La colère des ouvriers égyptiens

La question sociale dominera la scène égyptienne les prochains mois. Le pays a connu plus de grèves de travailleurs ces deux dernières années que pendant la décennie qui a précédé la révolution de janvier-février 2011. Aujourd’hui encore des ouvriers continuent à manifester et à faire grève pour faire entendre leurs revendications, malgré la loi restreignant le droit à se rassembler et à manifester. Mais les gouvernements successifs restent sourds à leurs doléances.

Ça faisait deux mois que les quelque 2 000 ouvriers d’Abboud Spinning Company n’avaient pas été payés. Sans compter les primes attendues et jamais versées. Les directeurs et les responsables de cette usine de textile d’Alexandrie faisaient la sourde oreille.

En général, les patrons ont les moyens de tenir la distance dans ce type de conflits. Ils peuvent aussi se débarrasser sans trop de difficulté des ouvriers récalcitrants : selon un avocat égyptien, Haitham Mohamedein, les employeurs sont simplement condamnés à verser une amende de… 100 à 500 livres égyptiennes (10 à 50 euros) en cas de licenciement abusif. L’attitude est en général d’attendre que ça se passe, mais cette fois-ci, ça ne passait pas. Une partie des ouvriers de l’usine a donc commencé un sit-in dans les locaux de l’usine le 25 août 2014. L’été était d’autant plus brûlant qu’il était ponctué de coupures d’électricité incessantes.

Dans une Égypte en pleine crise de paranoïa, les ouvriers sont accusés d’appartenir aux Frères musulmans, organisation considérée comme terroriste depuis décembre 2013 et dont les principaux leaders — parmi lesquels l’ancien président Mohamed Morsi — sont en prison ou en fuite. Qui veut discréditer quelqu’un l’accuse d’être Frère musulman. Pourtant ils ont tenu bon. « On maintenait les sit-in depuis trois semaines. Au plus fort de la mobilisation, on était peut-être 700 ou 800 employés à protester. On demandait à être reçus par le directeur de l’usine, le gouverneur d’Alexandrie, ou même le premier ministre, sans succès. Finalement, on a enfin réussi à obtenir un rendez-vous avec le directeur, prévu pour le 15 septembre. Mais il n’est pas venu », se souvient Mohamed Kamel, l’un des contestataires, ouvrier depuis 24 ans dans l’usine.

À Alexandrie, les ouvriers ont perdu patience. « Le directeur ne s’est pas montré. On est sortis de l’usine pour manifester. Et on nous a envoyé la police », ajoute Mohamed Kamel. Une altercation s’ensuit. Un policier nerveux fait usage de son arme, une sorte de gros pistolet à grenaille, de ceux que l’on surnomme « cartouches » en Égypte et qui ont blessé des centaines de manifestants pendant la période révolutionnaire quand ils ne les rendaient pas aveugles. Le coup de feu emporte un très gros morceau de chair de la jambe gauche de Mohamed Kamel. Il raconte cela, le visage lumineux, le tibia traversé par des broches au métal patiné, sur son lit d’hôpital.

Des syndicats toujours aux ordres

Les syndicats ne sont pas d’une grande aide. Ce n’est pourtant pas par manque de moyens. La Fédération générale des syndicats de travailleurs d’Égypte (FGSTE) est un paquebot de près de 4 millions de membres, 21 000 cadres, 17 fédérations régionales. Elle dispose d’une banque, d’une fondation culturelle d’universités ouvrières, d’hôtels, de villages-vacances, de bibliothèques… Ce n’est pourtant pas de ce côté qu’il faut s’attendre à une mobilisation générale. Selon Élisabeth Longuenesse et Didier Monciaud (1), « La gestion des syndicats est très bureaucratique et l’élite syndicale se caractérise par son conservatisme, son immobilisme et sa soumission au régime, mais aussi par des liens étroits avec le milieu des hommes d’affaires du secteur privé. » La fédération et ses multiples branches se transforme peu à peu en une agence de services aux pratiques très clientélistes. Les dirigeants syndicaux se servent des ressources financières de leurs organisations, avec l’effet pervers d’accélérer le désengagement de l’État, notamment pendant les années 1990.

Il y avait pourtant eu une lueur d’espoir en 2009. Après des années de lutte, la formation d’un syndicat indépendant, celui des percepteurs des taxes sur les transactions immobilières, a été autorisée par le gouvernement en avril. Le mouvement, mené par Kamal Abou Aita, s’est transformé en Fédération égyptienne des syndicats indépendants le 2 mars 2011, peu après la chute de Hosni Moubarak, avec pour slogan principal la mise en place d’un salaire minimum à 1 200 livres (environ 120 euros) par mois, pour tous. C’était ce à quoi Abou Aita s’était employé, pendant son court passage au gouvernement comme ministre « de la main d’œuvre et de l’immigration » (c’est-à-dire le ministre du travail), de juillet 2013 à mars 2014. C’était la dernière tribulation d’un syndicaliste qui avait rallié les Frères musulmans en 2012 pour les élections à l’Assemblée du peuple (2), s’était fait élire puis avait appelé à voter pour le nassériste Hamdine Sabbahi, pour finalement appeler à la démission de Morsi en 2013.

Indépendants sur le papier

La création de syndicats indépendants a été autorisée en mars 2011, juste après le départ de Moubarak, mais tous les gouvernements successifs ont bloqué l’adoption de la loi, du régime transitoire du Conseil suprême des forces armées à l’équipe de Morsi jusqu’à aujourd’hui, sous la présidence d’Abdel Fattah Al-Sissi. La grève menée par les camarades de Mohamed Kamel est bien sûr illégale. Car la loi 12 de 2003 sur le travail encadre très précisément le droit de grève : il faut faire une demande écrite à l’avance et avoir l’accord de la majorité des deux tiers du conseil d’administration de la FGSTE. À notre connaissance, un syndicat de la Fédération n’a apporté un soutien officiel qu’une seule fois, lors de la grève de l’usine Tanta Flax and Oil Co, en mai 2009. Un soutien de cinq jours pour une grève de six mois.

La loi sur le salaire minimum est passée en septembre 2013. Mais elle ne concerne que les fonctionnaires — pas même les employés des agences de l’État comme la Poste (3). Mohamed Kamel, l’ouvrier à la jambe blessée, reçoit quand à lui un salaire de 780 livres par mois (environ 80 euros).

Un traitement spécial

Ces dispositions ressemblent à celles contenues dans une autre loi, entrée en vigueur en novembre 2013, sur le droit de manifester, réduit à la portion congrue. Il faut informer les autorités trois jours avant la tenue du mouvement : coordonnées, lieu et trajet du cortège, revendications et slogans scandés. Le ministère de l’intérieur se donne toute latitude d’interdire la manifestation au motif aussi vague que celui de « menace pour la sécurité ». Les possibilités de s’exprimer publiquement n’ont peut-être jamais été aussi réduites dans l’histoire récente de l’Égypte.

Pourtant, ni Kamel ni ses camarades n’ont été jetés en prison. Le gouvernement, malgré le contexte répressif actuel, ne tient peut-être pas à se mettre à dos les quelque 27 millions de travailleurs égyptiens. La loi sur les manifestations a fait l’objet d’une contestation immédiate de la part des militants des droits humains, conduisant à l’arrestation d’un activiste de premier plan, Alaa Abdel Fattah, en novembre 2013. Au même moment, et jusqu’en décembre 2013, les ouvriers d’une usine emblématique, celle de la Société égyptienne pour le fer et l’acier (Hadidwalsolb) à Helwan, au sud du Caire, ont eux aussi manifesté sans être inquiétés par les autorités.

