états concernés de faire face à la propagation de l’épidémie qui frappe actuellement l’Afrique de l’Ouest : Désorganisation des systèmes de santé, absence de matériel de base, personnel insuffisant, infrastructures obsolètes…

** Indice de développement Humain

Pour la rédaction www.lautreafrique.info: François Charles

« La Dette peut ne pas être remboursée, parce que si nous ne payons pas, nos bailleurs de fonds ne mourront pas. Soyons-en sûrs. Par contre, si nous payons, c’est nous qui allons mourir, soyons en sûrs aussi. » (Thomas Sankara)

  Pour un front uni contre la dette

Nous estimons que la dette s’analyse d’abord de par ses origines. Les origines de la dette remontent aux origines du colonialisme. Ceux qui nous ont prêté de l’argent, ce sont ceux-là qui nous ont colonisés, ce sont les mêmes qui géraient nos États et nos économies, ce sont les colonisateurs qui endettaient l’Afrique auprès des bailleurs de fonds, leurs frères et cousins.

Nous étions étrangers à cette dette, nous ne pouvons donc pas la payer. La dette, c’est encore le néo-colonialisme où les colonisateurs se sont transformés en assistants techniques; en fait, nous devrions dire qu’ils se sont transformés en assassins techniques; et ce sont eux qui nous ont proposé des sources de financement.

Des bailleurs de fonds, un terme que l’on emploie chaque jour comme s’il y avait des hommes dont le bâillement suffisait à créer le développement chez les autres. Ces bailleurs de fonds nous ont été conseillés, recommandés; on nous a présenté des montages financiers alléchants, des dossiers; nous nous sommes endettés pour cinquante ans, soixante ans, même plus c’est-à-dire que l’on nous a amenés à compromettre nos peuples pendant cinquante ans et plus.

Mais la dette, c’est sa forme actuelle, contrôlée, dominée par l’impérialisme, une reconquête savamment organisée pour que l’Afrique, sa croissance, son développement obéisse à des paliers, à des normes qui nous sont totalement étrangères, faisant en sorte que chacun de nous devienne l’esclave financier c’est-à-dire l’esclave tout court de ceux qui ont eu l’opportunité, la ruse, la fourberie de placer les fonds chez nous avec l’obligation de rembourser.

On nous dit de rembourser la dette: ce n’est pas une question morale, ce n’est point une question de ce prétendu honneur de rembourser ou de ne pas rembourser. Monsieur le président, nous avons écouté et applaudi le premier ministre de Norvège lorsqu’elle est intervenue ici même, elle a dit, elle qui est Européenne, que toute la dette ne peut pas être remboursée.

La dette ne peut pas être remboursée parce que d’abord si nous ne payons pas, nos bailleurs de fonds ne mourront pas. Soyons-en sûrs. Par contre, si nous payons, c’est nous qui allons mourir. Soyons en sûrs également.

Ceux qui nous ont conduits à l’endettement ont joué comme dans un casino; quand ils gagnaient, il n’y avait point de débat, maintenant qu’ils ont perdu au jeu, ils nous exigent le remboursement, et l’on parle de crise. Non! Monsieur le Président, ils ont joué, ils ont perdu, c’est la règle du jeu, la vie continue!

Nous ne pouvons pas rembourser la dette parce que nous n’avons pas de quoi payer; nous ne pouvons pas rembourser la dette parce que nous ne sommes pas responsables de la dette; nous ne pouvons pas payer la dette parce que, au contraire, les autres nous doivent ce que les plus grandes richesses ne pourront jamais payer c’est-à-dire la dette de sang. C’est notre sang qui a été versé! On parle du plan Marshall qui a refait l’Europe économique mais on ne parle jamais du plan africain qui a permis à l’Europe de faire face aux hordes hitlériennes lorsque leur économie était menacée, leur stabilité était menacée.

Qui a sauvé l’Europe? C’est l’Afrique! On en parle très peu, on en parle si peu que nous ne pouvons pas nous être complices de ce silence ingrat. Si les autres ne peuvent pas chanter nos louanges, nous avons au moins le devoir de dire que nos pères furent courageux et que nos anciens combattants ont sauvé l’Europe et finalement ont permis au monde de se débarrasser du nazisme.

