Démocratie, régionalisme, ethnocentrisme…Quelle voie ?

Bénin : La question du régionalisme, du régionalisme et de l’unité nationale

Un point de vue de Philippe Noudjènoumè*

Alors que le continent africain, au prétexte de divisions religieuses, ethniques, communautaires….autant réelles qu’artificielles,  est toujours ravagé par les guerres, toujours dominé par des dictatures marionnettes et les puissances prédatrices,  le point de vue apporté par Philippe Noudjènoumè prend toute son importance.

Si débarrasser l’Afrique de toutes ces scories parasites, pâles copies des « démocraties » occidentales, elles-mêmes malades et vermoulues de l’intérieur, s’impose comme une urgente nécessité; si chasser tous ces fantoches accrochés au pouvoir comme des parasites paraît, à l’exemple du Faso, désormais possible, se pose toujours et à chaque fois la question de la contre proposition alternative plausible : Quelle organisation opposer à leur système mensonger, 100% d’importation et, s’agissant des pays d’Afrique de l’Ouest, véritables cheval de Troie de la Françafrique ? (Pour la rédaction de l’Autre Afrique : François Charles)

La prise en compte des histoires nationales, régionales, locales par delà les frontières héritées des colons, l’importance du passé culturel et politique, des traditions organisationnelles…autant de questions en suspens et à prendre en considération que s’efforce, dans son interview, de traiter Philippe Noudjènoumè.

Le débat est ouvert, il est loin d’être clos, mais il est de la plus haute importance pour l’avenir africain du continent Afrique.

Bénin : La question du régionalisme et du régionalisme et de l’unité nationale

Mesdames et messieurs, Chers amis journalistes, soyez les bienvenus au Siège de mon Parti pour ce point de presse.

I – Actualité de la question  

Mesdames et messieurs, partout aujourd’hui dans tous les milieux politiques et sociaux s’invite les débat sur le régionalisme. Des propos tels que « je ne suis pas de la bonne région pour avoir tel poste » ou pour réussir à un concours. Ou bien « Il fait avoir un patronyme d’une telle consonance pour voir la porte d’un concours ouvert à soi » ou encore « Candidat du sud ou « candidat du nord » etc. s’entendent tous les jours dans les cénacles privés et débordent souvent dans l’espace public créant une atmosphère de méfiance entre personnes du même pays. Autrement dit, l’impression générale de plus en plus partagée est que les chances ne sont pas égales selon que l’on est né ou originaire de telle ou telle région. Malheureusement ces propos graves pour l’unité nationale prennent appui sur des faits réels. Il suffit de jeter un coup d’œil sur les principaux gestionnaires des postes-clé de l’appareil d’Etat pour se rendre compte de la question : les régies financières notamment en sont une expression palpable.

Cette situation exacerbe, développe à rebours des émotions et réflexions ethno-régionalistes de plus en plus exprimées dans la partie sud du pays créant un véritable danger de conflits à connotation régionale préjudiciable à l’unité des peuples du Bénin. Des débats multiples s’animent autour des questions comme celle de quota comme base de répartition des cadres dans l’administration ou celle d’un fils du sud comme prochain Président de la république parce que disent ces régionalistes du sud sur les 54 années d’indépendance, le nord en a occupé les ¾. Tout propos qui occulte complètement ce fait notable que ces pratiques du pouvoir de YAYI- justement condamnables- n’entament nullement le déséquilibre interrégional en défaveur des régions septentrionales créé par la colonisation depuis 1894. La question du régionalisme est donc redevenue surtout en ces temps de compétitions électorales un débat d’enjeu politique.