Moustafa Bassiouni, journaliste économique égyptien et spécialiste des mouvements ouvriers, rappelle qu’« on a compté en 2012 plus de grèves que pendant les dix années qui ont précédé la révolution » (4). Après la reprise en main du pouvoir par l’armée durant l’été 2013, les mobilisations ont continué, notamment en février 2014, faisant chuter le gouvernement de Hazem El-Beblaoui (5). Mais les mobilisations n’aboutissent qu’à peu de résultats. Si les autorités n’ont pas la main aussi lourde sur les ouvriers que sur les Frères musulmans, les arrestations et cas de torture sont tout de même nombreux et répertoriés.

Des luttes très locales

Pour le chercheur Gennaro Gervasio, professeur à l’université britannique du Caire, les enjeux souvent très locaux des grèves en font des luttes difficiles à arrêter, mais par définition, elles peinent à prendre une ampleur nationale. « Le régime sait le pouvoir des travailleurs organisés et politisés. Nommer au gouvernement Kamal Abou Aita était une forme de reconnaissance de ce pouvoir. Mais le ministre n’a pas réussi à calmer la grogne généralisée. Par ailleurs, les ouvriers sont très mal informés », explique Gervasio. Il cite l’exemple d’ouvriers rencontrés en 2012 qui n’étaient même pas au courant de la création de syndicats indépendants. Pour le chercheur, « le seul trait d’union depuis 2007, ce sont les mouvements de protestation, qui n’ont finalement jamais cessé ».

En effet. Malgré le contexte répressif, les ouvriers de l’usine Schweppes sont mobilisés depuis trois semaines pour protester contre le renvoi possible de 850 ouvriers de l’usine, dans le cadre d’une fusion avec Coca-Cola. Les fusions ne sauraient être la cause de licenciements, selon la loi 12 de 2003 que tous les gouvernements successifs promettent de réformer dans l’intérêt des travailleurs, sans agir concrètement pour autant. À nouveau, des ouvriers de l’usine de la gigantesque usine Hadisolb de Helwan sont en grève. Ils réclament le paiement de primes, toujours promises, jamais versées. Jour après jour, en Égypte, des travailleurs manifestent et se mobilisent. Sans résultats concrets cependant : les ouvriers de Hadisolb avaient manifesté l’année dernière, à la même date, pour les mêmes motifs, sans être pour autant entendus. Quant à Mohamed Kamel, le travailleur blessé de l’usine Abboud Spinning company d’Alexandrie, il est toujours à l’hôpital. Les revendications de ses camarades sont restées lettre morte. En Égypte, le mouvement ouvrier reste prisonnier de trois maux : une base divisée et peu informée ; le manque d’une représentation syndicale digne de ce nom, qui pourrait mobiliser sur le plan national ; enfin, des autorités méfiantes vis-à-vis des mouvements de travailleurs et qui veillent soigneusement à rendre difficile, voire impossible, toute contestation organisée.

1) « Les syndicalismes : lutte nationale, corporatismes et contestations », in Vincent Battesti, François Ireton (dirs.), L’Égypte au présent. Inventaire d’une société avant révolution, Sindbad, « La Bibliothèque arabe », mai 2011. – p. 367.

2) NDLR. Équivalent des élections législatives.

3) Moustafa Bassiouni, « En Égypte, rien n’arrête le mouvement ouvrier », Le Monde diplomatique, août 2014.

4) Ibid.

5) NDLR. Beblaoui a été premier ministre du 9 juillet 2013 au 1er mars 2014.

La nation burkinabè est en péril

Alors que le Burkina vit encore, ce jour, sous la menace armée d’une bande de putschistes tout inféodés à Compaoré, voilà que la CEDEAO vient proposer l’inacceptable ! Il faudrait en effet, contre leur reddition, non seulement laisser libres les auteurs du coup armé, mais en plus, les laisser libres de se présenter aux prochaines élections législatives !

Comme si de rien n’était en somme.

Alors que les victimes des premiers jours ne sont même pas encore inhumées, que cette soldatesque est, arme au poing, toujours prête à tirer sur la population, on peut aisément comprendre l’indignation qui a gagné le pays à l’annonce d’un tel « arrangement »;

Ce « jugement de Salomon » proposé par la commission des médiateurs, et qui doit être soumis aujourd’hui mardi 22 septembre à la CEDEAO en plénière à Abuja, ne peut être et ne sera définitivement perçu, que comme un diktat imposé à tout un pays et à tout un peuple. Depuis quand, en effet, accorde-t-on le recouvrement de leurs droits à des hors la loi, coupable de crimes de sang, alors qu’ils sont toujours en sédition ?

Les Burkinabés n’accepteront pas un tel affront, sorte de blanc seing à toutes les attaques à venir contre la transition démocratique.

Pour ces raisons, nous publions ci-après un communiqué de l’association « balai citoyen » qui, on s’en souvient, avait joué un rôle central dans les mobilisations massives conduisant à la fuite, organisée par la France, de Blaise vers la Côte d’Ivoire, d’où il est désormais inextradable.

Peuple du Burkina Faso ; La nation burkinabè est en péril ; Des miliciens du RSP ont perpétré un coup de force lors du Conseil des ministres et ont pris en otage le Président du Faso, le Premier ministre, les ministres de la fonction publique, celui de l’habitat, tous deux membres de la société civile.

C’est la quatrième fois que les miliciens du RSP dirigés par le capitaine Dao avec comme éminence grise le général Gilbert Diendéré et la complicité du CDP essaient de mettre un frein à la transition et de restaurer l’ancien régime. Ces voyous, ces êtres malfaisants croient que le peuple burkinabè acceptera leur tentative de coup d’État qui d’ores et déjà apparaît comme une mauvaise plaisanterie aux yeux de toute la communauté nationale.

Nous rejetons le message insultant prononcé par ces apatrides mus par les forces du mal dans lequel ils appellent à la reddition de tout un peuple debout et fier. Nous exigeons la libération immédiate du Chef de l’État, du Premier ministre et des ministres arrêtés. Nous attendons un engagement fort et sans ambages des forces politiques et de l’ensemble de la société civile. Nous exigeons que l’armée régulière, les forces de défense et de sécurité prennent leurs responsabilités historiques face à cette agression armée contre le peuple burkinabè et ses institutions.

Nous appelons les populations à s’organiser chacun dans sa rue, son quartier, son secteur pour démontrer que la stratégie de terreur et de psychose que tente d’instaurer les groupuscules de miliciens du RSP ne saurait paralyser cet élan patriotique qui nous a animé.

Burkinabè épris de paix et de justice, la Nation est en danger ; Oui à la neutralisation définitive des miliciens voyous du RSP et de leurs commendataires.

Mobilisons-nous pour faire barrage au complot infâme qui est en cours ! En avant pour la résistance populaire ! La patrie ou la mort, nous vaincrons !

Les Congolais ne veulent plus de Sassou…

Les Congolais ne veulent plus de Sassou… La diplomatie s’en accommode

Le dictateur congolais Sassou Nguesso vient d’annoncer ce mardi 22 septembre son intention d’organiser un referendum pour modifier la Constitution qui lui interdit de rester au pouvoir. Nous mettons donc en ligne cette tribune de Guillaume Desgranges et Fabrice Tarrit, administrateur et président de l’association Survie, écrite avant cette annonce et qui était sur le point d’être publiée.

Samedi 5 septembre, Anne Hidalgo s’est rendue à Brazzaville en marge des Jeux Africains. À cette occasion, elle a rencontré le président de ce petit État pétrolier, Denis Sassou Nguesso, un criminel notoire. Cette entrevue entre la maire de Paris et le dictateur congolais s’inscrit pour ce dernier dans le prolongement d’une séquence diplomatique chargée, après l’accueil le 22 juillet du ministre de la Défense Jean-Yves le Drian et une rencontre à Paris quinze jours plus tôt avec Manuel Valls et François Hollande. Une séquence visant à donner l’image d’un dirigeant normal, dans un pays politiquement stable, à la veille d’élections présidentielles tendues, prévues en 2016. Quelques rappels historiques s’imposent sur la funeste carrière de l’homme fort du Congo-Brazzaville, parvenu au pouvoir dès 1979, après avoir dirigé les services secrets congolais. Après douze ans d’une dictature sanguinaire, en 1991, la population excédée convoque une Conférence nationale souveraine, véritables États généraux congolais, et obtient des élections incontestées.

