La France est le problème de la Centrafrique, elle doit agir !

Maintenant, la France doit agir vite !

Parce qu’elle est en grande partie responsable de la situation présente, parce qu’il est indéniable que la Centrafrique, et au delà peut-être même une grande partie de la sous-région, est en grands risques de guerre civile, la France se doit de mettre en oeuvre tous les moyens pour enrayer cette spirale de la mort. Et, ce n’est pas le cas !

En effet, les évènements ont déjà démontré que, renforcée ou pas par le contingent africain de la MISCA, la force déployée ne suffira pas. (1) On le constate malheureusement partout, les incidents armés sont monnaie courante, jusqu’aux abords immédiats de l’aéroport où sont pourtant cantonnées les forces françaises.

Les tensions sont telles dans la population, la vacance du pouvoir tellement totale, les services de l’état totalement absents….que ceux qui hier encore, cohabitaient dans le respect des croyances et des pratiques de chacun, sont aujourd’hui en train de devenir des ennemis implacables. Les vengeances personnelles, les règlements de comptes, les rumeurs, les actes de violence se multiplient et au final, plus personne ne se sent en sécurité nulle part et plus personne ne sait qui fait quoi et qui a fait quoi.

Et les incidents vont augmentant. Partout dans le pays, Sélékas et Anti balakas s’affrontent toujours et, par voie de conséquence, continuent d’enrôler au fur et à mesure que se dégradent les conditions de sécurité. Les accrochages se succèdent jusqu’à celui tant redouté qui mettra le feu aux poudres et fera s’embraser le pays.

Les exactions sont permanentes de part et d’autre: C’est ainsi que près de Bouar, aux confins de la frontière avec le Cameroun, ce sont environ 25 civils qui ont été tués, dont des enfants, dans un attentat à la grenade. Ces civils ne commettaient d’autre crime que d’aller vers le pays voisin, pour y trouver la sécurité pour eux-mêmes et pour leur famille. De la même manière, à Boali, toujours sur cet axe qui relie Bangui à la frontière camerounaise les « incidents » violents entre Séléka et anti-balaka provoquent régulièrement des morts et perturbent gravement le trafic routier, vital pour l’approvisionnement en vivres de la capitale.

Par ailleurs, pourchassés et maltraités, des centaines de peuls apeurés n’ont trouvé d’autre refuge que dans…une église.

On le voit, le pays est à cran et n’importe quel incident, jugé plus symbolique que les autres, peut tout enflammer. (2)

Menace de génocide ?

Pour certains en France, il est coutumier, de crier au génocide comme on crie au loup et, disons le tout net, plutôt à tort et à travers. On connaît bien les spécialistes de ces appels. Or, en l’occurrence, n’en déplaise à Messieurs Kouchner, Bernard Henri Lévy, André Glucksman et toute la cohorte des ONG humanitaires… pas davantage que ne l’étaient le Darfour, le Kososvo, la Somalie, le Biafra, le Vietnam…la Centrafrique n’est au bord d’un génocide. Oui elle est en grave danger car elle est au bord d’un gouffre que d’autres ont sciemment creusé sous ses pieds. Un dysfonctionnement massif de la société, l’effondrement et la disparition complète de l’état, amènent toujours, partout, des troubles très graves, parfois même des guerres civiles qui, pour être d’indicibles drames, n’en constituent pas pour autant des génocides.

L’honnêteté intellectuelle et historique voudrait qu’on en finisse avec les poncifs et les lieux communs qui ne visent qu’à criminaliser les pays en développement, « peu civilisés ». Non, le plus grand génocide de l’histoire humaine ne s’est pas déroulé en Afrique ou dans d’autres contrées « sanguinaires » nées dans l’imaginaire colonialiste, il a été pensé et s’est perpétré cinq années durant, en Europe, au coeur de la « civilisation » occidentale !

On sait justement ce que provoque en Europe, l’évocation du génocide, qu’une partie de l’Europe a pu mettre en oeuvre et que l’autre partie, la plus grande, a laissé se perpétrer: La pire des culpabilités collectives.

Et c’est sur ce sentiment que jouent habilement, et cruellement, les va-t-en guerre français: « La France doit intervenir pour ne pas être complice d’un génocide. Une fois suffit ! »

En Centrafrique, la  France est là où elle l’a souhaité. Elle a obtenu que soit chassé le président en place qui gênait ses plans et maintenant, comme on dit aujourd’hui, elle est dans la place. Elle a repris pied en RCA et ses militaires, sous mandat des Nations Unies, sont seul maîtres à bord.

Rien ne sert donc plus de jeter le discrédit sur une population qui, à entendre certains commentaires, serait potentiellement et globalement génocidaire ?

Et pour finir à propos de « génocide-prétexte », il est curieux de constater à quel point les dénonciations peuvent être à géométrie variable. En effet, s’agissant du Rwanda, à propos duquel l’unanimité est à peu près faite quant à un geste génocidaire (2), les fervents dénonciateurs du bon Docteur Kouchner nt brillé par un silence assourdissant. Il faut dire qu’au Rwanda on voyait plutôt le capitaine Barril que le Dr Kouchner. Mais ceci est une autre histoire…dans celle, longue, de la françafrique.

(1) On entend parler d’une Force européenne éventuelle de…500 hommes ! Une goutte d’eau…

(2) Un génocide vise un groupe ethnique précis, s’agissant du Rwanda ce sont les tutsis qui étaient ciblés or, il ne faut pas oublier que de nombreux hutus modérés ont été également victimes des massacres de masse

Contre la Banque Mondiale, « La Banque du Sud est une alternative, pas celle des BRICS »

Alors que les USA s’apprêtent à remonter les taux d’intérêts qu’ils avaient baissé lors de la crise de 2007/ 2008, que cette hausse va avoir des effets désastreux sur toutes les dettes « publiques » et particulièrement sur les pays en développement, il nous est apparu important de reproduire l’interview donnée par Eric Toussaint sur le sujet. Traitant du projet de Banque du Sud, il pointe ici, non seulement les problèmes spécifiques de l’Amérique du Sud, mais aussi de tous les pays « pauvres » et repose encore une fois les questions : Est-il toujours vital, pour les pays en développement, de sortir du piège infernal de la Dette tendu par la Banque Mondiale ? L’idée d’une Banque Alternative, animée par les pays du Sud reste-t-elle d’actualité et toujours plausible ? (Pour la rédaction : François Charles, Romuald Boko)

Les BRICS annoncent vouloir créer une alternative à la Banque mondiale (BM). Une bonne nouvelle pour le développement ?

 Vouloir créer une alternative à la BM serait en effet une excellente nouvelle, mais je ne crois pas du tout que ce soit le cas ici. Les cinq États qui constituent les BRICS sont des pays capitalistes émergents qui cherchent à préserver leurs intérêts, dans la mesure où le Fonds monétaire international (FMI) et la BM sont des instruments contrôlés par les grandes puissances traditionnelles. La Nouvelle banque de développement (NBD) se différencie, en promettant de ne pas mettre de conditionnalités, telles que des plans d’ajustement structurel, à ses prêts et d’appliquer – mais le fera-t-elle ? – le principe : un pays-une voix. Ça ne suffit pas à en faire une alternative. Ce serait juste un moindre mal.

 Si je résume : on échangerait une BM soumise à Washington par une NBD au service de l’impérialisme chinois ?

On peut parler, à la suite de l’économiste brésilien Rui Mauro Marini, de sous-impérialisme, au sens que ces pays, Brésil et Chine en tête, investissent massivement dans les pays en développement pour défendre des intérêts politiques ou économiques propres, pas pour le développement des récipiendaires des fonds. Ce qui les différencie du vrai impérialisme, comme celui des États-Unis, c’est qu’ils n’emploient pas – encore ? – de moyens militaires. A l’exception de la Russie.