Certes YAYI Boni est allé très loin dans les pratiques ethno-régionalistes. Mais est-il le premier et le seul ? Nullement. Depuis 1960, tous les pouvoirs qui se sont succédé à la tête de notre pays ont pratiqué à des degrés divers le régionalisme et l’ethnocentrisme. Depuis 1960, la politique de la haute bourgeoisie- qu’elle soit du nord ou du sud- a été une politique ethno-régionaliste qui a toujours visé à opposer les peuples entre eux, empêcher leur union, pour la pérennisation de la domination et l’exploitation impérialistes. Le cas du pouvoir de Kérékou-PRPB de 1972 à 1990 est à considérer de très près. En effet de tous, il apparaît ayant pratiqué le moins l’ethno-régionalisme. D’une part, parce que les membres de sa cour sont diffractés dans toutes les nationalités du Bénin ; d’autre part parce que sa région d’origine n’a bénéficié d’aucune infrastructure pendant son règne. Mais de 1996 à 2006, Kérékou n’a pas hésité à pratiquer comme tous les autres cette politique ethno-régionaliste sans fard. Des ministères étaient ethno-régionalisés. Généralement la frange de la haute bourgeoisie qui accède au pouvoir a toujours prétendu représenter son ethnie, sa région et parler en leur nom au détriment des autres. Dans l’opposition, elle a toujours tenté d’utiliser cette corde sensible ethno-régionaliste pour accéder au pouvoir. La dernière tentative de constitution de l’Union des fils descendants de Tado dans la Grande Union fait la Nation en est une illustration. Il suffit de voir qu’au ministère du Plan (sous le pouvoir de Kérékou) au temps d’Amoussou Bruno, la langue officielle de ce ministère était l’adja pour comprendre le problème, comme aujourd’hui la langue officielle- dit-on- de la Présidence de la République est le nago. La politique ethno-régionaliste en œuvre autour de YAYI Boni n’est donc pas la première.

Mais celle-ci est plus systématique et prend une allure d’autant plus révoltante que la manne à partager se réduit par suite de la crise, du rétrécissement du marché de l’emploi et du chômage généralisé de la jeunesse. Par ailleurs, du fait du rétrécissement de la manne à partager, les nationalités ou régions que le pouvoir de YAYI Boni prétend représenter ne sont même pas satisfaites et ne peuvent d’ailleurs l’être. Seule une infime minorité de personnes généralement liées directement aux membres du sérail du pouvoir arrivent à tirer leur épingle du jeu laissant dans la misère l’immense majorité.

II- La question du régionalisme et de l’ethnocentrisme n’est pas nouvelle.

Depuis la fin des années 1890, avec l’agression de notre pays par le colonisateur français et la réunion par la force des armes de ses peuples ou groupes ethniques en un Etat colonial, appelé Dahomey, la question de disparités régionales et ethniques- la question du régionalisme et de l’ethnicisme- n’a jamais cessé de marquer la vie politique publique de notre pays. Véritable serpent de mer, le débat régionaliste et ethniciste réapparaît à tous les tournants politiques importants de notre vie nationale : 1958, 1963 avec le renversement de Maga ; 1991 avec l’échec de Kérékou aux présidentielles et les graves événements de mars 1991,

La prégnance des considérations régionales et ethniques sur la politique des divers gouvernements ayant présidé aux destinées de notre pays depuis 1960 a été dénoncée très tôt par les forces et mouvements progressistes des années 1960-1970. Et le plus scientifique, pour ne pas dire le plus éclairé des représentants de ce mouvement progressiste d’alors fut incontestablement feu Guy Landry HAZOUME. Son livre intitulé « Idéologies tribalistes et nation en Afrique : le cas dahoméen », édité à Présence africaine en 1972 a pendant longtemps servi de bréviaire à la jeune génération de militants révolutionnaires africains et béninois que nous étions dans les années 1970 (militants de l’UGEED, de la FEANF, du FACEEN, de la LNJP, de la JUB etc.) sur la question du régionalisme et l’unité nationale. Il est donc heureux que des hommes épris d’équité et de justice s’émeuvent de cette spirale suicidaire pour le pays et veuillent tenir sur la question un « FORUM DE RÉFLEXION ET D’ÉCHANGE SUR LA PROBLÉMATIQUE DU RÉGIONALISME ET DE « L’UNITÉ NATIONALE » Et l’objectif poursuivi est louable qui s’exprime ainsi « Engagés par le passé, malgré leurs différences politico-idéologiques, pour la cohésion de notre pays, ils voudraient créer, avec leurs amis et compagnons d’hier, mais également avec les plus jeunes d’aujourd’hui, une opportunité, une occasion pour mieux cerner le phénomène régionaliste et pour y proposer des solutions d’endiguement dépouillées de toute hypocrisie politique. » (Cf. texte d’appel et de motivation du forum).