Les privilèges des compagnies françaises sont remis en cause, en particulier le monopole d’Elf. Après cinq années de complots, Sassou reconquiert le pouvoir par les armes, avec un incontestable soutien français. Car nul ne s’en cache, Denis Sassou Nguesso est l’homme de la France au Congo. La litanie d’exactions qui suit est insoutenable, qu’il suffise d’évoquer le massacre de centaines de réfugiés sur l’embarcadère du Beach, le pillage de Brazzaville fin 97, ou le nettoyage ethnique organisé dans la région du Pool, supposée insoumise. On peut qualifier sans risque Denis Sassou Nguesso de criminel de guerre, et de criminel contre l’humanité comme l’a fait François-Xavier Verschave en 2000 dans l’ouvrage Noir Silence, qui lui vaudra de remporter un procès pour offense à chef d’État intenté par Sassou. Aujourd’hui le Congo est en proie à de vives tensions politiques, à l’approche d’une présidentielle prévue mi-2016, à laquelle selon la Constitution congolaise, Sassou ne peut se représenter. Le clan présidentiel n’ayant aujourd’hui aucun intérêt à prendre le risque de l’alternance démocratique, un passage en force est en train de se tramer : Sassou doit à tout prix obtenir la modification constitutionnelle et s’apprête à faire au monde le coup du vieux politicien rappelé bien malgré lui au pouvoir par plébiscite. Malgré les intimidations, les arrestations arbitraires, la torture, une résistance se structure et organise meetings et campagnes. Lors du dialogue national alternatif en juillet, plus de 600 personnalités congolaises se sont réunies pour préparer l’opposition au coup d’État constitutionnel. Vu le parcours du personnage, on ne peut donc que s’indigner de voir aujourd’hui des dirigeants français serrer la main de Sassou Nguesso comme s’il s’agissait d’ un président « normal » ou soutenir, comme l’a fait implicitement l’homme d’affaires Jean-Yves Ollivier dans le journal La Croix le 26 août, qu’il faut s’accommoder de voir cet homme perdurer au pouvoir parce qu’il serait un homme fort qui garantirait la stabilité du pays.

La diplomatie française ne s’est-elle pas gargarisée de cette pseudo stabilité pendant des décennies pour justifier son soutien au Tunisien Ben Ali ou au Burkinabè Blaise Compaoré, avant que ceux-ci ne soient chassés par leur peuple ? Si le Congo est en apparence stable depuis plusieurs années, la Constitution présidentielle imposée en 2002 ayant permis l’organisation supposément « régulière » d’élections grossièrement truquées, les ressources (principalement le pétrole et le bois) du pays restent exploitées dans des conditions lamentables au profit de quelques grandes compagnies et du clan présidentiel en place, dont le patrimoine est démesuré – et visé en France par l’affaire des Biens mal acquis. Quant à la population de ce pays riche, elle est l’une des plus pauvres du monde : 57 % vit avec moins de deux dollars par jour. Aujourd’hui, au Congo comme en France, ceux qui, complètement à rebours de l’Histoire, veulent faire de Sassou un homme respectable, se compromettent donc avec une dictature définitivement indéfendable.

Ensemble contre la françafrique

Parce que nous avons toujours soutenu celles et ceux qui combattent les injustices économiques et politiques faites à l’encontre de l’Afrique et des africains;

parce que nous connaissons le combat mené de longue date par SURVIE contre la françafrique, nous avons décidé de publier ici son appel à soutien financier.

(Pour la rédac François Charles)

ENSEMBLE CONTRE LA FRANÇAFRIQUE

SOUTENEZ SURVIE !

Congo-Brazzaville : coup d’Etat constitutionnel du dictateur Sassou Nguesso qui cherche à tout prix à se maintenir au pouvoir ;

Tchad : année électorale en 2016 où Idriss Déby briguera un 5mandat.

Et un nouveau « Sommet de la Françafrique » prévu fin 2016 au Mali en présence d’Hollande et des chefs d’Etat africains.

Jusqu’à quand la France soutiendra-t-elle politiquement et militairement

des pays dictatoriaux qui répriment violemment les manifestations de leur peuple ?

Rôle de survie est plus que jamais indispensable

pour résister à la Françafrique, en produisant et diffusant une analyse critique, en alertant les médias et le grand public, en soutenant des luttes menées en Afrique, en interpellant les élu-e-s.

Au nom de la lutte contre le terrorisme, l’armée française est omniprésente (opérations au Sahel et en Centrafrique, bases en Côte d’Ivoire, au Gabon, à Djibouti, forces spéciales en Mauritanie, au Burkina-Faso, au Tchad…).

Elle est aussi synonyme de complicité avec des régimes autocrates, d’impunité pour les crimes commis par des militaires, de lourde ingérence dans la politique des pays concernés.

Comble du cynisme : la France projette de comptabiliser le coût des opérations militaires extérieures en aide publique au développement.

L’ingérence militaire de la France en Afrique va-t-elle durer encore longtemps ?

Ne laissons pas cette politique se faire en notre nom !

SURVIE est une association indépendante, uniquement financée par ses adhérents et ses donateurs et par la diffusion de ses publications. C’est votre soutien qui est la garantie de notre liberté de ton et d’action.

En 2015, ce soutien nous a déjà permis d’actualiser le Petit Guide de la Françafrique, de diffuser notre nouveau livre « Françafrique la famille recomposée », d’organiser un week-end national de formation, de mobiliser le réseau militant à l’occasion des 30 ans de l’association, d’inviter le résistant congolais Brice Mackosso pour une tournée de conférences.

Des difficultés économiques ont malheureusement contraint l’association à réduire son équipe salariée, et malgré des efforts pour diminuer nos dépenses et augmenter nos recettes (notamment déménagement du siège national et recherche de financements auprès de fondations), notre structure est fragile et nous avons besoin de votre soutien.

Déclaration finale du Forum des Peuples, Siby

Nous publions ci dessous la déclaration finale du Forum des peuples qui, parallèlement à la COP 21 de Paris, s’est tenu à Siby. Alors que les « débats » menés à la COP 21 se trouvaient, par les ordres du jour, uniquement circonscrits au climat et au réchauffement planétaire, les discussions de Siby, et les conclusions le montrent clairement, ont été placées largement au delà de ce cadre strict. Au programme, outre le réchauffement climatique ont ainsi été mis en accusation, l’accaparement des terres, la Dette, les partenariats public-privé, le pillage des ressources, l’activité des groupes agro alimentaires et les cultures industrielles… Pour ces raisons nous avons décidé de publier cette déclaration finale.

Nous, mouvements sociaux venus des différents milieux ruraux, périurbains et urbains des 8 régions et du District de Bamako du Mali, d’Afrique de l’Ouest, notamment du Bénin, du Burkina Faso, de la Côte d’Ivoire, de la Guinée Conakry, du Niger et du Sénégal réunis à Siby pour la onzième édition du Forum des Peuples du 05 au 06 décembre 2015 en contre-sommet de la 21e Conférence des parties de la Conférence-Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques (COP 21) qui se tient à Paris du 30 novembre au 11 décembre 2015.