 Que serait, selon vous, une vraie alternative à la BM ?

L’annonce en 2007 de la création de la Banque du Sud (BdS) représentait cet espoir. À la demande du président Rafael Correa, j’ai participé à la rédaction de la position équatorienne lors de la création de la Banque du Sud, puis à un conseil des ministres des sept pays fondateurs. L’Équateur et le Venezuela avaient une vision claire d’un établissement devant servir l’emploi et l’intégration continentale. Et des projets très concrets, comme une industrie pharmaceutique de produits génériques ou la reconnexion des pays d’Amérique du Sud par le rail, avec production de matériel roulant, qui aurait aussi signifié moins de pollution et des avancées industrielles et technologiques. La BdS, c’était encore une monnaie commune et alternative, « le sucre ». Ou l’idée de transférer des moyens des pays les mieux dotés en réserves de change vers les autres. C’était un projet d’intégration, qui tenait compte de l’intérêt des peuples et aurait pu s’élargir sans peine à l’Amérique centrale et à la Caraïbe, notamment car il se voulait transparent – comptes publics, audits externes – et démocratique. Pour être alternatif à la BM, il fallait être un exemple, et donc ambitieux. Ainsi, il était exclu que les fonctionnaires de la BdS bénéficient d’une immunité judiciaire, contrairement à ceux de la BM… Malheureusement, ce projet est aujourd’hui paralysé. Sept ans après sa fondation, la banque n’a octroyé aucun prêt !

 La Banque des BRICS connaîtra-t-elle un meilleur sort ?

Parviendront-ils à se mettre d’accord sur des projets ? On peut se demander si ces cinq pays ne s’associent pas surtout pour montrer aux puissances traditionnelles qu’ils pourraient le faire. En réalité, selon moi, ces cinq pays ont peu d’intérêts communs.

 Ont-ils la surface financière pour faire vivre une telle banque ?

Sans aucun doute ! La Chine, à elle seule, possède plus de 3000 milliards de dollars de réserves de change dont elle ne sait que faire. C’est énorme, presque deux fois le total des dettes publiques externes des pays en développement. Une bonne part de cet argent est placé en bons du Trésor américain : la Chine est la première créancière des États-Unis. Le Brésil et la Russie, également, ont des réserves très importantes. Seule l’Afrique du Sud aura de la peine à mettre les 10 milliards de dollars au capital de départ de l’établissement.

 L’investissement du Brésil dans la NBD ne signe-t-il pas l’acte de décès de la BdS ?

Celle-ci est déjà mal en point… Mais, avec ou sans le Brésil, l’Amérique du Sud possède encore les moyens financiers de démarrer ce projet. Selon moi, Brasilia est le principal responsable du blocage. Le Brésil possède sa propre banque de développement, la BNDES, qui investit énormément à l’étranger. Son poids, en Amérique du Sud, équivaut à celui de la Banque interaméricaine de développement et aux prêts de la BM dans la région ! Le Brésil la privilégie. Il n’a participé à la BdS que pour freiner un concurrent potentiel.

 Cet échec et les difficultés financières de l’Argentine et du Venezuela ne sont-ils pas le signe que le rêve d’indépendance latino-américain était hors de portée ?

Au moment où Hugo Chávez a proposé la BdS, le projet était tout à fait raisonnable ! L’erreur a peut-être été de penser qu’il fallait à tout prix mettre le Brésil dans le coup. La plupart des pays du continent ont quand même prouvé qu’ils pouvaient s’éloigner du consensus néolibéral. Des structures nouvelles ont commencé à fonctionner, telle que l’Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique (ALBA). Il y a aussi la décision de l’Équateur, de la Bolivie et du Venezuela de se retirer du tribunal de la BM en matière d’investissement. Et l’augmentation des impôts payés par les entreprises étrangères qui exploitent les ressources naturelles. C’est insuffisant en regard du potentiel réel de ces pays et des défis à relever, mais il est encore temps : il faudrait une réaction forte dans les deux ans à venir. Des responsables gouvernementaux poussent dans ce sens. Sans quoi je crains que le sous-continent n’aille vers de grandes difficultés financières. Un scénario semblable à celui de la crise de la dette de 1982 est dans l’air.

 Y-a-t-il des signes avant-coureurs ?

Oui, les États-Unis se préparent à augmenter les taux d’intérêts qu’ils ont massivement baissés avec la crise de 2007-2008. Cela va renchérir le refinancement de la dette au moment même où les revenus des États sud-américains sont menacés par une baisse de la demande mondiale de matières premières. Je crains que ces pays ne se rendent compte d’ici deux à trois ans qu’ils ont raté une magnifique occasion, durant la décennie passée, de se doter d’instruments financiers alternatifs destinés à les blinder contre des décisions prises par les pays du Nord.

Les enjeux financiers du développement n’ont plus de secrets pour Eric Toussaint. Fondateur en 1990 du Comité pour l’annulation de la dette du tiers-monde (CADTM), ce politologue belge a notamment été associé par le gouvernement de Équateur au lancement de la Banque du Sud. Malgré la paralysie actuelle de cet organisme, M. Toussaint continue de croire à ce projet initié en 2007 par sept États sud-américains comme une alternative progressiste à la Banque mondiale

Le coup d’État permanent de l’armée

Sans surprise, le Gouvernement français a mis fin, dès le premier haussement de sourcils de l’état-major des armées, à ses timides tentatives d’économie sur le colossal budget de la défense française. Éducation et recherche, aménagement du territoire, logement, justice, santé, sécurité publiqu : tout sera sacrifié au moloch militaire.

Les hauts gradés défendent d’abord les rentes que l’État français leur assure. En effet, si l’engagé de base est envoyé au feu sans disposer de l’équipement minimal, la Cour des comptes observe que «  le nombre d’officiers généraux est resté à peu près constant en dépit de la réduction du format des armées. L’armée de terre compte ainsi 176 généraux pour seulement 15 brigades à commander. Pour les 3468 officiers ayant un grade équivalent à celui de colonel, les commandements disponibles de régiments, de bâtiments de la marine et de bases aériennes sont au nombre de 150. » Ce budget considérable sert aussi à enrichir des sociétés privées dont les productions inutiles et coûteuses sont invendables sur les marchés extérieurs. Comment s’étonner dès lors qu’une industrie de la défense artificiellement dopée par la subvention automatique soit de moins en moins compétitive ?

On comprend que ces lobbies communient dans l’idéologie impériale. Les chefs d’état-major n’ont pas manqué de souligner que des coupes budgétaires mettraient en péril la « capacité de projection » de nos armées. Il semble aller de soi que la France doit rester la troisième puissance militaire  et le deuxième pays au monde, après les USA, en nombre de soldats déployés hors du territoire national, forces concentrées quasi exclusivement en Afrique francophone. L’exception militaire française est si invétérée qu’elle s’impose comme un objet sacré, au-dessus de tout examen officiel. Les guerres d’Indochine et d’Algérie, défaites militaires, échecs politiques et désastres humains, se sont prolongées en un long cycle d’errements aux conséquences délétères. Ainsi la guerre cruelle menée contre le mouvement nationaliste camerounais, de 1956 à 1963, vit se perpétrer maints Oradour, dans le seul but d’installer un régime qui a conduit le pays à la ruine. Quant à l’action militaire de la France au Rwanda, la nécessité de tirer le bilan de ce qui a conduit la France à tremper dans ce génocide se heurte à un bloc de dénégation inexpugnable. L’évaluation des dix ans de l’opération Licorne en Côte d’Ivoire n’est pas davantage à l’ordre du jour. Tous les rouages gouvernementaux, parlementaires, judiciaires de l’État français sont mobilisés pour maintenir l’opacité sur les épisodes de Bouaké, de l’hôtel Ivoire ou de l’affaire Mahé. Pourquoi l’opération Epervier au Tchad dure-t-elle depuis 1986, pour quel résultat sinon pour le maintien du pays sous la coupe d’un pouvoir tyrannique et sanguinaire ? Etc.