Mon Parti, le Parti Communiste du Bénin a tenu sur la question beaucoup de forums, a émis sur la question beaucoup de réflexions depuis sa création en 1977. De façon particulière deux colloques sont à mentionner. C’est celui de 1991 et celui de 1997. Tout cela a fait l’objet du livre « La question du régionalisme et de l’ethnocentrisme- Disparités régionales et politique de développement équilibré du pays » qui vient de paraître en Octobre 2014 et qui résume l’essentiel des thèses du Parti communiste sur la question.

III- Quelle est la politique du PCB sur la question du régionalisme et de l’ethnocentrisme ?   

Pour commencer définissons ce que c’est le régionalisme et l’ethnocentrisme ?

Dans mon ouvrage « Démocratie au Bénin. Bilan et perspectives, édition L’Harmattan 1999, je soulignais le danger de la question en ces termes : « La prévalence des idéologies ethno-régionalistes dans la pratique politique des populations béninoise n’est pas une surprise ; elle est une donnée objective et cette donnée répond à l’existence d’ethnies ou groupes ethniques à personnalités affirmées les unes par rapport aux autres ; la coexistence de ces ethnies secrète une « idéologie » c’est-à-dire ‘’un rapport vécu des hommes ‘’ béninois à la politique et donne lieu à une solidarité ethnique, chose tout à fait normale… C’est l’utilisation de cette ‘’solidarité tribale’’ par des hommes politiques à des fins politiques jusqu’à l’exclusion d’autres solidarités ou son érection en antagonismes négateurs qui est le mal. Tout dirigeant politique qui ne veut pas seulement gérer, mais gouverner ce pays multi-ethnique doit prendre en compte cette réalité et lui donner corps à travers la Constitution et l’organisation interne de l’Etat » C’est cette politique qui se traduit dans le mot d’ordre d’autonomie administrative.

Le pays est un pays multinational dans ce sens qu’il est composé de plusieurs nationalités. Il est essentiel que l’on en prenne conscience avec ce que cela appelle comme politique adéquate à mettre en œuvre.

Ces différentes nationalités étaient à des niveaux différents de développement économique et social à la veille de la conquête coloniale. Certaines avaient atteint le niveau de formation économique et sociale avec l’apparition de l’Etat caractéristique d’une société de classes antagoniques. La plupart étaient de communautés primitives en désagrégation.

Ces différents niveaux ont influé certainement sur la formation de traits ; soit de développement, d’attitude d’homme aliéné dans une société de classes antagoniques (méfiance, individualisme) soit de maintien d’attitude d’homme gentilice avec sa franchise, sa liberté et sa fierté naturelles. Ces traits sont transitoires et ne constituent point les attributs de telles ou telles tribus ».

Il est naturel qu’un membre d’une ethnie donnée, d’une nationalité déterminée ou d’une région milite activement pour l’épanouissement de son ethnie ou de sa nationalité ou pour le développement économique de sa région. Un tel phénomène ne peut être condamné, au contraire. Il n’y a là rien de reprochable tant que ce désir de développement et d’épanouissement ne porte pas atteinte à une ethnie ou à une nationalité voisine. On doit même y voir de la générosité, de la noblesse de cœur et de sentiment lorsque ce désir de développement et d’épanouissement est perçu dans le sens de l’intégration des ethnies, des nationalités et des régions du pays.  Le régionalisme, en fait primaire, intervient lorsque le militantisme pour sa région ou son ethnie intervient.. Le désir précédemment caractérisé est porté jusqu’à l’exclusivisme, jusqu’à l’expression de la volonté de développement de sa région au détriment des régions voisines. Si cet exclusivisme est porté sur la tribu ou l’ethnie ou la nationalité, on a affaire respectivement au tribalisme, à l’ethnocentrisme, au nationalisme étroit, tous primaires.  Le tribalisme, l’ethnocentrisme, le chauvinisme national et le régionalisme primaire n’interviennent à l’échelle des tribus, des ethnies, des nationalités et des régions, en tant que phénomène négatif au niveau des peuples, que lorsque des dirigeants se fondent sur les sentiments au départ nobles ou primaires pour développer des politiques de même nom en vue de la représentation des localités d’un pays. S’il existe des origines profondes et objectives à de telles politiques, celles-ci n’ont pu se développer et se perpétuer que parce qu’il existe des hommes pour les promouvoir, les distiller et les appliquer. Ainsi, dans notre pays, la haute-bourgeoisie et la couche supérieure de la petite-bourgeoise ont été les auteurs du régionalisme. C’est là le véritable régionalisme. Aussi, faut-il distinguer soigneusement les auteurs du phénomène des masses populaires qui n’y ont aucun intérêt.