Au terme des conclusions autour des thèmes centraux sur la Paix, la Sécurité et le Changement Climatique, nous faisons la déclaration dont la teneur suit :

  • Considérant que les peuples africains sont victimes des effets du dérèglement climatique causé par les États du Nord ;
  • Considérant que l’accaparement des terres agricoles en Afrique est un facteur d’appauvrissement et de famine ;
  • Considérant que les investisseurs privés avec l’appui des pouvoirs publics africains volent les terres pour y exploiter frénétiquement les ressources (eau, pétrole, minerais,…) et y développer des cultures à destination des industries de l’agroalimentaire et de l’agro-carburant ;
  • Considérant que ces politiques portent atteintes aux droits humains fondamentaux ;
  • Considérant que l’exode massif aggrave la crise alimentaire pour l’ensemble des populations ;
  • Considérant que le poids de la dette compromet dangereusement le développement de l’Afrique ;
  • Considérant que le partenariat public-privé est une nouvelle forme de domination ; Considérant les méfaits des microcrédits sur les activités des femmes ;
  • Considérant la prolifération des armes et la présence massive des forces étrangères sur nos terres ;
  • Considérant les limites du francs CFA qui se trouve être une monnaie de domination ;
  • Considérant l’absence de volonté et l’incapacité des dirigeants du G8 et du G20 à trouver des solutions à la crise du capitalisme (crise financière, économique, sociale, migratoire et écologique).
  • Nous, mouvements sociaux exigeons :
  • Le respect des engagements pris lors des précédents COP et au terme de la COP 21 ;
  • L’expropriation, sans indemnisation, des grands propriétaires fonciers ;
  • Le soutien par des politiques régionales, nationales et internationales des productions vivrières et de la souveraineté alimentaire ;
  • L’arrêt du pillage des ressources naturelles, de la destruction de l’environnement et le remboursement d’une dette écologique ;
  • L’abolition de l’OMC et de tous les accords de libre-échange (ACP/UE, …) et la création d’un front mondial contre la dette ;
  • L’adoption d’une monnaie autre que le Franc CFA ;
  • L’arrêt de la criminalisation et de la persécution des migrant-e-s et la libre circulation des personnes ;
  • L’amélioration de la gouvernance à tous les niveaux.

La Banque mondiale sur le banc des accusés

Au début du mois de décembre passé, le CADTM invitait plusieurs organisations à rencontrer Najib Akesbi, enseignant et chercheur marocain, actuellement en procès contre la Banque mondiale Banque mondiale BM La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies. En 2011, 187 pays en étaient membres. Cliquer pour plus… . L’affaire est digne d’attention étant donné que c’est la première fois que la Banque mondiale accepte une assignation à comparaître… pour finalement invoquer son immunité. Ce procès, même s’il n’aboutit pas, permet néanmoins de soulever un certain nombre de questions quant à la crédibilité et la recevabilité de l’institution financière internationale.

Le procès porte sur une recherche baptisée Ruralstruc menée par la Banque mondiale , BM La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies. En 2011, 187 pays en étaient membres.  A la fin 2005, Najib Akesbi est contacté par un chercheur du CIRAD français, mis à la disposition de la Banque mondiale pour coordonner le programme de recherche en question.

Il accepte de s’y engager avec ses collègues, Mohamed Mahdi et Driss Benatya, parce qu’elle rejoint le champ d’investigation qui les occupent depuis de nombreuses années. L’Institut agronomique et vétérinaire Hassan II de Rabat où travaillent les chercheurs, accepte de mener la première phase de recherche qui élabore le cadre dans lequel seront analysées les données de la seconde phase. Les résultats de cette première phase sont intéressants et donnent même lieu à une publication en 2008. Pour la deuxième phase, la Banque mondiale fait appel à un bureau d’étude marocain pour la phase opérationnelle de récolte de terrain et d’analyse des données. Le bureau d’études conclut quant à lui un contrat de consultant avec les chercheurs qui avaient travaillé sur la première phase. Les chercheurs relèvent rapidement que les données récoltées ne sont pas fiables, en raison de nombreuses carences au niveau de la collecte des données et de leur traitement. Ils demandent de pouvoir avoir accès à la base de données afin de redresser ce qu’il était possible de redresser, mais on le leur refuse. Suite à la répétition de leur demande, leur contrat avec le bureau d’étude est de surcroît résilié. Le plus grave encore est que parallèlement, les bailleurs de la Banque mondiale ordonnent au bureau d’études de modifier arbitrairement des données (donc de les falsifier) et de les intégrer en conséquence dans le rapport final, à l’insu et contre la volonté des chercheurs marocains.

Face à de tels actes gravissimes, ces derniers vont alors interpeller les instances « de médiation et d’éthique » de la Banque mondiale, sans résultats. Ils interpellent ensuite les autres partenaires du projet dont le CIRAD, l’AFD, le FIDA, sans aucun résultat non plus. Ils se tournent enfin vers les responsables politiques marocains (gouvernement, parlement), mais n’en obtiennent aucune réponse non plus. C’est donc en dernier recours que Najib Akesbi et ses collègues se tournent vers l’option d’une action en justice. Leur plainte pour « faux, usage de faux et usurpation de biens et de noms » porte sur le fait que la Banque mondiale a publié une étude dont ils ont été « usurpés » et dont certains résultats sont falsifiés.

Cette affaire permet de soulever une série de questions sur les pratiques et politiques de la Banque mondiale, notamment dans le domaine de l’agriculture.

A qui la Banque mondiale rend-elle des comptes ?

Premièrement, et puisqu’on se situe dans le cadre d’un procès, se pose une question purement juridique : la Banque mondiale est-elle justiciable ? Lorsqu’ils se sont tournés vers l’option d’un procès, les chercheurs marocains et leurs conseillers juridiques ont dû d’abord évaluer la possibilité ou non de poursuivre la Banque mondiale. Depuis la création de celle-ci, seule une plainte pour harcèlement de la part d’une employée de la Banque mondiale aux États-Unis était jusqu’alors connue et avait du reste été rejetée par la juridiction saisie. Les actes du jugement contenaient par contre la mention suivante :« Nous sommes persuadés que les membres de la BM ont eu l’intention de supprimer l’immunité de la Banque seulement pour les actions visant ses activités externes et des contrats, et pas pour les actions déclenchées par ses fonctionnaires ». Cela signifierait donc que les actions externes de la Banque mondiale pourraient être jugées. Par ailleurs, les plaignants se basent sur une recherche effectuée par le CADTM et qui conclut en faveur de la justiciabilité de la Banque mondiale en vertu de l’article 7 section 3 de ses propres statuts : « La Banque ne peut être poursuivie que devant un Tribunal ayant juridiction d’un État membre où elle possède un bureau, a désigné un agent chargé de recevoir les significations ou notifications de sommations ou a émis ou garanti des titres  ». Étant donné qu’elle a un bureau à Rabat, la Banque mondiale serait donc bien justiciable. Après avoir longtemps tergiversé, le Bureau de la Banque mondiale à Rabat a finalement accepté de comparaître devant la justice marocaine, ce qui est en soi une première mondiale. Mais devant le tribunal, ses avocats ont continué à plaider l’immunité diplomatique, en invoquant cette fois non pas les statuts de la Banque mais « l’accord de siège » conclu avec les Autorités marocaines en 1998…

En fait, derrière cette question purement juridique se pose la question plus large de la redevabilité de la Banque mondiale. A qui la Banque mondiale rend-t-elle des comptes ? En Belgique, le financement de la Banque mondiale est assuré par le budget de la coopération au développement tandis que le pouvoir de décision revient au SPF Finances. La Belgique fournit en outre un financement structurel, qui n’est donc pas lié à des projets spécifiques mais au fonctionnement global de l’institution.

Un financement global, une gestion hybride, tous les éléments sont réunis pour que le monitoring par la Belgique des budgets alloués à la Banque mondiale soit difficile. Or les pratiques de la Banque mondiale vont souvent à l’encontre des orientations défendues par la coopération belge.