Les interventions en cours au Mali et en Centrafrique n’ont permis aucune évolution favorable des maux qu’elles prétendaient guérir. Serval a conforté les antagonismes maliens au lieu de les résoudre. Sangaris a attisé l’incendie qui consume le pays. L’enlisement d’une pauvre France qui n’en peut mais dans ces opérations absurdes est probable. Le seul espoir est qu’il permette à notre pays, comme le désastre angolais l’a permis au Portugal, d’échapper enfin au vampirisme des fanatiques des guerres d’Afrique.

Le médicament qui devait sauver l’Afrique

A l’heure où Ebola ravage l’Afrique de l’Ouest, au moment où les organisations internationales avouent leur impréparation face à une maladie connue depuis des décennies; a l’heure où les populations épuisées par des « expériences » anti-contagion aussi farfelues et pitoyables les unes que les autres (fermeture des frontières, confinement, enfermement…) commencent à exprimer leur colère, un livre qui raconte comment les africains ont déjà eu affaire à la morgue des grandes puissances et la course aux profits de leurs labos. Une histoire oubliée qui tombe à pic.

Le Mot de l’éditeur : L’histoire cachée du médicament qui…

Les Empêcheurs de penser en rond – La Découverte

C’est l’histoire d’une piqûre magique, qui devait débarrasser l’Afrique d’une maladie qui décimait le continent. C’est l’histoire d’un scandale pharmaceutique oublié, enterré par les pouvoirs coloniaux de la fi n des années 1950. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, les médecins des colonies font de l’éradication de la maladie du sommeil leur priorité. Un nouveau médicament vient d’être découvert : la Lomidine. Dans l’enthousiasme, de grandes campagnes de « lomidinisation préventive » sont organisées dans toute l’Afrique. La méthode connaît quelques ratés – la molécule se révèle inefficace et dangereuse – mais ils ne freinent pas les médecins, au contraire. Il faut « lomidiniser » l’intégralité des populations, de gré ou de force. Ce livre montre comment les médecins s’obstinèrent à utiliser un médicament pourtant dangereux, au nom du rêve d’une Afrique libérée de la maladie ; comment la médecine a été un outil pour le colonialisme ; comment elle a servi de vitrine à l’« humanisme » européen et de technique de surveillance et de répression. La petite histoire de la Lomidine ouvre une fenêtre sur le quotidien des politiques coloniales de modernisation, révélant leur envers : leurs logiques raciales, leur appareil coercitif, leur inefficacité constitutive, et la part de déraison inscrite au coeur du projet de « mise en ordre » de l’Afrique par la science et la technique. Guillaume Lachenal renouvelle le regard sur le gouvernement des Empires, qu’il saisit dans son arrogance et sa médiocrité, posant les jalons d’une anthropologie de la bêtise coloniale.

Guillaume Lachenal est maître de conférences en histoire des sciences à l’université Paris Diderot. Ses travaux ont été publiés dans les Annales, le Lancet, le Journal of African History, Le mouvement social. Ce livre a nécessité dix ans d’enquêtes en Afrique (Cameroun, RDC, Sénégal) et en Europe (France, Belgique, Grande Bretagne).

« La Dette peut ne pas être remboursée… » (Thomas Sankara)

Le discours de Sankara, prononcé devant les dirigeant des pays membres de l’OUA en 1987 à Adis Abebba, alors que la catastrophe n’avait pas encore pris des allures définitives, avait quelque chose de prémonitoire, y compris concernant le pouvoir de nuisance criminelle de ces institutions financières impériales. Qu’on en juge : « Si le Burkina refuse seul de payer la Dette, je ne serai pas à la prochaine conférence ».

Trois mois plus tard, il était lâchement assassiné et Compaoré, son « successeur » précipitait immédiatement le pays dans les griffes du…FMI !

Pour la rédaction de www.lautreafrique.info : François Charles

Thomas Sankara, commença sa présidence en opposant un refus aux propositions de toute « aide » en provenance de la Banque Mondiale et de son exécuteur des basses oeuvres, le FMI. Il avait mesuré le piège tendu aux pays d’Afrique par l’impérialisme au travers ces prêts « généreux » que consentaient les pays riches par la Banque Mondiale et le FMI, leurs institutions interposées. Contre quoi, ces prêts ? Pour quelles contreparties ? Contre la privatisation complète de tout ce qui pouvait être vendu aux entreprises étrangères d’abord, ou « géré » par elles; contre le désengagement des états des services publics; contre la privatisation de la santé*, de l’école…

Le discours était on ne peut plus simple : « Vous voulez de l’argent ? Alors privatisez, privatisez, privatisez…Vendez tout ! »

Le piège se refermait alors sur les pays « emprunteurs » qui, bien évidemment, faute de développement suffisant, ne pouvaient honorer les remboursements. Ce piège mortel avait un nom, toujours bien connu des africains : Les PAS ou Plans d’ajustement structurel.

Alors que tous les pays d’Afrique, y compris le Burkina Fasso, si cher à feu Thomas Sankara, sont aujourd’hui soumis, poings et poings liés, aux diktats du FMI, de la Banque Mondiale et, désormais aussi, de l’UE (Union Européenne) on peut facilement constater les « dégâts » causés par ce deal sans principe: Des pays dans lesquels l’IDH** stagne depuis des décennies, des régions entières totalement sous-développées, soumises aux maladies et aux épidémies, des services publics totalement démunis, contraints de s’en remettre aux ONG Humanitaires… et des entreprises étrangères qui, pendant ce temps, engrangent toujours plus de bénéfices tels Total, AREVA, Bolloré, Bouygues, Shell….

Le discours de Sankara, prononcé devant les dirigeant des pays membres de l’OUA en 1987 à Adis Abebba, alors que la catastrophe n’avait pas encore pris des allures définitives, avait quelque chose de prémonitoire, y compris concernant le pouvoir de nuisance criminelle de ces institutions financières impériales. Qu’on en juge : « Si le Burkina refuse seul de payer la Dette, je ne serai pas à la prochaine conférence ».

Trois mois plus tard, il était lâchement assassiné et Compaoré, son « successeur » précipitait immédiatement le pays dans les griffes du…FMI !

*Les plans d’ajustement structurel ne sont pas pour rien dans l’impuissance des états concernés de faire face à la propagation de l’épidémie qui frappe actuellement l’Afrique de l’Ouest : Désorganisation des systèmes de santé, absence de matériel de base, personnel insuffisant, infrastructures obsolètes…

** Indice de développement Humain

Pour la rédaction www.lautreafrique.info: François Charles

« La Dette peut ne pas être remboursée, parce que si nous ne payons pas, nos bailleurs de fonds ne mourront pas. Soyons-en sûrs. Par contre, si nous payons, c’est nous qui allons mourir, soyons en sûrs aussi. » (Thomas Sankara)

  Pour un front uni contre la dette

Nous estimons que la dette s’analyse d’abord de par ses origines. Les origines de la dette remontent aux origines du colonialisme. Ceux qui nous ont prêté de l’argent, ce sont ceux-là qui nous ont colonisés, ce sont les mêmes qui géraient nos États et nos économies, ce sont les colonisateurs qui endettaient l’Afrique auprès des bailleurs de fonds, leurs frères et cousins.

