Déclaration finale du Forum des Peuples, Siby

Nous publions ci dessous la déclaration finale du Forum des peuples qui, parallèlement à la COP 21 de Paris, s’est tenu à Siby. Alors que les « débats » menés à la COP 21 se trouvaient, par les ordres du jour, uniquement circonscrits au climat et au réchauffement planétaire, les discussions de Siby, et les conclusions le montrent clairement, ont été placées largement au delà de ce cadre strict. Au programme, outre le réchauffement climatique ont ainsi été mis en accusation, l’accaparement des terres, la Dette, les partenariats public-privé, le pillage des ressources, l’activité des groupes agro alimentaires et les cultures industrielles… Pour ces raisons nous avons décidé de publier cette déclaration finale.

Nous, mouvements sociaux venus des différents milieux ruraux, périurbains et urbains des 8 régions et du District de Bamako du Mali, d’Afrique de l’Ouest, notamment du Bénin, du Burkina Faso, de la Côte d’Ivoire, de la Guinée Conakry, du Niger et du Sénégal réunis à Siby pour la onzième édition du Forum des Peuples du 05 au 06 décembre 2015 en contre-sommet de la 21e Conférence des parties de la Conférence-Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques (COP 21) qui se tient à Paris du 30 novembre au 11 décembre 2015.

Au terme des conclusions autour des thèmes centraux sur la Paix, la Sécurité et le Changement Climatique, nous faisons la déclaration dont la teneur suit :

  • Considérant que les peuples africains sont victimes des effets du dérèglement climatique causé par les États du Nord ;
  • Considérant que l’accaparement des terres agricoles en Afrique est un facteur d’appauvrissement et de famine ;
  • Considérant que les investisseurs privés avec l’appui des pouvoirs publics africains volent les terres pour y exploiter frénétiquement les ressources (eau, pétrole, minerais,…) et y développer des cultures à destination des industries de l’agroalimentaire et de l’agro-carburant ;
  • Considérant que ces politiques portent atteintes aux droits humains fondamentaux ;
  • Considérant que l’exode massif aggrave la crise alimentaire pour l’ensemble des populations ;
  • Considérant que le poids de la dette compromet dangereusement le développement de l’Afrique ;
  • Considérant que le partenariat public-privé est une nouvelle forme de domination ; Considérant les méfaits des microcrédits sur les activités des femmes ;
  • Considérant la prolifération des armes et la présence massive des forces étrangères sur nos terres ;
  • Considérant les limites du francs CFA qui se trouve être une monnaie de domination ;
  • Considérant l’absence de volonté et l’incapacité des dirigeants du G8 et du G20 à trouver des solutions à la crise du capitalisme (crise financière, économique, sociale, migratoire et écologique).
  • Nous, mouvements sociaux exigeons :
  • Le respect des engagements pris lors des précédents COP et au terme de la COP 21 ;
  • L’expropriation, sans indemnisation, des grands propriétaires fonciers ;
  • Le soutien par des politiques régionales, nationales et internationales des productions vivrières et de la souveraineté alimentaire ;
  • L’arrêt du pillage des ressources naturelles, de la destruction de l’environnement et le remboursement d’une dette écologique ;
  • L’abolition de l’OMC et de tous les accords de libre-échange (ACP/UE, …) et la création d’un front mondial contre la dette ;
  • L’adoption d’une monnaie autre que le Franc CFA ;
  • L’arrêt de la criminalisation et de la persécution des migrant-e-s et la libre circulation des personnes ;
  • L’amélioration de la gouvernance à tous les niveaux.

La Banque mondiale sur le banc des accusés

Au début du mois de décembre passé, le CADTM invitait plusieurs organisations à rencontrer Najib Akesbi, enseignant et chercheur marocain, actuellement en procès contre la Banque mondiale Banque mondiale BM La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies. En 2011, 187 pays en étaient membres. Cliquer pour plus… . L’affaire est digne d’attention étant donné que c’est la première fois que la Banque mondiale accepte une assignation à comparaître… pour finalement invoquer son immunité. Ce procès, même s’il n’aboutit pas, permet néanmoins de soulever un certain nombre de questions quant à la crédibilité et la recevabilité de l’institution financière internationale.