Implications dans le domaine agricole

Afin d’éviter un procès d’intention, Najib Akesbi et ses collègues estiment que ce n’est pas à eux mais à ceux qui ont falsifié les données de leur rapport à expliquer pourquoi ils ont commis un acte aussi grave. Mais c’est bien pour mettre à jour ce genre de pratiques de l’institution qu’ils ont poussé leurs démarches jusqu’au procès. La Banque mondiale a en effet une influence considérable sur les politiques, notamment agricoles, menées par les gouvernements du Sud. Et la Banque mondiale promeut essentiellement la libéralisation, l’ouverture des marchés, bref le tout au marché et au business. Une position qui va souvent à l’encontre des droits économiques et sociaux des populations des pays qui doivent en suivre les recommandations. Lors d’une table ronde sur la cohérence des politiques pour le droit à l’alimentation organisée en 2013 au Parlement fédéral, les ONG avaient déjà mis en lumière l’écart qui existait entre la politique belge en matière d’appui à l’agriculture familiale et à la sécurité alimentaire et les pratiques de la Banque mondiale consistant à encourager les accaparements de terres. Elles avaient également souligné le manque de contrôle de la part des responsables politiques belges sur les politiques menées par la Banque mondiale.

Récemment la campagne Nos terres, Notre business, lancée par l’Oakland Institute et suivie par de nombreuses organisations à travers le monde, a souligné le rôle néfaste du nouveau programme Benchmarking the Business of Agriculture sur le droit à l’alimentation des populations. Basé sur le modèle du Doing Business, il est destiné à fournir un indicateur du degré d’ouverture du secteur agricole des pays aux investissements étrangers. Cet indicateur permettra notamment de connaitre le niveau de facilité avec lequel un investisseur peut acquérir des terres dans le pays, favorisant par-là l’allégement des mesures administratives et donc, par conséquence directe, les accaparements de terres. Des études pilotes ont déjà été réalisées en vue de l’établissement de cet indicateur dans une dizaine de pays, dont le Maroc. Imaginons donc que les études sur lesquelles se basent ces indicateurs soient elles aussi tronquées, comme l’ont été les données récoltées par le bureau d’étude dans le cas du programme Ruralstruc ; les conséquences peuvent en être considérables.

La vision du partenariat selon la Banque mondiale

Enfin, la place des chercheurs du Sud dans les recherches produites par la Banque mondiale est également discutable au vu des réactions de l’institution face aux objections de Najib Akesbi et ses collègues. Au-delà des questions juridiques de propriété intellectuelle, c’est la vision du partenariat défendue par la Banque mondiale qui est remise en question. Lorsque des chercheurs du Nord et du Sud collaborent, cette affaire montre qu’en dernière instance seul l’avis des premiers semble être pris en compte. Ironie de l’histoire, ou pure hypocrisie, le site du CIRAD, qui a assuré la coordination du projet, rappelle que le travail de recherche dans le cadre de Ruralstruc a été effectué dans une « démarche novatrice » de « partenariat avec sept équipes nationales qui ont recueilli, analysé les données, et participé à la mise en débat des résultats du programme, dans leur pays et à l’international ». 

2016, Les 1 % les plus riches posséderont plus que le reste de la population mondiale !

Les inégalités extrêmes ne constituent pas seulement un préjudice moral. Elles sapent la croissance économique et pèsent sur les profits du secteur privé.

En amont de la réunion annuelle du Forum économique mondial à Davos, Oxfam a calculé que l’an prochain, le patrimoine cumulé des 1 % les plus riches du monde dépassera celui des autres 99 % de la population, à moins de freiner la tendance actuelle à l’augmentation des inégalités.

L’organisation internationale de développement, dont la directrice générale, Winnie Byanyima, coprésidera l’édition 2015 de Davos, souligne aujourd’hui que l’explosion des inégalités entrave la lutte contre la pauvreté dans le monde, alors qu’une personne sur neuf ne mange pas à sa faim et que plus d’un milliard de personnes vivent avec moins de 1,25 dollar par jour.

En sa qualité de coprésidente, Winnie Byanyima lancera un appel pressant à l’action pour enrayer la montée des inégalités, à commencer par des mesures énergiques contre l’évasion fiscale des multinationales, ainsi que pour accélérer les avancées vers la conclusion d’un accord mondial sur le changement climatique.

L’étude « Insatiable richesse : toujours plus pour ceux qui ont déjà tout », publiée aujourd’hui par Oxfam, montre que la part du patrimoine mondial détenu par les 1 % les plus riches est passée de 44 % en 2009 à 48 % en 2014, et dépassera les 50 % en 2016. En 2014, les membres de cette élite internationale possédaient en moyenne 2,7 millions de dollars par adulte.

La majeure partie (46 %) des 52 % restant du patrimoine mondial se trouve entre les mains du reste du cinquième le plus riche de la population mondiale. Les autres 80 % de la population mondiale ne se partagent que 5,5 % et possédaient en moyenne 3 851 dollars par adulte, soit 700 fois moins que le patrimoine moyen des 1 %.

« Voulons-nous vraiment vivre dans un monde où 1 % possèdent plus que le reste d’entre nous, s’interroge Winnie Byanyima. L’ampleur des inégalités mondiales est tout simplement vertigineuse et, malgré les questions brûlantes qui font l’actualité, le fossé entre les grandes fortunes et le reste de la population se creuse rapidement.

« Au cours des douze derniers mois, les dirigeant-e-s du monde ont, à l’instar du président Obama et de Christine Lagarde, de plus en plus évoqué le besoin de réduire les inégalités extrêmes. Mais pour beaucoup, nous attendons encore qu’ils joignent le geste à la parole. Il est temps que nos dirigeant-e-s s’attaquent aux intérêts particuliers des poids lourds qui font obstacle à un monde plus juste et plus prospère. »

Et Winnie Byanyima d’ajouter : « Le statu quo a un coût. Si les affaires continuent comme si de rien n’était pour les élites, notre incapacité à réduire les inégalités pourrait retarder la lutte contre la pauvreté de plusieurs dizaines d’années. Les populations pauvres souffrent doublement de la montée des inégalités : non seulement leur part proportionnelle du gâteau économique se réduit, mais comme les inégalités extrêmes nuisent à la croissance, le gâteau lui-même devient plus petit. »

Lynn Forester de Rothschild, PDG de la société E.L. Rothschild et présidente de la Coalition for Inclusive Capitalism, qui prend la parole aujourd’hui à un événement organisé conjointement par Oxfam et l’université d’Oxford, a appelé les chefs d’entreprise qui se réuniront à Davos à contribuer également à la lutte contre les inégalités extrêmes.

Elle a expliqué que « le rapport d’Oxfam n’est que le dernier d’une longue liste d’éléments établissant que les inégalités ont atteint des extrêmes scandaleux et continuent d’augmenter. Il est temps que les grandes pointures du capitalisme moderne, ainsi que nos responsables politiques, s’emploient à changer le système pour qu’il devienne plus équitable, plus durable et s’ouvre plus largement à toutes et tous.

« Les inégalités extrêmes ne constituent pas seulement un préjudice moral. Elles sapent la croissance économique et pèsent sur les profits du secteur privé. Les participant-e-s à la réunion de Davos qui aspirent à un monde stable et prospère devraient faire de la lutte contre les inégalités leur priorité absolue. »

L’an dernier, Oxfam a créé l’événement à Davos en révélant que les 85 personnes les plus riches possédaient autant que la moitié la plus pauvre de la population mondiale. Elles sont aujourd’hui 80 à posséder autant que 3,5 milliards de personnes, ce qui représente une baisse spectaculaire, si l’on considère que ce chiffre s’élevait à 388 en 2010. En termes nominaux, le patrimoine des 80 personnes les plus riches du monde a doublé entre 2009 et 2014.