La dette, c’est aussi la conséquence des affrontements et lorsque l’on nous parle aujourd’hui de crise économique, on oublie de nous dire que la crise n’est pas venue de façon subite, la crise existe de tout temps et elle ira en s’aggravant chaque fois que les masses populaires seront de plus en plus conscientes de leur droit face aux exploiteurs.

Il y a crise aujourd’hui parce que les masses refusent que les richesses soient concentrées entre les mains de quelques individus; il y a crise parce que quelques individus déposent dans des banques à l’étranger des sommes colossales qui suffiraient à développer l’Afrique; il y a crise parce que face à ces richesses individuelles que l’on peut nommer, les masses populaires refusent de vivre dans les ghettos, dans les bas quartiers; il y a crise parce que les peuples partout refusent d’être dans Soweto face à Johannesburg. Il y a donc lutte et l’exacerbation de cette lutte amène les tenants du pouvoir financier à s’inquiéter.

On nous demande aujourd’hui d’être complices de la recherche d’un équilibre, équilibre en faveur des tenants du pouvoir financier, équilibre au détriment de nos masses populaires. Non, nous ne pouvons pas être complices, non, nous ne pouvons pas accompagner ceux qui sucent le sang de nos peuples et qui vivent de la sueur de nos peuples, nous ne pouvons pas les accompagner dans leur démarche assassine.

Monsieur le président, nous entendons parler de club, club de Rome, club de Paris, club de partout. Nous entendons parler du groupe des cinq, du groupe des sept, du groupe des dix peut être du groupe des cent et que sais-je encore.

Il est normal que nous créions notre club et notre groupe faisant en sorte que dès aujourd’hui Addis-Abeba devienne également le siège, le centre d’où partira le souffle nouveau: le club d’Addis-Abeba.

Nous avons le devoir aujourd’hui de créer le front uni d’Addis-Abeba contre la dette. Ce n’est que de cette façon que nous pouvons dire aux autres qu’en refusant de payer la dette nous ne venons pas dans une démarche belliqueuse, au contraire, c’est dans une démarche fraternelle pour dire ce qui est.

Du reste, les masses populaires en Europe ne sont pas opposées aux masses populaires en Afrique mais ceux qui veulent exploiter l’Afrique, ce sont les mêmes qui exploitent l’Europe; Nous avons un ennemi commun. Donc notre club parti d’Addis-Abeba devra également dire aux uns et aux autres que la dette ne saurait être payée.

Et quand nous disons que la dette ne saurait être payée ce n’est point que nous sommes contre la morale, la dignité, le respect de la parole. Parce que nous estimons que nous n’avons pas la même morale que les autres. Entre le riche et le pauvre, il n’y a pas la même morale. La bible, le coran, ne peuvent pas servir de la même manière celui qui exploite le peuple et celui qui est exploité; Il faudrait alors qu’il y ait deux éditions de la bible et deux éditions du coran.

Nous ne pouvons pas accepter qu’on nous parle de dignité, nous ne pouvons pas accepter que l’on nous parle de mérite de ceux qui payent et de perte de confiance vis-à-vis de ceux qui ne payeraient pas. Nous devons au contraire dire que c’est normal aujourd’hui, nous devons au contraire reconnaître que les plus grands voleurs sont les plus riches. Un pauvre, quand il vole, il ne commet qu’un larcin ou une peccadille tout juste pour survivre par nécessité. Les riches ce sont eux qui volent le fisc, les douanes et qui exploitent les peuples.

Monsieur le président, ma proposition ne vise pas simplement à provoquer ou à faire du spectacle, je voudrais dire ce que chacun de nous pense et souhaite. Qui ici ne souhaite pas que la dette soit purement et simplement effacée? Celui qui ne le souhaite pas, il peut sortir, prendre son avion et aller tout de suite à la banque mondiale payer! Tous nous le souhaitons!

Je ne voudrais pas que l’on prenne la proposition du Burkina Faso comme celle qui viendrait de la part de jeunes sans maturité et sans expérience. Je ne voudrais pas non plus que l’on pense qu’il n’y a que les révolutionnaires à parler de cette façon. Je voudrais que l’on admette que c’est simplement l’objectivité et l’obligation et je peux citer dans les exemples de ceux qui ont dit de ne pas payer la dette des révolutionnaires comme des non révolutionnaires, des jeunes comme des vieux.