La politique du Parti Communiste du Bénin en matière de la question nationale au terme de question ethnique-depuis sa création a toujours été formulée de la manière suivante dans tout programme du Parti « Libérer et unir les nationalités ». Elle est opposée à toutes formes de régionalisme et d’ethno-centrisme, à toutes formes d’exclusion sur la base de région ou d’ethnie, et peut se flatter sans aucun narcissisme d’être le Parti le plus national du Bénin, c’est-à-dire le Parti de toutes les nationalités du pays.

 Libérer le pays et ses nationalités de la domination étrangère, et notamment en ce qui concerne les langues nationales toutes dominées et niées au profit exclusif du français ;  Instaurer l’autonomie administrative étendue jusqu’au niveau des villages et quartiers de ville. Le découpage territorial du pays en région devrait se faire sur la base ethnique. Les ethnies importantes pouvaient être divisées en plusieurs régions sans empiéter sur les ethnies voisines. Dans tous les cas, les responsables administratifs locaux doivent être élus (et révocables) par les populations ; Ce qui donne 39 régions : Cotonou étant érigée en une région Les régions sont divisées en communes ; la commune en arrondissements ;les arrondissements en quartier de ville ou village ;La région est directement rattachée au pouvoir central. Chaque région sera en contact avec l’Académie par l’intermédiaire de ses correspondants. Les Chefs de Région étant élus par la population de la Région.

Chaque région aura sa radio diffusion – et sa Télévision pour mettre en valeur son patrimoine culturel Un Parlement à deux chambres : la Chambre des Députés et la Chambre des Nationalités composée de Représentants de nos Dignitaires et des Rois chargée d’examiner la conformité des lois avec les valeurs traditionnelles positives. Les députés seront élus par région. Pas de liste nationale.

La création au sein de la Cour suprême (à l’instar du Nigeria), d’une Chambre Traditionnelle, composée de dignitaires traditionnels siégeant comme juges en cassation des litiges mettant en œuvre les us et coutumes des peuples de notre pays provenant des Chambres traditionnelles près les cours d’appel des régions.

La reconnaissance des Rois, Chefs de terre, Chefs des couvents Devins comme juges locaux et rétribués comme fonctionnaires de l’Etat. La création au niveau de chaque village d’un tribunal de conciliation. Enrayer en priorité l’analphabétisme de toute la population à l’aide des langues nationales en instruisant les enfants scolarisables dans les langues nationales et en alphabétisant les adultes. . Voilà pour l’essentiel la politique de notre Parti adoptée depuis sa création en 1977 et largement partagée aujourd’hui avec d’autres partis et Organisations de la démocratie révolutionnaire réunie au sein de la Convention patriotique des Forces de Gauche.

Sahara occidental, territoire de non-droit ?

33 femmes venues d’Espagne, du Portugal, de France, du Royaume uni, de Norvège, de Tunisie et d’Amérique du sud ont été empêchées de débarquer de leur avion ou expulsées du Sahara occidental si elles y arrivaient par la route. Elles se rendaient à la deuxième rencontre internationale organisée par les femmes sahraouies à El Aïun, capitale du Sahara occidental occupé.

Communiqué de AFASPA*

Les autorités marocaines craignait-elles que les journalistes invités à filmer le roi à la sortie de la mosquée de Dakhla (salué par un parterre choisi), braquent micros et caméra vers ces visiteuses venues apporter leur soutien à la lutte des femmes sahraouies pour le droit à l’autodétermination ?