Oxfam appelle les États à adopter un plan en sept points pour lutter contre les inégalités :

–    Mettre un frein à l’évasion fiscale des entreprises et des grandes fortunes

–    Investir en faveur de la gratuité et l’universalité de services publics comme la santé et l’éducation

–    Répartir équitablement la charge fiscale, l’allégeant du côté du travail et de la consommation tout en taxant davantage le capital et les richesses

–    Instaurer un salaire minimum et œuvrer à un salaire décent pour l’ensemble des travailleuses et travailleurs

–    Instaurer une législation en faveur de l’égalité salariale et promouvoir des politiques économiques assurant le traitement équitable des femmes

–    Mettre en place une protection sociale suffisante pour les plus pauvres, notamment la garantie d’un revenu minimum

–    Adopter l’objectif commun de lutter contre les inégalités à l’échelle internationale

L’étude publiée aujourd’hui, qui fait suite au lancement de la campagne « À égalité ! » d’Oxfam en octobre dernier, met en lumière la façon dont l’extrême richesse se transmet de génération en génération et le fait que les élites mobilisent leurs ressources considérables pour s’assurer que les règles internationales favorisent leurs intérêts. Plus du tiers des 1 645 milliardaires recensés par Forbes ont hérité d’une partie ou de l’ensemble de leur fortune.

20 % des milliardaires ont des intérêts dans le secteur de la finance et de l’assurance, et le patrimoine nominal de ce groupe a augmenté de 11 % en douze mois, de mars 2013 à mars 2014. En 2013, ces secteurs avaient dépensé 550 millions de dollars pour faire pression sur les responsables politiques à Washington et à Bruxelles. Rien que pendant les élections américaines de 2012, le secteur financier a financé les campagnes à hauteur de 571 millions de dollars.

L’ensemble du patrimoine net des milliardaires ayant des intérêts dans le secteur pharmaceutique et de la santé a augmenté de 47 %. Eux aussi avaient dépensé 500 millions de dollars pour faire pression sur les responsables politiques à Washington et à Bruxelles, en 2013. Oxfam craint que la force de lobbying de ces secteurs ne soit un obstacle majeur à la réforme du système fiscal international et n’impose des règles de propriété intellectuelle qui empêchent les plus pauvres d’accéder à des médicaments vitaux. Les données du Fonds monétaire international, notamment, établissent de plus en plus clairement que les inégalités extrêmes sont préjudiciables aux personnes au bas de l’échelle, mais aussi à la croissance économique. En association avec l’université d’Oxford, Oxfam organise aujourd’hui un symposium sur l’accroissement des inégalités dans les pays du Sud, au cours duquel interviendront Donald Kaberuka, président de la Banque africaine de développement, et Lady Lynn Forester de Rothschild.

Pourquoi l’Afrique ne pouvait pas être « Charlie »

NB :Parce qu’il importe que les choses soient claires et sans appel, en préambule, nous affirmons nettement que, nous concernant, tout empêchement à la liberté d’expression est un crime contre la démocratie et que l’assassinat de journalistes, où que ce soit, par qui que ce soit, pour quoi que ce soit, est un crime odieux. (la rédaction de Afrique Info)

De quoi Charlie est devenu le nom ?

Le choc, ces attentats survenant dans un pays comme la France, jusqu’ici largement à l’écart des turbulences violentes et de ce type d’évènements, en a été d’autant plus fort.

Ainsi, frappée à son tour par le terrorisme de guerre, la France, par son Président interposé a tenté de rassembler les chefs d’Etat du monde entier pour, en solidarité avec elle, marquer le fait que « frapper la France n’est pas une chose ordinaire » . C’est en tout cas en ce sens que, tout au long des cérémonies qui ont marqué ces jours, l’exécutif français a tenu à s’exprimer, François Hollande et Manuel Valls à l’unisson.

Le fait est que nombre de chancelleries de par le monde ont immédiatement exprimé leur soutien à la France, à la liberté d’expression, à la lutte contre le terrorisme… (1)

Le fait est aussi que si, répondant à l’invitation du président français nombre de dirigeants en exercice et de représentants éminents des pays dits « du Nord » ont défilé côte à côte à Paris, ils n’étaient  pas les seuls. En effet, parmi d’autres marcheurs issus, eux aussi, des pays en développement, de nombreux présidents africains  ont répondu à l’appel du président français, pendant que d’autres, restés sur le continent, arborant des « Je suis Charlie », décrétaient des deuils nationaux. (2)

Ainsi rassemblés, et engagés, ces représentants africains, aux côtés des « grands de ce monde » présentaient, unis contre le terrorisme, une sorte de Front Mondial des Nations, des plus pauvres aux plus riches.

On peut se demander par quel tour de passe-passe un président, au plus bas de sa popularité, a-t-il pu ainsi réunir des millions de personnes en France et des dizaines de représentants de gouvernements autour du seul titre d’un journal quasiment sans lecteurs ?

En effet, s’agissant du journal Charlie proprement dit, son directeur Charb était depuis de longs mois à la recherche de fonds pour tenter d’en assurer la survie. Hebdomadaire bénéficiant d’une certaine notoriété dans les années 70/90, porte-parole de la survivance d’un certain « esprit » de 1968, le journal était devenu, au fil des années, décalé jusque dans le cercle de ses « fidèles » du début. A un point tel que, à la veille de l’assassinat survenu à la rédaction, l’hebdomadaire diffusait difficilement 60 000 exemplaires, un chiffre bien au dessous du seuil de rentabilité.

Par ailleurs, et ceci n’est certainement pas innocent à la baisse de son lectorat, le journal avait lui-même changé « d’état d’esprit », autrement dit, changé de ligne éditoriale. De journal initialement engagé contre toutes les guerres, on l’avait vu, ces dernières années vaciller sur ses principes, au point de constater, par exemple, son soutien affiché à la guerre de destruction menée par Sarkozy contre la Libye. Au plan économique, autre exemple, loin là encore de ses premiers engagements « libertaires », l’orientation générale était devenue plus proche d’un accommodement à l’économie de marché que du grand chambardement anticapitaliste des débuts.

Pour autant, et c’est légitime, l’accord avec le contenu de l’hebdomadaire n’était pas une condition pour les millions de français marchant ensemble. Leur préoccupation était ailleurs. Ils étaient Charlie parce que la liberté d’expression est, en France et partout ailleurs, une des conditions sine qua non de l’exercice de la démocratie et que leur émotion était grande de la voir ainsi bafouée.

En se sens, après le désastre Libyen  » pour le rejet de la barbarie,  l’attachement à la laïcité et à la démocratie, après le désastre Libyen, leur émotion n’en n’a pas moins été l’objet d’une tentative de récupération partiellement réussie. En effet, la mobilisation exclusive, jamais atteinte auparavant, de tous les médias, publics et privés, de tous les partis politiques, de toutes les personnalités « people », du showbiz jusqu’au monde du sport, le lancement quasiment marketing du slogan unique…a permis à l’exécutif français, au plus mal, de transformer toute cette véritable inquiétude en un « soutien populaire » à son initiative.

Autrement dit, la légitime émotion populaire s’est vu transformer, au corps défendant des participants, en légitimation du grand « rassemblement anti-terroriste » au plan international et, au plan franco-français, à l’idée tant attendue de l’ « Union sacrée ».