Monsieur le Président, ce n’est donc pas de la provocation. Je voudrais que, très sagement, vous nous votiez des solutions. Je voudrais que notre conférence adopte la nécessité de dire clairement que nous ne pouvons pas payer la dette, non pas dans un esprit belliqueux, belliciste, ceci pour éviter que nous allions individuellement nous faire assassiner.

Si le Burkina Faso tout seul refuse de payer la dette, je ne serai pas là à la prochaine conférence.

Par contre, avec le soutien de tous, dont j’ai besoin, nous pourrons éviter de payer. Et en évitant de payer, nous pourrons (contribuer) à notre développement.

Et je voudrais terminer en disant que chaque fois qu’un pays africain a une arme, c’est contre un Africain. Ce n’est pas contre un Européen. Ce n’est pas contre un Asiatique. C’est contre un Africain.

Par conséquent, nous devons également, dans la lancée de la résolution de la question de la dette, trouver une solution au problème de l’armement. Je suis militaire et je porte une arme. Mais, monsieur le Président, je voudrais que nous nous désarmions; parce que moi, je porte l’unique arme que je possède, et d’autres ont camouflé les armes qu’ils ont!

Alors, chers frères, avec le soutien de tous, nous pourrons faire la paix chez nous. Nous pourrons également utiliser ces immenses potentialités pour développer l’Afrique, parce que notre sol, notre sous-sol, sont riches; nous avons suffisamment de bras, et nous avons un marché immense, très vaste — du nord au sud, de l’est à l’ouest. Nous avons suffisamment de capacités intellectuelles pour créer, ou tout au moins prendre la technologie et la science partout où nous pouvons les trouver.

Monsieur le Président, faisons en sorte que nous mettions au point ce front uni d’Addis-Abeba contre la dette. Faisons en sorte que ce soit à partir d’Addis-Abeba que nous décidions de limiter la course aux armements entre pays faibles et pauvres. Les gourdins et les coutelas que nous achetons sont inutiles.

Faisons en sorte également que le marché africain soit le marché des Africains

produire en Afrique, transformer en Afrique, et consommer en Afrique. Produisons ce dont nous avons besoin, et consommons ce que nous produisons, au lieu d’importer.

Le Burkina Faso est venu vous exposer ici la cotonnade (la fabrique du coton): produite au Burkina Faso, tissée au Burkina Faso, cousue au Burkina Faso, pour habiller les Burkinabés (les habitants du Burkina Faso). Ma délégation et moi-même nous sommes habillés par nos tisserands, nos paysans. Il n’y a pas un seul fil qui vienne de l’Europe ou de l’Amérique!

Je ne fais pas un défilé de mode, mais je voudrais simplement dire que nous devons accepter de vivre africains, c’est la seule façon de vivre libres et de vivre dignes. Je vous remercie, monsieur le Président. La patrie ou la mort, nous vaincrons!

Ebola, la CAN… bonne affaire pour Obiang

Nous publions ci après un communiqué du CORED qui dénonce les manœuvres de Obiang pour s’imposer en Afrique malgré toutes les affaires qu’il traîne derrière lui, à commencer celle des biens mal acquis et des maltraitances qu’il impose aux Equato-Guinéen depuis des lustres.

(Pour la rédaction de l’Autre Afrique, François Charles)

Guinée équatoriale : Coupe d’Afrique des nations

Tandis qu’Ebola ravage une partie de l’Afrique de l’ouest, quel autre président qu’Obiang pourrait accepter d’organiser une compétition sportive comme la Coupe d’Afrique des nations qui va rassembler des supporters et des joueurs de tout le continent au risque d’étendre l’épidémie ?

Un tel épisode montre bien la situation dramatique dans laquelle se trouve le peuple équato-guinéen. Dans un contexte de crise interne, politique et sociale, et de bouleversements politiques en Afrique, le président Obiang met son peuple au défi de choisir entre la peur de son régime répressif et le danger et la psychose d’Ébola. Le peuple de la Guinée Equatoriale ne veut pas de cette compétition et il n’est pas impossible que se produisent ici ou là des actions isolées de rébellion. Dans ces circonstances, la CORED lance un appel à la raison et se range aux côtés du peuple équato-guinéen pour les raisons suivantes :

En marge des lois

Le régime d’Obiang, qui se maintient en agissant en marge des loi, assassinant, détournant l’argent public et se nourrissant de la peur du peuple, a placé notre pays au centre d’un grand théâtre d’événements internationaux – avec, ces quatre dernières années, deux sommets de l’Union africaine et une Coupe d’Afrique des nations. Cette fois, il s’apprête à abriter une nouvelle CAN dans un contexte de récession économique et de perte d’emplois, en dépensant d’énormes moyens économiques. Selon le communiqué de la CPDS – considéré comme le principal parti d’opposition à l’intérieur du pays

-, le gouvernement compte dépenser 40 millions de dollars pour l’organisation de cet événement. Avec une telle somme, combien des réalisations auraient pu être menées au bénéfice du peuple, dans un pays qui ne compte que 740.000 habitants ?