Nous étions étrangers à cette dette, nous ne pouvons donc pas la payer. La dette, c’est encore le néo-colonialisme où les colonisateurs se sont transformés en assistants techniques; en fait, nous devrions dire qu’ils se sont transformés en assassins techniques; et ce sont eux qui nous ont proposé des sources de financement.

Des bailleurs de fonds, un terme que l’on emploie chaque jour comme s’il y avait des hommes dont le bâillement suffisait à créer le développement chez les autres. Ces bailleurs de fonds nous ont été conseillés, recommandés; on nous a présenté des montages financiers alléchants, des dossiers; nous nous sommes endettés pour cinquante ans, soixante ans, même plus c’est-à-dire que l’on nous a amenés à compromettre nos peuples pendant cinquante ans et plus.

Mais la dette, c’est sa forme actuelle, contrôlée, dominée par l’impérialisme, une reconquête savamment organisée pour que l’Afrique, sa croissance, son développement obéisse à des paliers, à des normes qui nous sont totalement étrangères, faisant en sorte que chacun de nous devienne l’esclave financier c’est-à-dire l’esclave tout court de ceux qui ont eu l’opportunité, la ruse, la fourberie de placer les fonds chez nous avec l’obligation de rembourser.

On nous dit de rembourser la dette: ce n’est pas une question morale, ce n’est point une question de ce prétendu honneur de rembourser ou de ne pas rembourser. Monsieur le président, nous avons écouté et applaudi le premier ministre de Norvège lorsqu’elle est intervenue ici même, elle a dit, elle qui est Européenne, que toute la dette ne peut pas être remboursée.

La dette ne peut pas être remboursée parce que d’abord si nous ne payons pas, nos bailleurs de fonds ne mourront pas. Soyons-en sûrs. Par contre, si nous payons, c’est nous qui allons mourir. Soyons en sûrs également.

Ceux qui nous ont conduits à l’endettement ont joué comme dans un casino; quand ils gagnaient, il n’y avait point de débat, maintenant qu’ils ont perdu au jeu, ils nous exigent le remboursement, et l’on parle de crise. Non! Monsieur le Président, ils ont joué, ils ont perdu, c’est la règle du jeu, la vie continue!

Nous ne pouvons pas rembourser la dette parce que nous n’avons pas de quoi payer; nous ne pouvons pas rembourser la dette parce que nous ne sommes pas responsables de la dette; nous ne pouvons pas payer la dette parce que, au contraire, les autres nous doivent ce que les plus grandes richesses ne pourront jamais payer c’est-à-dire la dette de sang. C’est notre sang qui a été versé! On parle du plan Marshall qui a refait l’Europe économique mais on ne parle jamais du plan africain qui a permis à l’Europe de faire face aux hordes hitlériennes lorsque leur économie était menacée, leur stabilité était menacée.

Qui a sauvé l’Europe? C’est l’Afrique! On en parle très peu, on en parle si peu que nous ne pouvons pas nous être complices de ce silence ingrat. Si les autres ne peuvent pas chanter nos louanges, nous avons au moins le devoir de dire que nos pères furent courageux et que nos anciens combattants ont sauvé l’Europe et finalement ont permis au monde de se débarrasser du nazisme.

La dette, c’est aussi la conséquence des affrontements et lorsque l’on nous parle aujourd’hui de crise économique, on oublie de nous dire que la crise n’est pas venue de façon subite, la crise existe de tout temps et elle ira en s’aggravant chaque fois que les masses populaires seront de plus en plus conscientes de leur droit face aux exploiteurs.

Il y a crise aujourd’hui parce que les masses refusent que les richesses soient concentrées entre les mains de quelques individus; il y a crise parce que quelques individus déposent dans des banques à l’étranger des sommes colossales qui suffiraient à développer l’Afrique; il y a crise parce que face à ces richesses individuelles que l’on peut nommer, les masses populaires refusent de vivre dans les ghettos, dans les bas quartiers; il y a crise parce que les peuples partout refusent d’être dans Soweto face à Johannesburg. Il y a donc lutte et l’exacerbation de cette lutte amène les tenants du pouvoir financier à s’inquiéter.

On nous demande aujourd’hui d’être complices de la recherche d’un équilibre, équilibre en faveur des tenants du pouvoir financier, équilibre au détriment de nos masses populaires. Non, nous ne pouvons pas être complices, non, nous ne pouvons pas accompagner ceux qui sucent le sang de nos peuples et qui vivent de la sueur de nos peuples, nous ne pouvons pas les accompagner dans leur démarche assassine.

Monsieur le président, nous entendons parler de club, club de Rome, club de Paris, club de partout. Nous entendons parler du groupe des cinq, du groupe des sept, du groupe des dix peut être du groupe des cent et que sais-je encore.

Il est normal que nous créions notre club et notre groupe faisant en sorte que dès aujourd’hui Addis-Abeba devienne également le siège, le centre d’où partira le souffle nouveau: le club d’Addis-Abeba.

Nous avons le devoir aujourd’hui de créer le front uni d’Addis-Abeba contre la dette. Ce n’est que de cette façon que nous pouvons dire aux autres qu’en refusant de payer la dette nous ne venons pas dans une démarche belliqueuse, au contraire, c’est dans une démarche fraternelle pour dire ce qui est.

Du reste, les masses populaires en Europe ne sont pas opposées aux masses populaires en Afrique mais ceux qui veulent exploiter l’Afrique, ce sont les mêmes qui exploitent l’Europe; Nous avons un ennemi commun. Donc notre club parti d’Addis-Abeba devra également dire aux uns et aux autres que la dette ne saurait être payée.

Et quand nous disons que la dette ne saurait être payée ce n’est point que nous sommes contre la morale, la dignité, le respect de la parole. Parce que nous estimons que nous n’avons pas la même morale que les autres. Entre le riche et le pauvre, il n’y a pas la même morale. La bible, le coran, ne peuvent pas servir de la même manière celui qui exploite le peuple et celui qui est exploité; Il faudrait alors qu’il y ait deux éditions de la bible et deux éditions du coran.

Nous ne pouvons pas accepter qu’on nous parle de dignité, nous ne pouvons pas accepter que l’on nous parle de mérite de ceux qui payent et de perte de confiance vis-à-vis de ceux qui ne payeraient pas. Nous devons au contraire dire que c’est normal aujourd’hui, nous devons au contraire reconnaître que les plus grands voleurs sont les plus riches. Un pauvre, quand il vole, il ne commet qu’un larcin ou une peccadille tout juste pour survivre par nécessité. Les riches ce sont eux qui volent le fisc, les douanes et qui exploitent les peuples.

Monsieur le président, ma proposition ne vise pas simplement à provoquer ou à faire du spectacle, je voudrais dire ce que chacun de nous pense et souhaite. Qui ici ne souhaite pas que la dette soit purement et simplement effacée? Celui qui ne le souhaite pas, il peut sortir, prendre son avion et aller tout de suite à la banque mondiale payer! Tous nous le souhaitons!

Je ne voudrais pas que l’on prenne la proposition du Burkina Faso comme celle qui viendrait de la part de jeunes sans maturité et sans expérience. Je ne voudrais pas non plus que l’on pense qu’il n’y a que les révolutionnaires à parler de cette façon. Je voudrais que l’on admette que c’est simplement l’objectivité et l’obligation et je peux citer dans les exemples de ceux qui ont dit de ne pas payer la dette des révolutionnaires comme des non révolutionnaires, des jeunes comme des vieux.