Après cette journée, le président français analysant avoir fait de « Paris la capitale du Monde » pour un jour, se jugeant légitimé, s’est empressé de demander aux français de « faire durer l’esprit du 11 janvier » tout comme le relayait son premier ministre en appelant tous les partis à se considérer forcés à « l’Union sacrée ». (3)

 Se disant « Forts du soutien international », alors que chacun comprend que ces attentats ne sont pour la France, que l’importation des guerres  qu’elle conduit de l’Irak au  Mali, de la Centrafrique à la région Sahélienne… les va-t-en guerre reprennent du service et nous font entendre de nouveaux bruits de bottes du côté de la Syrie, si « chère » à Fabius, et de la Libye où il conviendrait, selon eux, « d’aller terminer le boulot » et que le temps presse (4).

Marcher avec « les Grands » ?

Quel sens donner, dès lors, au comportement de ces chefs d’Etat venus d’Afrique « marcher » avec ces gens ? De quelle disposition spéciale voulaient-ils donc faire montre en effectuant ce déplacement et en prenant place dans la réprobation exprimée par ce « concert des nations » ? Qu’attendaient-ils d’une telle posture ? De premiers éléments de réponse semblent leur avoir été apportés par leurs propres opinions publiques.

En effet, par delà les manifestations limitées aux seules protestations anti Charlie, somme toute ultra minoritaires (5), les citoyens des pays concernés, par leurs réactions ont, en revanche, bien mis en lumière le fossé qui existe aujourd’hui en Afrique entre le point de vue des « élites » et celui des peuples. L’ensemble des titres de la presse écrite, comme ceux s’exprimant sur le web, a unanimement rappelé combien, par delà la réprobation légitime des actes terroristes à Paris, il revenait aux dirigeants africains, de s’engager dans cette affaire avec toute la retenue qui convient à des chefs d’état issus d’un continent si maltraité.

Lorsque les nigériens manifestent dans le pays, par exemple, s’ils expriment des sentiments anti-français, ils les expriment, non à l’encontre des journalistes de Charlie hebdo ou des français en général, mais à l’encontre des dirigeants d’Aréva qui rackettent le Niger depuis des lustres et de ceux de la France qui les soutiennent. Un racket agrémenté de corruption tellement flagrant que cette fois la justice semble aller dans le sens des intérêts du peuple nigérien. (6)

Comment ces dirigeants ont pu, un seul instant, imaginer aller, sans mot dire, au grand raout international parisien  patronné par les pays les plus riches, sans que les populations en ressentent tristesse et humiliation. Dans leurs palais présidentiels, ces gens écoutent-ils encore les radios africaines, entendent-ils  leurs opinions publiques, ou sont-ils post-colonisés au point de les ignorer totalement ? Même à l’écoute de le très française RFI (Radio France Internationale !), il était impossible de ne pas savoir à connaitre des crimes atroces perpétrés par Boko Haram contre la population Nigériane et Nord camerounaise. (7)

De fait, il parait impossible de rester coi devant tant de souffrance accumulée sur une seule région. C’est pourtant, par leur absence et leur silence, ce que ces dirigeants africains, filant promptement, au sifflet, vers les tarmacs français,  ont infligé à leurs populations. Des silences et des positionnements qui en disent long sur l’enlisement de ces « chefs » dans la Françafrique et le post colonialisme.

Marcher pour Charlie, marcher pour la paix ?

Quel sens donner, ensuite, à cette manifestation, eu égard au regroupement des représentants de des Etats et des institutions directement impliqués dans la désorganisation généralisée du monde ?

Autrement dit, est-il « banal » par exemple, pour un dirigeant africain de marcher côte à côte avec le président français  alors même que l’armée de ce dernier occupe militairement toute la sous-région s’étendant aujourd’hui de la Libye à l’Afrique de l’Ouest et particulièrement son propre pays, y imposant régulièrement ses vues et surtout la guerre ? (8)

Ce président pensait-il faire admettre aux maliens que, marchant aux côtés de la puissance occupante, en compagnie du secrétaire général de l’OTAN, du représentant officiel des USA, des représentants de l’Union Européenne, de Benyamin Netanyahou, du roi de Jordanie, du président Ukrainien….il marchait pour la paix dans le monde ?

Oubliée la mise à sac de la Libye par l’OTAN ? Oublié l’assassinat du président en titre de l’Union Africaine par des sbires à la solde des français ? Oubliée l’opération Licorne et l’ingérence armée en Côte D’Ivoire ? Oubliée l’occupation militaire française du Mali ? Celle de la Centrafrique ? Oublié le soutien de Valls et Le Drian à la dictature Tchadienne ? Oubliée l’opération Berkane ? Oubliée l’Africom ? Oublié le soutien « jusqu’au bout » apporté à Blaise ? Etc…Etc…

La guerre contre le terrorisme est un terme qui n’existe que dans la tête de ceux qui, par leurs course folle aux matières premières, ont contribué à armer ces groupes, voire, pour des desseins encore plus cyniques, les ont directement créés et entrainés. (9)

N’en doutons pas, une nouvelle étape est en voie d’étre entamée dans cette guerre de désintégration des pays et des nations et l’Afrique, « à cause » de ses richesses est au coeur de l’ouragan qui s’annonce. Alors que, comme Africom pour les USA, Berkane pour les français, les dispositifs militaires se multiplient,  les dispositifs économiques aussi se précisent, tels le maintien du Franc CFA pour les pays d’Afrique de l’Ouest, les APE (Accords de Partenariat économique), pendant que le garrot de la Dette continue toujours de se resserrer.

Les prémices sont claires, eu égard à la profusion de ses matières premières, le continent africain ne doit pas échapper aux compagnies occidentales, ses ressources n’iront à personne d’autre et surtout pas aux africains eux-mêmes.

Ces compagnies, leurs pays et leurs armées sont prêts à tout pour garder la main, y compris à généraliser la destruction et la désagrégation, tant par les guerres, le « terrorisme » et la guerre économique et financière.

Alors non, malheureusement, il n’était pas possible aux africains de marcher pour la paix avec ceux qui font la guerre en Afrique. Et de surcroît, puisque, par une magistrale manipulation, cette marche détournée au bénéfice des fauteurs de guerre avait été baptisée « je suis Charlie », il n’était pas possible aux africains, même le temps de cette journée, « d’être Charlie ».

1/ Ce sont, en effet, plus de 40 chefs d’états qui ont répondu à l’appel de François Hollande pour la marche du 11 janvier.

2/ A titre d’exemple, le président de la république du Bénin, Mr Yayi Boni, a décrété un jour de deuil national

3/ C’est le premier secrétaire du Parti Socialiste, Parti du président de la République, qui dès le lendemain du 11 janvier appelait « à la prolongation de l’Union Sacrée » dans tous les domaines de la vie politique, économique et sociale en France.

4/ La cote de popularité de l’exécutif progresse dans les sondages. François Hollande est malgré tout « conscient que ce sera toujours sur les questions de résultats économiques et sociaux que les Français exprimeront le moment venu leur choix. » (*) . À quoi va-t-il utiliser ce regain de popularité ? (François Hollande, Le Monde du 20 janvier)

5/ Malgré leurs efforts, les chaines de télé n’ont eu à montrer que quelques centaines, voire quelques milliers, d’excités manipulés, brandissant ici ou là des pancartes anti Charlie préalablement distribuées et rédigées en français.