Le procès porte sur une recherche baptisée Ruralstruc menée par la Banque mondiale , BM La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies. En 2011, 187 pays en étaient membres.  A la fin 2005, Najib Akesbi est contacté par un chercheur du CIRAD français, mis à la disposition de la Banque mondiale pour coordonner le programme de recherche en question.

Il accepte de s’y engager avec ses collègues, Mohamed Mahdi et Driss Benatya, parce qu’elle rejoint le champ d’investigation qui les occupent depuis de nombreuses années. L’Institut agronomique et vétérinaire Hassan II de Rabat où travaillent les chercheurs, accepte de mener la première phase de recherche qui élabore le cadre dans lequel seront analysées les données de la seconde phase. Les résultats de cette première phase sont intéressants et donnent même lieu à une publication en 2008. Pour la deuxième phase, la Banque mondiale fait appel à un bureau d’étude marocain pour la phase opérationnelle de récolte de terrain et d’analyse des données. Le bureau d’études conclut quant à lui un contrat de consultant avec les chercheurs qui avaient travaillé sur la première phase. Les chercheurs relèvent rapidement que les données récoltées ne sont pas fiables, en raison de nombreuses carences au niveau de la collecte des données et de leur traitement. Ils demandent de pouvoir avoir accès à la base de données afin de redresser ce qu’il était possible de redresser, mais on le leur refuse. Suite à la répétition de leur demande, leur contrat avec le bureau d’étude est de surcroît résilié. Le plus grave encore est que parallèlement, les bailleurs de la Banque mondiale ordonnent au bureau d’études de modifier arbitrairement des données (donc de les falsifier) et de les intégrer en conséquence dans le rapport final, à l’insu et contre la volonté des chercheurs marocains.

Face à de tels actes gravissimes, ces derniers vont alors interpeller les instances « de médiation et d’éthique » de la Banque mondiale, sans résultats. Ils interpellent ensuite les autres partenaires du projet dont le CIRAD, l’AFD, le FIDA, sans aucun résultat non plus. Ils se tournent enfin vers les responsables politiques marocains (gouvernement, parlement), mais n’en obtiennent aucune réponse non plus. C’est donc en dernier recours que Najib Akesbi et ses collègues se tournent vers l’option d’une action en justice. Leur plainte pour « faux, usage de faux et usurpation de biens et de noms » porte sur le fait que la Banque mondiale a publié une étude dont ils ont été « usurpés » et dont certains résultats sont falsifiés.

Cette affaire permet de soulever une série de questions sur les pratiques et politiques de la Banque mondiale, notamment dans le domaine de l’agriculture.

A qui la Banque mondiale rend-elle des comptes ?

Premièrement, et puisqu’on se situe dans le cadre d’un procès, se pose une question purement juridique : la Banque mondiale est-elle justiciable ? Lorsqu’ils se sont tournés vers l’option d’un procès, les chercheurs marocains et leurs conseillers juridiques ont dû d’abord évaluer la possibilité ou non de poursuivre la Banque mondiale. Depuis la création de celle-ci, seule une plainte pour harcèlement de la part d’une employée de la Banque mondiale aux États-Unis était jusqu’alors connue et avait du reste été rejetée par la juridiction saisie. Les actes du jugement contenaient par contre la mention suivante :« Nous sommes persuadés que les membres de la BM ont eu l’intention de supprimer l’immunité de la Banque seulement pour les actions visant ses activités externes et des contrats, et pas pour les actions déclenchées par ses fonctionnaires ». Cela signifierait donc que les actions externes de la Banque mondiale pourraient être jugées. Par ailleurs, les plaignants se basent sur une recherche effectuée par le CADTM et qui conclut en faveur de la justiciabilité de la Banque mondiale en vertu de l’article 7 section 3 de ses propres statuts : « La Banque ne peut être poursuivie que devant un Tribunal ayant juridiction d’un État membre où elle possède un bureau, a désigné un agent chargé de recevoir les significations ou notifications de sommations ou a émis ou garanti des titres  ». Étant donné qu’elle a un bureau à Rabat, la Banque mondiale serait donc bien justiciable. Après avoir longtemps tergiversé, le Bureau de la Banque mondiale à Rabat a finalement accepté de comparaître devant la justice marocaine, ce qui est en soi une première mondiale. Mais devant le tribunal, ses avocats ont continué à plaider l’immunité diplomatique, en invoquant cette fois non pas les statuts de la Banque mais « l’accord de siège » conclu avec les Autorités marocaines en 1998…