Monsieur le Président, ce n’est donc pas de la provocation. Je voudrais que, très sagement, vous nous votiez des solutions. Je voudrais que notre conférence adopte la nécessité de dire clairement que nous ne pouvons pas payer la dette, non pas dans un esprit belliqueux, belliciste, ceci pour éviter que nous allions individuellement nous faire assassiner.

Si le Burkina Faso tout seul refuse de payer la dette, je ne serai pas là à la prochaine conférence.

Par contre, avec le soutien de tous, dont j’ai besoin, nous pourrons éviter de payer. Et en évitant de payer, nous pourrons (contribuer) à notre développement.

Et je voudrais terminer en disant que chaque fois qu’un pays africain a une arme, c’est contre un Africain. Ce n’est pas contre un Européen. Ce n’est pas contre un Asiatique. C’est contre un Africain.

Par conséquent, nous devons également, dans la lancée de la résolution de la question de la dette, trouver une solution au problème de l’armement. Je suis militaire et je porte une arme. Mais, monsieur le Président, je voudrais que nous nous désarmions; parce que moi, je porte l’unique arme que je possède, et d’autres ont camouflé les armes qu’ils ont!

Alors, chers frères, avec le soutien de tous, nous pourrons faire la paix chez nous. Nous pourrons également utiliser ces immenses potentialités pour développer l’Afrique, parce que notre sol, notre sous-sol, sont riches; nous avons suffisamment de bras, et nous avons un marché immense, très vaste — du nord au sud, de l’est à l’ouest. Nous avons suffisamment de capacités intellectuelles pour créer, ou tout au moins prendre la technologie et la science partout où nous pouvons les trouver.

Monsieur le Président, faisons en sorte que nous mettions au point ce front uni d’Addis-Abeba contre la dette. Faisons en sorte que ce soit à partir d’Addis-Abeba que nous décidions de limiter la course aux armements entre pays faibles et pauvres. Les gourdins et les coutelas que nous achetons sont inutiles.

Faisons en sorte également que le marché africain soit le marché des Africains

produire en Afrique, transformer en Afrique, et consommer en Afrique. Produisons ce dont nous avons besoin, et consommons ce que nous produisons, au lieu d’importer.

Le Burkina Faso est venu vous exposer ici la cotonnade (la fabrique du coton): produite au Burkina Faso, tissée au Burkina Faso, cousue au Burkina Faso, pour habiller les Burkinabés (les habitants du Burkina Faso). Ma délégation et moi-même nous sommes habillés par nos tisserands, nos paysans. Il n’y a pas un seul fil qui vienne de l’Europe ou de l’Amérique!

Je ne fais pas un défilé de mode, mais je voudrais simplement dire que nous devons accepter de vivre africains, c’est la seule façon de vivre libres et de vivre dignes. Je vous remercie, monsieur le Président. La patrie ou la mort, nous vaincrons!

Ebola, la CAN… bonne affaire pour Obiang

Nous publions ci après un communiqué du CORED qui dénonce les manœuvres de Obiang pour s’imposer en Afrique malgré toutes les affaires qu’il traîne derrière lui, à commencer celle des biens mal acquis et des maltraitances qu’il impose aux Equato-Guinéen depuis des lustres.

(Pour la rédaction de l’Autre Afrique, François Charles)

Guinée équatoriale : Coupe d’Afrique des nations

Tandis qu’Ebola ravage une partie de l’Afrique de l’ouest, quel autre président qu’Obiang pourrait accepter d’organiser une compétition sportive comme la Coupe d’Afrique des nations qui va rassembler des supporters et des joueurs de tout le continent au risque d’étendre l’épidémie ?

Un tel épisode montre bien la situation dramatique dans laquelle se trouve le peuple équato-guinéen. Dans un contexte de crise interne, politique et sociale, et de bouleversements politiques en Afrique, le président Obiang met son peuple au défi de choisir entre la peur de son régime répressif et le danger et la psychose d’Ébola. Le peuple de la Guinée Equatoriale ne veut pas de cette compétition et il n’est pas impossible que se produisent ici ou là des actions isolées de rébellion. Dans ces circonstances, la CORED lance un appel à la raison et se range aux côtés du peuple équato-guinéen pour les raisons suivantes :

En marge des lois

Le régime d’Obiang, qui se maintient en agissant en marge des loi, assassinant, détournant l’argent public et se nourrissant de la peur du peuple, a placé notre pays au centre d’un grand théâtre d’événements internationaux – avec, ces quatre dernières années, deux sommets de l’Union africaine et une Coupe d’Afrique des nations. Cette fois, il s’apprête à abriter une nouvelle CAN dans un contexte de récession économique et de perte d’emplois, en dépensant d’énormes moyens économiques. Selon le communiqué de la CPDS – considéré comme le principal parti d’opposition à l’intérieur du pays

-, le gouvernement compte dépenser 40 millions de dollars pour l’organisation de cet événement. Avec une telle somme, combien des réalisations auraient pu être menées au bénéfice du peuple, dans un pays qui ne compte que 740.000 habitants ?

Les biens mal acquis…

L’affaire des biens mal acquis a mis en évidence le train de vie extravagant du fils Obiang et le monde a pu constater les effets de la mauvaise gouvernance des années de croissance économique, soutenue par la production pétrolière, avec la corruption galopante et le détournement des fonds publics vers les banques étrangères et les paradis fiscaux. Par l’organisation d’événements internationaux, la stratégie du président Obiang suit ce même schéma d’action. Les prestigieux invités d’honneur sont reçus en grande pompe dans la ville de Sipopo, cité d’operette avec ses 52 palais construits en 2012 pour accueillir les Chef d’Etat africains, tenant loin de leurs yeux la misère du peuple qui vit dans les bidonvilles de Malabo, à juste quelques kilomètres de là. Ces événements s’inscrivent dans une mission de diversion par laquelle le régime distrait le peuple, comme aux temps de la décadence de l’Empire romain, « du pain et des jeux ! ». C’est également un moyen efficace de détourner les fonds publics, puisque tous les bénéfices provenant de ces événements reviennent directement à la famille Obiang, propriétaire de toutes les infrastructures de services : hôtels, restaurants, cliniques privées, etc,, elles-mêmes construites avec de l’argent public.

Obiang se fout d’Ebola

Cette stratégie est poussée au paroxysme dans le contexte de l’épidémie d’Ebola, car le président Obiang profite de ce drame pour faire une utilisation politique de la CAN afin de donner une bouffée d’oxygène à son régime décadent, battu en brèche par la CORED, le peuple et sous le pression de la communauté internationale. Même la table-ronde du Dialogue national, organisée récemment en Guinée équatoriale, n’est pas parvenue à créer l’illusion. Son échec a déjà fait une victime, le sous-lieutenant (alférez) de l’armée équato-guinéenne, Juan Engonga, instructeur à l’académie militaire d’Ekuku, abattu par des forces de sécurité du régime, devant la porte de sa maison en présence de sa famille, dimanche 16 novembre pour avoir critiqué le processus de Dialogue national.

Quand des pays plus grands et mieux préparés comme l’Afrique du Sud, le Ghana et l’Angola ont refusé l’organisation du tournoi, l’acceptation d’organiser un tel événement dans notre petit pays, sans infrastructures sanitaires adéquates est une décision suicidaire et malveillante.

Compte tenu des ravages provoqués par Ebola dans les pays frères que sont la Guinée, le Libéria et la Sierra Leone, nous sommes d’avis que la CAN de devrait pas se jouer ni en Guinée Equatoriale, ni dans aucun autre pays africain.