6/ Source AFP – 21 janvier 2015 – Paris – La cour d’appel de Paris a relaxé mercredi le président de l’Observatoire du nucléaire, Stéphane Lhomme, qui était poursuivi en diffamation par Areva qu’il avait accusé de corruption au Niger. En première instance, le tribunal correctionnel de Paris l’avait condamné à 1.000 euros d’amende avec sursis et lui avait ordonné le retrait des propos litigieux ainsi que la publication d’un communiqué judiciaire sur le site internet de l’Observatoire du nucléaire. Le 11 décembre 2012, dans un communiqué, l’association avait fait état d’une contribution d’Areva au budget national nigérien d’environ 26 millions d’euros, dont 15 millions auraient été directement affectés à l’acquisition d’un avion pour le président du Niger, Mahamadou Issoufou. Il s’agit donc clairement d’une manoeuvre de corruption, probablement sur le plan légal et assurément sur le plan moral, par Areva, avait accusé l’Observatoire. Le lendemain, Zakari Oumarou, président du groupe parlementaire du Parti nigérien pour la démocratie et le socialisme (PNSD, au pouvoir), avait confirmé à l’AFP qu’Areva avait accordé au Niger une aide budgétaire de 26 millions d’euros, dont une partie a été affectée pour l’achat d’un avion présidentiel. Areva, qui conteste cette accusation de corruption, avait assigné en justice. Le 7 février 2014, les juges de la 17e chambre du tribunal correctionnel de Paris avait estimé que l’utilisation du terme corruption ne faisait manifestement preuve d’aucune prudence. Les documents produits par M. Lhomme ne lui permettaient nullement de conclure à la corruption alléguée, ni au fait qu’Areva aurait acheté un avion au président du Niger, avait alors estimé le tribunal. L’Observatoire du nucléaire avait alors annoncé qu’il ferait appel de ce jugement affligeant mettant gravement en cause la liberté d’expression et le droit de contester les méfaits des entreprises du lobby nucléaire.

7/ Au moment même où se déroulaient les attentats sur le sol français, Boko Haram faisait plus de 2000 victimes en un seul rai au Nord Cameroun. Comment les africains ne pouvaient-ils mesurer le deux poids deux mesures appliqué par leur propres dirigeants ?

8/ Les télévisions du monde entier ont pu retransmettre les images de IBK, au premier rang de la marche, à la droite de François Hollande.

9/ De l’Afghanistan à la Libye, de la Syrie à l’Irak…est-il encore possible de compter les « combattants » entrainés, financés et armés directement par les pays occidentaux au gré de leurs besoins stratégiques immédiats ?

Al Sissi assassin! Hommage à Shaïma Sabbagh

En Égypte, les tyrans ont peur des roses et des chansons

Samedi, , Shaïma Sabbagh, militante de l’Alliance populaire socialiste, a été abattue alors qu’elle participait à une marche pacifiste à la mémoire des victimes de la révolution de 2011. Onze autres personnes ont été tuées par les policiers de Al-Sissi.

Tant d’autres sont tombés avant elle … Le 24 janvier 2015 la jeune Égyptienne Shaima al-Sabbagh vient d’être visée par des tirs de la police au cours d’une manifestation fleurie commémorant le soulèvement de 2011 contre Hosni Mubarak

Les tyrans ont peur des roses et des chansons.

Le parfum des roses soulève les gens contre la puanteur de la tyrannie. Les chansons abreuvent l’esprit. Elles ouvrent une nouvel horizon, plus vaste que la prison dominante de la réalité. Les dictateurs en Egypte, vieux de corps et d’esprit, haïssent les fleurs de janvier – et les chants de janvier, qui les ont dérangés quelque temps, avant d’être criblés de balles et arrosés de gaz lacrymogène.

 Shaima Sabbagh, une jeune femme de gauche de 33 ans, mère de deux enfants, était venue au Caire depuis Alexandrie pour participer à une manifestation fleurie commémorant l’anniversaire de la révolution trahie du 25 janvier : elle a été abattue en plein jour.

Elle tenait des roses à la main. Les balles des autorités sont précises quad elle visent la tête des victimes, les « ennemis de la patrie qui sèment les troubles, haïssent la stabilité et cherchent à renverser le régime ».

Peu de jours avant sa mort elle twittait :« Vivre dans ce pays est devenu pénible et glacial … J’espère que sa terre est plus vaste … et que la profondeur de son sol est plus vaste que son ciel » – Shaima Sabbagh.

 Le ministère de l’Intérieur a refusé toute responsabilité, comme souvent, avançant que des éléments professionnels avaient infiltré la marche et tué Shaima. Selon le rapport d’autopsie et les témoignages de personnes qui se tenaient près d’elle, un soldat a lancé un tir de barrage au fusil de chasse [cartouches « birdshot » ou « grenaille » létale], la visant à 8 mètres de distance. Les autorités détestent les voix des jeunes de janvier, qui disent que « ceux du ministère de l’Intérieur sont des voyous ».

Shaima est tombée Place Talaat Harb. Elle était avec ses camarades membres de l’Alliance populaire socialiste (SPAP). Ils marchaient pacifiquement vers la Place Tahrir, chantant et scandant : « Vivre – Liberté – Justice sociale ».

 Aucun des objectifs de la révolution du 25 janvier n’a été atteint. Ils ont été réduits en cendres par les vieux dictateurs.

Même porter des fleurs pour commémorer les victimes de la Place Tahrir en 2011 a été interdit pour Shaima et ses camarades, qui ont été blessés d’entendre des passants s’arrêter pour les critiquer : « Révolution, destructions, ça suffit – honte à vous ! »

Un groupe de policiers et de soldats masqués ont attaqué des jeunes qui étaient sans armes.

Le grand gouvernement s’est attaqué à la révolution du 25 janvier et l’a abattue.

 Shaima est tombée en martyre au milieu de la rue, entre la place Talaat Harb et la place Tahrir (à quelques minutes de là), tout comme ses fleurs, au milieu de la rue, entre le rêve d’un changement et le cauchemar de la réalité. Tant d’autres sont tombés avant elle. Mais les amis de la révolution du 25 janvier, en colère, ont vu la nouvelle de sa mort – qui s’est répandue dans toute l’Egypte – comme un mur des lamentations pour pleurer le deuil de la révolution.

 La révolution n’est pas entrée en zone interdite comme l’a fait Shaima Sabbagh, une arène encerclée par les tanks et les barbelés. Ici, il est interdit de commémorer le quatrième anniversaire de la révolution, ou de manifester.

« Dette et extractivisme. La résistible ascension d’un duo destructeur. »

Dette et extractivisme

Extractivisme

Modèle de développement basé sur l’exploitation des ressources naturelles, humaines et financières, guidé par la croyance en une nécessaire croissance économique., ce pillage des ressources naturelles de la planète par la force, a donné à l’Europe puis aux États-Unis les moyens de dominer le monde. Depuis la disparition des colonies, la dette illégitime. Comment on détermine une dette illégitime ?

Dette et extractivisme sont intimement liés. Facteurs d’injustice, de corruption, de violences sociales et environnementales, ils sont également à l’origine du dérèglement climatique.

4 moyens d’analyse

  • La destination des fonds :

l’utilisation ne profite pas à la population, bénéficie à une personne ou un groupe.

  • Les circonstances du contrat :

rapport de force en faveur du créditeur, débiteur mal ou pas informé, peuple pas d’accord.

  • Les termes du contrat :

Termes abusifs, taux usuraires…

  • La conduite des créanciers :

Connaissance des créanciers de l’illégitimité du prêt., nouvelle violence imposée aux pays dits « en développement », a permis d’assurer la continuité du pillage. Cette detteDette- Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.

  • Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
  • Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics. a amplifié le système extractiviste, initialement appliqué aux produits fossiles et agricoles, en l’étendant aux ressources financières du Sud puis aujourd’hui du Nord. Elle impose le remboursement par les populations de dettes dont elles ne sont pas responsables mais victimes.

Dette et extractivisme sont intimement liés. Facteurs d’injustice, de corruption, de violences sociales et environnementales, ils sont également à l’origine du dérèglement climatique.

Des alternatives pour créer une société post-extractiviste, soucieuse du climat et des peuples existent. L’audit et l’annulation des dettes illégitimes, la réduction des inégalités, la fin du pillage extractiviste, sont quelques-uns des combats citoyens essentiels proposés dans ce livre.

8 € port compris pour la France