Pas de danger pourtant : les journalistes sont très bien encadrés quand ils sont autorisés à circuler dans ce pays quadrillé par les nombreux corps de police, de gendarmerie, de force auxiliaires et l’armée qui « oublie » en certaines circonstances de rester cantonnée, conformément au Plan de paix de l’ONU.

Dans quelques jour le Conseil de sécurité de l’ONU doit se prononcer sur le renouvellement de la MINURSO. Human Right Watch, le Réseau Euro-méditerranéen des droits de l’homme et 114 associations et syndicats de 22 pays (Danemark, Belgique, France, Pérou, Espagne, Venezuela, Serbie, Portugal, Sahara occidental (territoire occupé et camps de réfugiés), Italie, Australie, Algérie, Malte, Allemagne, Hongrie, Suisse, Slovénie, USA, Japon, Pays Bas, Suède et Royaume Uni) se sont adressés au secrétaire général et aux membres du Conseil de sécurité afin donner des informations précises sur les atteintes aux droits de l’homme à l’encontre des populations civiles sahraouies dès qu’elles expriment leur opinion sur l’avenir de leur pays. Ces organisations insistent pour que la surveillance des droits de l’homme soient intégrée à la feuille de route de la seule mission de l’ONU qui en est dépourvue.

De son côté l’Union africaine, par la voix de la Présidente de la commission Madame Nkosazana Dlamini-Zuma, s’est félicité du rapport du Secrétaire général, elle indique « qu’il est important de doter la Minurso d’un mandat des droits de l’homme, comme c’est le cas pour d’autres opérations de maintien de la paix des Nations unies et d’aborder la question de l’exploitation des ressources naturelles du territoire sahraoui, conformément à l’avis établi par le conseiller juridique des Nations unies le 29 janvier 2002.

MINURSO : Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara

Dette africaine, à qui profite le crime ?

Au moment où les USA annoncent leur intention de remonter prochainement leur taux d’intérêt, ce qui provoquera encore un approfondissement de la Dette, on apprend par le Guardian du 15 juillet dernier, le montant des bénéfices colossaux engrangés par les pays occidentaux sur le dos du continent africain.

Lu dans le Monde Diplomatique du mois d’août 2014

« Ecran de fumée

L’aide au développement apportée au continent africain revient dans les pays donateurs au travers le paiement des intérêts de la dette et des placements divers, selon une étude d’organisations non gouvernementales (ONG) anglo-africaines citées par The Guardian du 15 juillet dernier.

Les pays occidentaux utilisent l’aide à l’Afrique comme un écran de fumée pour dissimuler « le pillage intense »  du continent, qui perd près de 60 milliards de dollars par an en raison de l’évasion fiscale (…) et de la fuite des profits réalisés par les entreprises étrangères.

Bien que l’Afrique subsaharienne reçoive chaque année 134 milliards de dollars sous forme de prêts, d’investissements et d’aide au développement, l’étude oubliée par un groupe d’ONG (…) suggère que 192 milliards de dollars quittent chaque année la Région »

Et si l’Afrique refusait de payer sa dette ?

D’aucuns disaient que Thomas Sankara* était en avance sur son temps lorsqu’en juillet 1987, il dénonça ouvertement devant les Chefs d’Etat de l’OUA, la défunte Organisation  de  l’Unité  Africaine, « le système de dette mis en place par les puissances occidentales  avec  la  complicité des dirigeants du Sud pour confisquer la souveraineté des peuples ». Sankara appela à la création d’un front uni contre la dette.

1987, 2014, actualité de la Dette

Mais  en  fait,  qui  doit  quoi à qui ? La spirale de la dette dans laquelle les peuples africains, latino-américains et asiatiques sont engloutis de- puis des décennies a fini par révéler sa faillite idéologique. Le FMI et la Banque Mondiale, pendant longtemps, tapis dans   un   libéralisme   excessif, ont contribué à nourrir, à Washington DC, à New York, à Paris ou à Londres ce que Graham Hancock appelle les nababs de la pauvreté qui se disaient  pourtant  au  service de  l’humanité.  La  forteresse «Breton Woods» qui a ouvert la boîte de pandore du business de la dette, devrait commencer à rabattre de ses pré- tentions et de ses espérances. Et pour cause ! Aujourd’hui, le «marché de la dette» partout dans le monde, ne fait plus recette, les marchands étant tous aux abois.