Le président Obiang va-t-il encore sortir gagnant dans cette provocation et énième humiliation de notre peuple ? Car, malgré les critiques d’ONGs et des médias internationaux, il envisage bien l’organisation de l’événement sur le mode habituel qui consiste à obliger les fonctionnaires et les étudiants à se rendre dans les stades afin de donner une apparence de normalité et de réussite. Au regard de toutes ces considérations, la CORED se place aux cotés du peuple équato-guinéen dans son refus de la CAN 2015 en Guinée Equatoriale, mais aussi dans aucun autre pays africain en 2015.

La CORED appelle le peuple équato-guinéen à travailler dans l’unité pour en finir avec la dictature avant que la dictature n’en finisse avec notre peuple.

La CORED appelle enfin la Communauté internationale, les gouvernements, les institutions internationales, les ONGs, la presse internationale et toutes les personnes sensibles au drame des Equato-guinéens à soutenir le peuple de Guinée équatoriale dans son aspiration à la liberté.

Le régime d’Obiang concentre en lui seul tous les maux existant dans le monde tels que les violations de droits humains, les corruptions, les inégalités, et poussés à leur paroxysme. A quand donc la fin du règne du dictateur Teodoro Obiang Nguema ?

La colère des ouvriers égyptiens

La question sociale dominera la scène égyptienne les prochains mois. Le pays a connu plus de grèves de travailleurs ces deux dernières années que pendant la décennie qui a précédé la révolution de janvier-février 2011. Aujourd’hui encore des ouvriers continuent à manifester et à faire grève pour faire entendre leurs revendications, malgré la loi restreignant le droit à se rassembler et à manifester. Mais les gouvernements successifs restent sourds à leurs doléances.

Ça faisait deux mois que les quelque 2 000 ouvriers d’Abboud Spinning Company n’avaient pas été payés. Sans compter les primes attendues et jamais versées. Les directeurs et les responsables de cette usine de textile d’Alexandrie faisaient la sourde oreille.

En général, les patrons ont les moyens de tenir la distance dans ce type de conflits. Ils peuvent aussi se débarrasser sans trop de difficulté des ouvriers récalcitrants : selon un avocat égyptien, Haitham Mohamedein, les employeurs sont simplement condamnés à verser une amende de… 100 à 500 livres égyptiennes (10 à 50 euros) en cas de licenciement abusif. L’attitude est en général d’attendre que ça se passe, mais cette fois-ci, ça ne passait pas. Une partie des ouvriers de l’usine a donc commencé un sit-in dans les locaux de l’usine le 25 août 2014. L’été était d’autant plus brûlant qu’il était ponctué de coupures d’électricité incessantes.

Dans une Égypte en pleine crise de paranoïa, les ouvriers sont accusés d’appartenir aux Frères musulmans, organisation considérée comme terroriste depuis décembre 2013 et dont les principaux leaders — parmi lesquels l’ancien président Mohamed Morsi — sont en prison ou en fuite. Qui veut discréditer quelqu’un l’accuse d’être Frère musulman. Pourtant ils ont tenu bon. « On maintenait les sit-in depuis trois semaines. Au plus fort de la mobilisation, on était peut-être 700 ou 800 employés à protester. On demandait à être reçus par le directeur de l’usine, le gouverneur d’Alexandrie, ou même le premier ministre, sans succès. Finalement, on a enfin réussi à obtenir un rendez-vous avec le directeur, prévu pour le 15 septembre. Mais il n’est pas venu », se souvient Mohamed Kamel, l’un des contestataires, ouvrier depuis 24 ans dans l’usine.

À Alexandrie, les ouvriers ont perdu patience. « Le directeur ne s’est pas montré. On est sortis de l’usine pour manifester. Et on nous a envoyé la police », ajoute Mohamed Kamel. Une altercation s’ensuit. Un policier nerveux fait usage de son arme, une sorte de gros pistolet à grenaille, de ceux que l’on surnomme « cartouches » en Égypte et qui ont blessé des centaines de manifestants pendant la période révolutionnaire quand ils ne les rendaient pas aveugles. Le coup de feu emporte un très gros morceau de chair de la jambe gauche de Mohamed Kamel. Il raconte cela, le visage lumineux, le tibia traversé par des broches au métal patiné, sur son lit d’hôpital.

Des syndicats toujours aux ordres

Les syndicats ne sont pas d’une grande aide. Ce n’est pourtant pas par manque de moyens. La Fédération générale des syndicats de travailleurs d’Égypte (FGSTE) est un paquebot de près de 4 millions de membres, 21 000 cadres, 17 fédérations régionales. Elle dispose d’une banque, d’une fondation culturelle d’universités ouvrières, d’hôtels, de villages-vacances, de bibliothèques… Ce n’est pourtant pas de ce côté qu’il faut s’attendre à une mobilisation générale. Selon Élisabeth Longuenesse et Didier Monciaud (1), « La gestion des syndicats est très bureaucratique et l’élite syndicale se caractérise par son conservatisme, son immobilisme et sa soumission au régime, mais aussi par des liens étroits avec le milieu des hommes d’affaires du secteur privé. » La fédération et ses multiples branches se transforme peu à peu en une agence de services aux pratiques très clientélistes. Les dirigeants syndicaux se servent des ressources financières de leurs organisations, avec l’effet pervers d’accélérer le désengagement de l’État, notamment pendant les années 1990.

Il y avait pourtant eu une lueur d’espoir en 2009. Après des années de lutte, la formation d’un syndicat indépendant, celui des percepteurs des taxes sur les transactions immobilières, a été autorisée par le gouvernement en avril. Le mouvement, mené par Kamal Abou Aita, s’est transformé en Fédération égyptienne des syndicats indépendants le 2 mars 2011, peu après la chute de Hosni Moubarak, avec pour slogan principal la mise en place d’un salaire minimum à 1 200 livres (environ 120 euros) par mois, pour tous. C’était ce à quoi Abou Aita s’était employé, pendant son court passage au gouvernement comme ministre « de la main d’œuvre et de l’immigration » (c’est-à-dire le ministre du travail), de juillet 2013 à mars 2014. C’était la dernière tribulation d’un syndicaliste qui avait rallié les Frères musulmans en 2012 pour les élections à l’Assemblée du peuple (2), s’était fait élire puis avait appelé à voter pour le nassériste Hamdine Sabbahi, pour finalement appeler à la démission de Morsi en 2013.

Indépendants sur le papier

La création de syndicats indépendants a été autorisée en mars 2011, juste après le départ de Moubarak, mais tous les gouvernements successifs ont bloqué l’adoption de la loi, du régime transitoire du Conseil suprême des forces armées à l’équipe de Morsi jusqu’à aujourd’hui, sous la présidence d’Abdel Fattah Al-Sissi. La grève menée par les camarades de Mohamed Kamel est bien sûr illégale. Car la loi 12 de 2003 sur le travail encadre très précisément le droit de grève : il faut faire une demande écrite à l’avance et avoir l’accord de la majorité des deux tiers du conseil d’administration de la FGSTE. À notre connaissance, un syndicat de la Fédération n’a apporté un soutien officiel qu’une seule fois, lors de la grève de l’usine Tanta Flax and Oil Co, en mai 2009. Un soutien de cinq jours pour une grève de six mois.

La loi sur le salaire minimum est passée en septembre 2013. Mais elle ne concerne que les fonctionnaires — pas même les employés des agences de l’État comme la Poste (3). Mohamed Kamel, l’ouvrier à la jambe blessée, reçoit quand à lui un salaire de 780 livres par mois (environ 80 euros).