En fait, derrière cette question purement juridique se pose la question plus large de la redevabilité de la Banque mondiale. A qui la Banque mondiale rend-t-elle des comptes ? En Belgique, le financement de la Banque mondiale est assuré par le budget de la coopération au développement tandis que le pouvoir de décision revient au SPF Finances. La Belgique fournit en outre un financement structurel, qui n’est donc pas lié à des projets spécifiques mais au fonctionnement global de l’institution.

Un financement global, une gestion hybride, tous les éléments sont réunis pour que le monitoring par la Belgique des budgets alloués à la Banque mondiale soit difficile. Or les pratiques de la Banque mondiale vont souvent à l’encontre des orientations défendues par la coopération belge.

Implications dans le domaine agricole

Afin d’éviter un procès d’intention, Najib Akesbi et ses collègues estiment que ce n’est pas à eux mais à ceux qui ont falsifié les données de leur rapport à expliquer pourquoi ils ont commis un acte aussi grave. Mais c’est bien pour mettre à jour ce genre de pratiques de l’institution qu’ils ont poussé leurs démarches jusqu’au procès. La Banque mondiale a en effet une influence considérable sur les politiques, notamment agricoles, menées par les gouvernements du Sud. Et la Banque mondiale promeut essentiellement la libéralisation, l’ouverture des marchés, bref le tout au marché et au business. Une position qui va souvent à l’encontre des droits économiques et sociaux des populations des pays qui doivent en suivre les recommandations. Lors d’une table ronde sur la cohérence des politiques pour le droit à l’alimentation organisée en 2013 au Parlement fédéral, les ONG avaient déjà mis en lumière l’écart qui existait entre la politique belge en matière d’appui à l’agriculture familiale et à la sécurité alimentaire et les pratiques de la Banque mondiale consistant à encourager les accaparements de terres. Elles avaient également souligné le manque de contrôle de la part des responsables politiques belges sur les politiques menées par la Banque mondiale.

Récemment la campagne Nos terres, Notre business, lancée par l’Oakland Institute et suivie par de nombreuses organisations à travers le monde, a souligné le rôle néfaste du nouveau programme Benchmarking the Business of Agriculture sur le droit à l’alimentation des populations. Basé sur le modèle du Doing Business, il est destiné à fournir un indicateur du degré d’ouverture du secteur agricole des pays aux investissements étrangers. Cet indicateur permettra notamment de connaitre le niveau de facilité avec lequel un investisseur peut acquérir des terres dans le pays, favorisant par-là l’allégement des mesures administratives et donc, par conséquence directe, les accaparements de terres. Des études pilotes ont déjà été réalisées en vue de l’établissement de cet indicateur dans une dizaine de pays, dont le Maroc. Imaginons donc que les études sur lesquelles se basent ces indicateurs soient elles aussi tronquées, comme l’ont été les données récoltées par le bureau d’étude dans le cas du programme Ruralstruc ; les conséquences peuvent en être considérables.

La vision du partenariat selon la Banque mondiale

Enfin, la place des chercheurs du Sud dans les recherches produites par la Banque mondiale est également discutable au vu des réactions de l’institution face aux objections de Najib Akesbi et ses collègues. Au-delà des questions juridiques de propriété intellectuelle, c’est la vision du partenariat défendue par la Banque mondiale qui est remise en question. Lorsque des chercheurs du Nord et du Sud collaborent, cette affaire montre qu’en dernière instance seul l’avis des premiers semble être pris en compte. Ironie de l’histoire, ou pure hypocrisie, le site du CIRAD, qui a assuré la coordination du projet, rappelle que le travail de recherche dans le cadre de Ruralstruc a été effectué dans une « démarche novatrice » de « partenariat avec sept équipes nationales qui ont recueilli, analysé les données, et participé à la mise en débat des résultats du programme, dans leur pays et à l’international ». 