Les biens mal acquis…

L’affaire des biens mal acquis a mis en évidence le train de vie extravagant du fils Obiang et le monde a pu constater les effets de la mauvaise gouvernance des années de croissance économique, soutenue par la production pétrolière, avec la corruption galopante et le détournement des fonds publics vers les banques étrangères et les paradis fiscaux. Par l’organisation d’événements internationaux, la stratégie du président Obiang suit ce même schéma d’action. Les prestigieux invités d’honneur sont reçus en grande pompe dans la ville de Sipopo, cité d’operette avec ses 52 palais construits en 2012 pour accueillir les Chef d’Etat africains, tenant loin de leurs yeux la misère du peuple qui vit dans les bidonvilles de Malabo, à juste quelques kilomètres de là. Ces événements s’inscrivent dans une mission de diversion par laquelle le régime distrait le peuple, comme aux temps de la décadence de l’Empire romain, « du pain et des jeux ! ». C’est également un moyen efficace de détourner les fonds publics, puisque tous les bénéfices provenant de ces événements reviennent directement à la famille Obiang, propriétaire de toutes les infrastructures de services : hôtels, restaurants, cliniques privées, etc,, elles-mêmes construites avec de l’argent public.

Obiang se fout d’Ebola

Cette stratégie est poussée au paroxysme dans le contexte de l’épidémie d’Ebola, car le président Obiang profite de ce drame pour faire une utilisation politique de la CAN afin de donner une bouffée d’oxygène à son régime décadent, battu en brèche par la CORED, le peuple et sous le pression de la communauté internationale. Même la table-ronde du Dialogue national, organisée récemment en Guinée équatoriale, n’est pas parvenue à créer l’illusion. Son échec a déjà fait une victime, le sous-lieutenant (alférez) de l’armée équato-guinéenne, Juan Engonga, instructeur à l’académie militaire d’Ekuku, abattu par des forces de sécurité du régime, devant la porte de sa maison en présence de sa famille, dimanche 16 novembre pour avoir critiqué le processus de Dialogue national.

Quand des pays plus grands et mieux préparés comme l’Afrique du Sud, le Ghana et l’Angola ont refusé l’organisation du tournoi, l’acceptation d’organiser un tel événement dans notre petit pays, sans infrastructures sanitaires adéquates est une décision suicidaire et malveillante.

Compte tenu des ravages provoqués par Ebola dans les pays frères que sont la Guinée, le Libéria et la Sierra Leone, nous sommes d’avis que la CAN de devrait pas se jouer ni en Guinée Equatoriale, ni dans aucun autre pays africain.

Le président Obiang va-t-il encore sortir gagnant dans cette provocation et énième humiliation de notre peuple ? Car, malgré les critiques d’ONGs et des médias internationaux, il envisage bien l’organisation de l’événement sur le mode habituel qui consiste à obliger les fonctionnaires et les étudiants à se rendre dans les stades afin de donner une apparence de normalité et de réussite. Au regard de toutes ces considérations, la CORED se place aux cotés du peuple équato-guinéen dans son refus de la CAN 2015 en Guinée Equatoriale, mais aussi dans aucun autre pays africain en 2015.

La CORED appelle le peuple équato-guinéen à travailler dans l’unité pour en finir avec la dictature avant que la dictature n’en finisse avec notre peuple.

La CORED appelle enfin la Communauté internationale, les gouvernements, les institutions internationales, les ONGs, la presse internationale et toutes les personnes sensibles au drame des Equato-guinéens à soutenir le peuple de Guinée équatoriale dans son aspiration à la liberté.

Le régime d’Obiang concentre en lui seul tous les maux existant dans le monde tels que les violations de droits humains, les corruptions, les inégalités, et poussés à leur paroxysme. A quand donc la fin du règne du dictateur Teodoro Obiang Nguema ?