Un traitement spécial

Ces dispositions ressemblent à celles contenues dans une autre loi, entrée en vigueur en novembre 2013, sur le droit de manifester, réduit à la portion congrue. Il faut informer les autorités trois jours avant la tenue du mouvement : coordonnées, lieu et trajet du cortège, revendications et slogans scandés. Le ministère de l’intérieur se donne toute latitude d’interdire la manifestation au motif aussi vague que celui de « menace pour la sécurité ». Les possibilités de s’exprimer publiquement n’ont peut-être jamais été aussi réduites dans l’histoire récente de l’Égypte.

Pourtant, ni Kamel ni ses camarades n’ont été jetés en prison. Le gouvernement, malgré le contexte répressif actuel, ne tient peut-être pas à se mettre à dos les quelque 27 millions de travailleurs égyptiens. La loi sur les manifestations a fait l’objet d’une contestation immédiate de la part des militants des droits humains, conduisant à l’arrestation d’un activiste de premier plan, Alaa Abdel Fattah, en novembre 2013. Au même moment, et jusqu’en décembre 2013, les ouvriers d’une usine emblématique, celle de la Société égyptienne pour le fer et l’acier (Hadidwalsolb) à Helwan, au sud du Caire, ont eux aussi manifesté sans être inquiétés par les autorités.

Moustafa Bassiouni, journaliste économique égyptien et spécialiste des mouvements ouvriers, rappelle qu’« on a compté en 2012 plus de grèves que pendant les dix années qui ont précédé la révolution » (4). Après la reprise en main du pouvoir par l’armée durant l’été 2013, les mobilisations ont continué, notamment en février 2014, faisant chuter le gouvernement de Hazem El-Beblaoui (5). Mais les mobilisations n’aboutissent qu’à peu de résultats. Si les autorités n’ont pas la main aussi lourde sur les ouvriers que sur les Frères musulmans, les arrestations et cas de torture sont tout de même nombreux et répertoriés.

Des luttes très locales

Pour le chercheur Gennaro Gervasio, professeur à l’université britannique du Caire, les enjeux souvent très locaux des grèves en font des luttes difficiles à arrêter, mais par définition, elles peinent à prendre une ampleur nationale. « Le régime sait le pouvoir des travailleurs organisés et politisés. Nommer au gouvernement Kamal Abou Aita était une forme de reconnaissance de ce pouvoir. Mais le ministre n’a pas réussi à calmer la grogne généralisée. Par ailleurs, les ouvriers sont très mal informés », explique Gervasio. Il cite l’exemple d’ouvriers rencontrés en 2012 qui n’étaient même pas au courant de la création de syndicats indépendants. Pour le chercheur, « le seul trait d’union depuis 2007, ce sont les mouvements de protestation, qui n’ont finalement jamais cessé ».

En effet. Malgré le contexte répressif, les ouvriers de l’usine Schweppes sont mobilisés depuis trois semaines pour protester contre le renvoi possible de 850 ouvriers de l’usine, dans le cadre d’une fusion avec Coca-Cola. Les fusions ne sauraient être la cause de licenciements, selon la loi 12 de 2003 que tous les gouvernements successifs promettent de réformer dans l’intérêt des travailleurs, sans agir concrètement pour autant. À nouveau, des ouvriers de l’usine de la gigantesque usine Hadisolb de Helwan sont en grève. Ils réclament le paiement de primes, toujours promises, jamais versées. Jour après jour, en Égypte, des travailleurs manifestent et se mobilisent. Sans résultats concrets cependant : les ouvriers de Hadisolb avaient manifesté l’année dernière, à la même date, pour les mêmes motifs, sans être pour autant entendus. Quant à Mohamed Kamel, le travailleur blessé de l’usine Abboud Spinning company d’Alexandrie, il est toujours à l’hôpital. Les revendications de ses camarades sont restées lettre morte. En Égypte, le mouvement ouvrier reste prisonnier de trois maux : une base divisée et peu informée ; le manque d’une représentation syndicale digne de ce nom, qui pourrait mobiliser sur le plan national ; enfin, des autorités méfiantes vis-à-vis des mouvements de travailleurs et qui veillent soigneusement à rendre difficile, voire impossible, toute contestation organisée.

1) « Les syndicalismes : lutte nationale, corporatismes et contestations », in Vincent Battesti, François Ireton (dirs.), L’Égypte au présent. Inventaire d’une société avant révolution, Sindbad, « La Bibliothèque arabe », mai 2011. – p. 367.

2) NDLR. Équivalent des élections législatives.

3) Moustafa Bassiouni, « En Égypte, rien n’arrête le mouvement ouvrier », Le Monde diplomatique, août 2014.

4) Ibid.

5) NDLR. Beblaoui a été premier ministre du 9 juillet 2013 au 1er mars 2014.

La nation burkinabè est en péril

Alors que le Burkina vit encore, ce jour, sous la menace armée d’une bande de putschistes tout inféodés à Compaoré, voilà que la CEDEAO vient proposer l’inacceptable ! Il faudrait en effet, contre leur reddition, non seulement laisser libres les auteurs du coup armé, mais en plus, les laisser libres de se présenter aux prochaines élections législatives !

Comme si de rien n’était en somme.

Alors que les victimes des premiers jours ne sont même pas encore inhumées, que cette soldatesque est, arme au poing, toujours prête à tirer sur la population, on peut aisément comprendre l’indignation qui a gagné le pays à l’annonce d’un tel « arrangement »;

Ce « jugement de Salomon » proposé par la commission des médiateurs, et qui doit être soumis aujourd’hui mardi 22 septembre à la CEDEAO en plénière à Abuja, ne peut être et ne sera définitivement perçu, que comme un diktat imposé à tout un pays et à tout un peuple. Depuis quand, en effet, accorde-t-on le recouvrement de leurs droits à des hors la loi, coupable de crimes de sang, alors qu’ils sont toujours en sédition ?

Les Burkinabés n’accepteront pas un tel affront, sorte de blanc seing à toutes les attaques à venir contre la transition démocratique.

Pour ces raisons, nous publions ci-après un communiqué de l’association « balai citoyen » qui, on s’en souvient, avait joué un rôle central dans les mobilisations massives conduisant à la fuite, organisée par la France, de Blaise vers la Côte d’Ivoire, d’où il est désormais inextradable.

Peuple du Burkina Faso ; La nation burkinabè est en péril ; Des miliciens du RSP ont perpétré un coup de force lors du Conseil des ministres et ont pris en otage le Président du Faso, le Premier ministre, les ministres de la fonction publique, celui de l’habitat, tous deux membres de la société civile.

C’est la quatrième fois que les miliciens du RSP dirigés par le capitaine Dao avec comme éminence grise le général Gilbert Diendéré et la complicité du CDP essaient de mettre un frein à la transition et de restaurer l’ancien régime. Ces voyous, ces êtres malfaisants croient que le peuple burkinabè acceptera leur tentative de coup d’État qui d’ores et déjà apparaît comme une mauvaise plaisanterie aux yeux de toute la communauté nationale.

Nous rejetons le message insultant prononcé par ces apatrides mus par les forces du mal dans lequel ils appellent à la reddition de tout un peuple debout et fier. Nous exigeons la libération immédiate du Chef de l’État, du Premier ministre et des ministres arrêtés. Nous attendons un engagement fort et sans ambages des forces politiques et de l’ensemble de la société civile. Nous exigeons que l’armée régulière, les forces de défense et de sécurité prennent leurs responsabilités historiques face à cette agression armée contre le peuple burkinabè et ses institutions.

Nous appelons les populations à s’organiser chacun dans sa rue, son quartier, son secteur pour démontrer que la stratégie de terreur et de psychose que tente d’instaurer les groupuscules de miliciens du RSP ne saurait paralyser cet élan patriotique qui nous a animé.