2016, Les 1 % les plus riches posséderont plus que le reste de la population mondiale !

Les inégalités extrêmes ne constituent pas seulement un préjudice moral. Elles sapent la croissance économique et pèsent sur les profits du secteur privé.

En amont de la réunion annuelle du Forum économique mondial à Davos, Oxfam a calculé que l’an prochain, le patrimoine cumulé des 1 % les plus riches du monde dépassera celui des autres 99 % de la population, à moins de freiner la tendance actuelle à l’augmentation des inégalités.

L’organisation internationale de développement, dont la directrice générale, Winnie Byanyima, coprésidera l’édition 2015 de Davos, souligne aujourd’hui que l’explosion des inégalités entrave la lutte contre la pauvreté dans le monde, alors qu’une personne sur neuf ne mange pas à sa faim et que plus d’un milliard de personnes vivent avec moins de 1,25 dollar par jour.

En sa qualité de coprésidente, Winnie Byanyima lancera un appel pressant à l’action pour enrayer la montée des inégalités, à commencer par des mesures énergiques contre l’évasion fiscale des multinationales, ainsi que pour accélérer les avancées vers la conclusion d’un accord mondial sur le changement climatique.

L’étude « Insatiable richesse : toujours plus pour ceux qui ont déjà tout », publiée aujourd’hui par Oxfam, montre que la part du patrimoine mondial détenu par les 1 % les plus riches est passée de 44 % en 2009 à 48 % en 2014, et dépassera les 50 % en 2016. En 2014, les membres de cette élite internationale possédaient en moyenne 2,7 millions de dollars par adulte.

La majeure partie (46 %) des 52 % restant du patrimoine mondial se trouve entre les mains du reste du cinquième le plus riche de la population mondiale. Les autres 80 % de la population mondiale ne se partagent que 5,5 % et possédaient en moyenne 3 851 dollars par adulte, soit 700 fois moins que le patrimoine moyen des 1 %.

« Voulons-nous vraiment vivre dans un monde où 1 % possèdent plus que le reste d’entre nous, s’interroge Winnie Byanyima. L’ampleur des inégalités mondiales est tout simplement vertigineuse et, malgré les questions brûlantes qui font l’actualité, le fossé entre les grandes fortunes et le reste de la population se creuse rapidement.

« Au cours des douze derniers mois, les dirigeant-e-s du monde ont, à l’instar du président Obama et de Christine Lagarde, de plus en plus évoqué le besoin de réduire les inégalités extrêmes. Mais pour beaucoup, nous attendons encore qu’ils joignent le geste à la parole. Il est temps que nos dirigeant-e-s s’attaquent aux intérêts particuliers des poids lourds qui font obstacle à un monde plus juste et plus prospère. »

Et Winnie Byanyima d’ajouter : « Le statu quo a un coût. Si les affaires continuent comme si de rien n’était pour les élites, notre incapacité à réduire les inégalités pourrait retarder la lutte contre la pauvreté de plusieurs dizaines d’années. Les populations pauvres souffrent doublement de la montée des inégalités : non seulement leur part proportionnelle du gâteau économique se réduit, mais comme les inégalités extrêmes nuisent à la croissance, le gâteau lui-même devient plus petit. »

Lynn Forester de Rothschild, PDG de la société E.L. Rothschild et présidente de la Coalition for Inclusive Capitalism, qui prend la parole aujourd’hui à un événement organisé conjointement par Oxfam et l’université d’Oxford, a appelé les chefs d’entreprise qui se réuniront à Davos à contribuer également à la lutte contre les inégalités extrêmes.

Elle a expliqué que « le rapport d’Oxfam n’est que le dernier d’une longue liste d’éléments établissant que les inégalités ont atteint des extrêmes scandaleux et continuent d’augmenter. Il est temps que les grandes pointures du capitalisme moderne, ainsi que nos responsables politiques, s’emploient à changer le système pour qu’il devienne plus équitable, plus durable et s’ouvre plus largement à toutes et tous.