D’aucuns disaient que Thomas Sankara était en avance sur son temps lorsqu’en juillet 1987, il dénonça ouvertement devant les Chefs d’Etat de l’OUA, la défunte Organisation  de  l’Unité  Africaine, « le système de dette mis en place par les puissances occidentales  avec  la  complicité des dirigeants du Sud pour confisquer la souveraineté des peuples ». Sankara appela à la création d’un front uni contre la dette. La suite du macabre «thriller»…, on la connaît.

Ironie du sort, vingt cinq ans plus tard, alors même que ce système continue de confisquer la souveraineté populaire et d’appauvrir la population africaine, les peuples du Nord sont eux aussi victimes d’une crise de dette sans précédent. La crise des subprimes (éclatement de la bulle spéculative) dans l’immobilier américain et européen a en effet provoqué chez les Etats occidentaux une réaction d’orgueil : sauver  et  sauver  seulement les banques, symboles attitré du  capitalisme,  bref  sauver la finance. Sans consultation populaire donc, les Etats ont contracté  des  prêts  auprès des grandes banques (FMI et Banque Mondiale) pour sauver les finances intérieures. Mais de quelle légitimité relèverait une telle dette ?

Ce qui est certain, les peuples qui ont croupi sous le faix de l’endettement des Etats dont les gouvernements sont les seuls responsables ne doivent ni argent, ni or, ni bronze, ni pétrole, ni gaz ou autres aux créanciers internationaux. Puisqu’à aucun moment, ils n’ont été consultés dans le processus de l’endettement qui s’est déroulé au détriment de leur accord fut-il tacite ou express.

Désormais mondialisée, toujours illégitime….

Conséquence, cette dette publique illégitime s’est aggravée en Europe. Autrefois réservés aux pays du Sud, les conditionnalités et les mesures d’austérité ont fini par gagner le Nord, plongeant les peuples dans un désarroi de plus en plus grand. La situation actuelle en Grèce, au Portugal, ou encore en Irlande où le FMI intervient directement dans les affaires internes des États, aux cotés de l’Union européenne (UE) et de la Banque centrale   européenne   (BCE), n’est pas sans rappeler celle des pays du Sud au début des années  80.  Les  mouvements d’indignation 99%, assiégeant les rues d’Athènes, de Bruxelles, de New York pour tenter de briser l’asphyxie de la dette imposée par les 1% de  la  sphère  oligarchique,  a confirmé une vieille prophétie éclairée du réseau Jubilé Sud qui disait : «Nous ne devons rien, nous ne payons rien !». Un retour anecdotique, diriez-vous, à la lutte contre l’économie « Casino» dont parlait Thomas Sankara. Et c’est sans ambages, si   l’Afrique,   dans cette veine, découvrait assez tôt, les vertus de l’indignation pour revendiquer, comme le  préconisait  Eric  Toussaint, l’annulation, sans aucun mécanisme  hypothétique  (l’initiative PPTE par exemple), de sa dette vis-à-vis des institutions de Breton Woods. Ceci pour cinq bonnes raisons : Premièrement,  la morale. L’argument “quand on a des dettes, on les paie” ne tient plus à l’égard des pays africains,  la  situation  de  crise ayant été déclenchée par des facteurs  extérieurs  indépendants de leur volonté (hausse des taux d’intérêt, chute des cours des matières premières etc.).

De surcroît, cette dette est largement immorale car elle fut souvent contractée par des régimes non démocratiques, voire dictatoriaux, qui n’ont pas utilisé les sommes reçues dans l’intérêt de leurs populations. Les créanciers ont prêté en connaissance de cause, pour  leur  plus  grand  profit, et ne sont donc pas en droit d’exiger des peuples qu’ils remboursent.