Burkinabè épris de paix et de justice, la Nation est en danger ; Oui à la neutralisation définitive des miliciens voyous du RSP et de leurs commendataires.

Mobilisons-nous pour faire barrage au complot infâme qui est en cours ! En avant pour la résistance populaire ! La patrie ou la mort, nous vaincrons !

Les Congolais ne veulent plus de Sassou…

Les Congolais ne veulent plus de Sassou… La diplomatie s’en accommode

Le dictateur congolais Sassou Nguesso vient d’annoncer ce mardi 22 septembre son intention d’organiser un referendum pour modifier la Constitution qui lui interdit de rester au pouvoir. Nous mettons donc en ligne cette tribune de Guillaume Desgranges et Fabrice Tarrit, administrateur et président de l’association Survie, écrite avant cette annonce et qui était sur le point d’être publiée.

Samedi 5 septembre, Anne Hidalgo s’est rendue à Brazzaville en marge des Jeux Africains. À cette occasion, elle a rencontré le président de ce petit État pétrolier, Denis Sassou Nguesso, un criminel notoire. Cette entrevue entre la maire de Paris et le dictateur congolais s’inscrit pour ce dernier dans le prolongement d’une séquence diplomatique chargée, après l’accueil le 22 juillet du ministre de la Défense Jean-Yves le Drian et une rencontre à Paris quinze jours plus tôt avec Manuel Valls et François Hollande. Une séquence visant à donner l’image d’un dirigeant normal, dans un pays politiquement stable, à la veille d’élections présidentielles tendues, prévues en 2016. Quelques rappels historiques s’imposent sur la funeste carrière de l’homme fort du Congo-Brazzaville, parvenu au pouvoir dès 1979, après avoir dirigé les services secrets congolais. Après douze ans d’une dictature sanguinaire, en 1991, la population excédée convoque une Conférence nationale souveraine, véritables États généraux congolais, et obtient des élections incontestées.

Les privilèges des compagnies françaises sont remis en cause, en particulier le monopole d’Elf. Après cinq années de complots, Sassou reconquiert le pouvoir par les armes, avec un incontestable soutien français. Car nul ne s’en cache, Denis Sassou Nguesso est l’homme de la France au Congo. La litanie d’exactions qui suit est insoutenable, qu’il suffise d’évoquer le massacre de centaines de réfugiés sur l’embarcadère du Beach, le pillage de Brazzaville fin 97, ou le nettoyage ethnique organisé dans la région du Pool, supposée insoumise. On peut qualifier sans risque Denis Sassou Nguesso de criminel de guerre, et de criminel contre l’humanité comme l’a fait François-Xavier Verschave en 2000 dans l’ouvrage Noir Silence, qui lui vaudra de remporter un procès pour offense à chef d’État intenté par Sassou. Aujourd’hui le Congo est en proie à de vives tensions politiques, à l’approche d’une présidentielle prévue mi-2016, à laquelle selon la Constitution congolaise, Sassou ne peut se représenter. Le clan présidentiel n’ayant aujourd’hui aucun intérêt à prendre le risque de l’alternance démocratique, un passage en force est en train de se tramer : Sassou doit à tout prix obtenir la modification constitutionnelle et s’apprête à faire au monde le coup du vieux politicien rappelé bien malgré lui au pouvoir par plébiscite. Malgré les intimidations, les arrestations arbitraires, la torture, une résistance se structure et organise meetings et campagnes. Lors du dialogue national alternatif en juillet, plus de 600 personnalités congolaises se sont réunies pour préparer l’opposition au coup d’État constitutionnel. Vu le parcours du personnage, on ne peut donc que s’indigner de voir aujourd’hui des dirigeants français serrer la main de Sassou Nguesso comme s’il s’agissait d’ un président « normal » ou soutenir, comme l’a fait implicitement l’homme d’affaires Jean-Yves Ollivier dans le journal La Croix le 26 août, qu’il faut s’accommoder de voir cet homme perdurer au pouvoir parce qu’il serait un homme fort qui garantirait la stabilité du pays.

La diplomatie française ne s’est-elle pas gargarisée de cette pseudo stabilité pendant des décennies pour justifier son soutien au Tunisien Ben Ali ou au Burkinabè Blaise Compaoré, avant que ceux-ci ne soient chassés par leur peuple ? Si le Congo est en apparence stable depuis plusieurs années, la Constitution présidentielle imposée en 2002 ayant permis l’organisation supposément « régulière » d’élections grossièrement truquées, les ressources (principalement le pétrole et le bois) du pays restent exploitées dans des conditions lamentables au profit de quelques grandes compagnies et du clan présidentiel en place, dont le patrimoine est démesuré – et visé en France par l’affaire des Biens mal acquis. Quant à la population de ce pays riche, elle est l’une des plus pauvres du monde : 57 % vit avec moins de deux dollars par jour. Aujourd’hui, au Congo comme en France, ceux qui, complètement à rebours de l’Histoire, veulent faire de Sassou un homme respectable, se compromettent donc avec une dictature définitivement indéfendable.

Ensemble contre la françafrique

Parce que nous avons toujours soutenu celles et ceux qui combattent les injustices économiques et politiques faites à l’encontre de l’Afrique et des africains;

parce que nous connaissons le combat mené de longue date par SURVIE contre la françafrique, nous avons décidé de publier ici son appel à soutien financier.

(Pour la rédac François Charles)

ENSEMBLE CONTRE LA FRANÇAFRIQUE

SOUTENEZ SURVIE !

Congo-Brazzaville : coup d’Etat constitutionnel du dictateur Sassou Nguesso qui cherche à tout prix à se maintenir au pouvoir ;

Tchad : année électorale en 2016 où Idriss Déby briguera un 5mandat.

Et un nouveau « Sommet de la Françafrique » prévu fin 2016 au Mali en présence d’Hollande et des chefs d’Etat africains.

Jusqu’à quand la France soutiendra-t-elle politiquement et militairement

des pays dictatoriaux qui répriment violemment les manifestations de leur peuple ?

Rôle de survie est plus que jamais indispensable

pour résister à la Françafrique, en produisant et diffusant une analyse critique, en alertant les médias et le grand public, en soutenant des luttes menées en Afrique, en interpellant les élu-e-s.

Au nom de la lutte contre le terrorisme, l’armée française est omniprésente (opérations au Sahel et en Centrafrique, bases en Côte d’Ivoire, au Gabon, à Djibouti, forces spéciales en Mauritanie, au Burkina-Faso, au Tchad…).

Elle est aussi synonyme de complicité avec des régimes autocrates, d’impunité pour les crimes commis par des militaires, de lourde ingérence dans la politique des pays concernés.

Comble du cynisme : la France projette de comptabiliser le coût des opérations militaires extérieures en aide publique au développement.

L’ingérence militaire de la France en Afrique va-t-elle durer encore longtemps ?

Ne laissons pas cette politique se faire en notre nom !

SURVIE est une association indépendante, uniquement financée par ses adhérents et ses donateurs et par la diffusion de ses publications. C’est votre soutien qui est la garantie de notre liberté de ton et d’action.

En 2015, ce soutien nous a déjà permis d’actualiser le Petit Guide de la Françafrique, de diffuser notre nouveau livre « Françafrique la famille recomposée », d’organiser un week-end national de formation, de mobiliser le réseau militant à l’occasion des 30 ans de l’association, d’inviter le résistant congolais Brice Mackosso pour une tournée de conférences.

Des difficultés économiques ont malheureusement contraint l’association à réduire son équipe salariée, et malgré des efforts pour diminuer nos dépenses et augmenter nos recettes (notamment déménagement du siège national et recherche de financements auprès de fondations), notre structure est fragile et nous avons besoin de votre soutien.