« Les inégalités extrêmes ne constituent pas seulement un préjudice moral. Elles sapent la croissance économique et pèsent sur les profits du secteur privé. Les participant-e-s à la réunion de Davos qui aspirent à un monde stable et prospère devraient faire de la lutte contre les inégalités leur priorité absolue. »

L’an dernier, Oxfam a créé l’événement à Davos en révélant que les 85 personnes les plus riches possédaient autant que la moitié la plus pauvre de la population mondiale. Elles sont aujourd’hui 80 à posséder autant que 3,5 milliards de personnes, ce qui représente une baisse spectaculaire, si l’on considère que ce chiffre s’élevait à 388 en 2010. En termes nominaux, le patrimoine des 80 personnes les plus riches du monde a doublé entre 2009 et 2014.

Oxfam appelle les États à adopter un plan en sept points pour lutter contre les inégalités :

–    Mettre un frein à l’évasion fiscale des entreprises et des grandes fortunes

–    Investir en faveur de la gratuité et l’universalité de services publics comme la santé et l’éducation

–    Répartir équitablement la charge fiscale, l’allégeant du côté du travail et de la consommation tout en taxant davantage le capital et les richesses

–    Instaurer un salaire minimum et œuvrer à un salaire décent pour l’ensemble des travailleuses et travailleurs

–    Instaurer une législation en faveur de l’égalité salariale et promouvoir des politiques économiques assurant le traitement équitable des femmes

–    Mettre en place une protection sociale suffisante pour les plus pauvres, notamment la garantie d’un revenu minimum

–    Adopter l’objectif commun de lutter contre les inégalités à l’échelle internationale

L’étude publiée aujourd’hui, qui fait suite au lancement de la campagne « À égalité ! » d’Oxfam en octobre dernier, met en lumière la façon dont l’extrême richesse se transmet de génération en génération et le fait que les élites mobilisent leurs ressources considérables pour s’assurer que les règles internationales favorisent leurs intérêts. Plus du tiers des 1 645 milliardaires recensés par Forbes ont hérité d’une partie ou de l’ensemble de leur fortune.

20 % des milliardaires ont des intérêts dans le secteur de la finance et de l’assurance, et le patrimoine nominal de ce groupe a augmenté de 11 % en douze mois, de mars 2013 à mars 2014. En 2013, ces secteurs avaient dépensé 550 millions de dollars pour faire pression sur les responsables politiques à Washington et à Bruxelles. Rien que pendant les élections américaines de 2012, le secteur financier a financé les campagnes à hauteur de 571 millions de dollars.

L’ensemble du patrimoine net des milliardaires ayant des intérêts dans le secteur pharmaceutique et de la santé a augmenté de 47 %. Eux aussi avaient dépensé 500 millions de dollars pour faire pression sur les responsables politiques à Washington et à Bruxelles, en 2013. Oxfam craint que la force de lobbying de ces secteurs ne soit un obstacle majeur à la réforme du système fiscal international et n’impose des règles de propriété intellectuelle qui empêchent les plus pauvres d’accéder à des médicaments vitaux. Les données du Fonds monétaire international, notamment, établissent de plus en plus clairement que les inégalités extrêmes sont préjudiciables aux personnes au bas de l’échelle, mais aussi à la croissance économique. En association avec l’université d’Oxford, Oxfam organise aujourd’hui un symposium sur l’accroissement des inégalités dans les pays du Sud, au cours duquel interviendront Donald Kaberuka, président de la Banque africaine de développement, et Lady Lynn Forester de Rothschild.

Pourquoi l’Afrique ne pouvait pas être « Charlie »

NB :Parce qu’il importe que les choses soient claires et sans appel, en préambule, nous affirmons nettement que, nous concernant, tout empêchement à la liberté d’expression est un crime contre la démocratie et que l’assassinat de journalistes, où que ce soit, par qui que ce soit, pour quoi que ce soit, est un crime odieux. (la rédaction de Afrique Info)

De quoi Charlie est devenu le nom ?