Le deuxième argument relève de la négation de la conditionnalité financière. Suite aux plans d’ajustement structurel imposés par le FMI, l’essentiel de la politique économique des pays du Sud est décidée à l’extérieur du pays concerné, notamment à Washington, à Londres, à Paris ou à Bruxelles. La dette permet aux créanciers d’exercer des pouvoirs exorbitants sur les pays endettés. Les pays qui sont soumis au diktat des créanciers représentés par le FMI et la Banque mondiale ont été au fil du temps contraints d’abandonner toute souveraineté. Les gouvernements ne sont plus en mesure de mettre en place la politique pour laquelle ils ont été élus. C’est une nouvelle colonisation.

Troisième argument lié à l’économie ; la dette africaine a déjà été remboursée plusieurs fois, Tenez : pour 1 $ dû en 1980, les Etats africains ont remboursé 4 $ mais en doivent encore 2,5 ! Elle a donc cessé de faire l’objet d’un remboursement équitable dans des conditions régulières, pour devenir un instrument de domination implacable, dissimulant racket et pillage. Tout compte fait, la dette organise un transfert de richesses des populations du Sud vers leurs riches  créanciers.  En  outre, les infrastructures et les services publics essentiels représentent de puissants facteurs de croissance endogène. Or tout investissement public conséquent est rendu impossible par le poids de la dette et la contrainte d’austérité budgétaire qu’il implique.

Les peuples ne sont pas redevables !

Le quatrième argument relève du droit. Le droit international reconnaît la nécessité de prendre en compte la nature du régime qui a contracté les dettes et l’utilisation qui a été faite des fonds versés. Cela implique une responsabilité directe des créanciers. La doctrine de la dette odieuse a été conceptualisée en 1927 par Alexander Nahum Sack, ancien ministre du tsar Nicolas  II  et  professeur  de  droit à Paris : «Si un pouvoir despotique contracte une dette non pas pour les besoins et dans  les  intérêts  de  l’Etat, mais pour fortifier son régime despotique, pour réprimer la population qui le combat, etc., cette dette est odieuse pour la population de l’Etat entier. Cette dette n’est pas obligatoire pour la nation; c’est une dette de régime, dette personnelle du pouvoir qui l’a contractée, par conséquent elle tombe avec la chute de ce pouvoir.» Ainsi, si un régime dictatorial  est  remplacé  par un régime légitime, ce dernier peut prouver que les dettes n’ont pas été contractées dans l’intérêt de la nation ou l’ont été à des fins odieuses. Dans ce cas, elles peuvent être frappées de nullité et les créanciers n’ont qu’à se retourner vers les dirigeants de la dicta- ture à titre personnel.

Le cinquième argument est d’ordre   écologique.  Depuis plusieurs siècles, les ressources du Sud sont exploitées au bénéfice exclusif des pays riches. La force, nécessaire à l’époque pour s’emparer de ces richesses, est désormais remplacée par les plans d’ajustement structurel. Pour se procurer les devises nécessaires au remboursement de la dette ou se maintenir au pouvoir, les gouvernements sont prêts à surexploiter et à brader les ressources naturelles, à mettre en péril la bio- diversité, à favoriser la déforestation, l’érosion des sols, la désertification. En Afrique, 65 %  des  terres  cultivables  ont été  dégradées  au  cours  des cinquante dernières années. Les plans d’ajustement structurel exigés par les créanciers impliquent des politiques qui, structurellement,  aboutissent à une dégradation de l’environnement   car   elles   ôtent à  l’État  la  responsabilité  de gérer dans l’intérêt commun le   territoire,   les   ressources naturelles, les équilibres écologiques…

Les conditions environnementales sont   donc très insuffisamment prises en  compte  dans  le  système actuel, contrairement aux intérêts  économiques,  financiers et géopolitiques. Annuler la dette et permettre enfin aux  populations  de  décider de   l’affectation   des   fonds les  concernant  est  l’unique moyen  d’intégrer  la  donne écologique  à  la  notion  de développement.  Ces  raisons ne fonderaient-elles pas une revendication de l’annulation totale de la dette africaine ou un refus pure et simple de son paiement ?