Le choc, ces attentats survenant dans un pays comme la France, jusqu’ici largement à l’écart des turbulences violentes et de ce type d’évènements, en a été d’autant plus fort.

Ainsi, frappée à son tour par le terrorisme de guerre, la France, par son Président interposé a tenté de rassembler les chefs d’Etat du monde entier pour, en solidarité avec elle, marquer le fait que « frapper la France n’est pas une chose ordinaire » . C’est en tout cas en ce sens que, tout au long des cérémonies qui ont marqué ces jours, l’exécutif français a tenu à s’exprimer, François Hollande et Manuel Valls à l’unisson.

Le fait est que nombre de chancelleries de par le monde ont immédiatement exprimé leur soutien à la France, à la liberté d’expression, à la lutte contre le terrorisme… (1)

Le fait est aussi que si, répondant à l’invitation du président français nombre de dirigeants en exercice et de représentants éminents des pays dits « du Nord » ont défilé côte à côte à Paris, ils n’étaient  pas les seuls. En effet, parmi d’autres marcheurs issus, eux aussi, des pays en développement, de nombreux présidents africains  ont répondu à l’appel du président français, pendant que d’autres, restés sur le continent, arborant des « Je suis Charlie », décrétaient des deuils nationaux. (2)

Ainsi rassemblés, et engagés, ces représentants africains, aux côtés des « grands de ce monde » présentaient, unis contre le terrorisme, une sorte de Front Mondial des Nations, des plus pauvres aux plus riches.

On peut se demander par quel tour de passe-passe un président, au plus bas de sa popularité, a-t-il pu ainsi réunir des millions de personnes en France et des dizaines de représentants de gouvernements autour du seul titre d’un journal quasiment sans lecteurs ?

En effet, s’agissant du journal Charlie proprement dit, son directeur Charb était depuis de longs mois à la recherche de fonds pour tenter d’en assurer la survie. Hebdomadaire bénéficiant d’une certaine notoriété dans les années 70/90, porte-parole de la survivance d’un certain « esprit » de 1968, le journal était devenu, au fil des années, décalé jusque dans le cercle de ses « fidèles » du début. A un point tel que, à la veille de l’assassinat survenu à la rédaction, l’hebdomadaire diffusait difficilement 60 000 exemplaires, un chiffre bien au dessous du seuil de rentabilité.

Par ailleurs, et ceci n’est certainement pas innocent à la baisse de son lectorat, le journal avait lui-même changé « d’état d’esprit », autrement dit, changé de ligne éditoriale. De journal initialement engagé contre toutes les guerres, on l’avait vu, ces dernières années vaciller sur ses principes, au point de constater, par exemple, son soutien affiché à la guerre de destruction menée par Sarkozy contre la Libye. Au plan économique, autre exemple, loin là encore de ses premiers engagements « libertaires », l’orientation générale était devenue plus proche d’un accommodement à l’économie de marché que du grand chambardement anticapitaliste des débuts.

Pour autant, et c’est légitime, l’accord avec le contenu de l’hebdomadaire n’était pas une condition pour les millions de français marchant ensemble. Leur préoccupation était ailleurs. Ils étaient Charlie parce que la liberté d’expression est, en France et partout ailleurs, une des conditions sine qua non de l’exercice de la démocratie et que leur émotion était grande de la voir ainsi bafouée.

En se sens, après le désastre Libyen  » pour le rejet de la barbarie,  l’attachement à la laïcité et à la démocratie, après le désastre Libyen, leur émotion n’en n’a pas moins été l’objet d’une tentative de récupération partiellement réussie. En effet, la mobilisation exclusive, jamais atteinte auparavant, de tous les médias, publics et privés, de tous les partis politiques, de toutes les personnalités « people », du showbiz jusqu’au monde du sport, le lancement quasiment marketing du slogan unique…a permis à l’exécutif français, au plus mal, de transformer toute cette véritable inquiétude en un « soutien populaire » à son initiative.

Autrement dit, la légitime émotion populaire s’est vu transformer, au corps défendant des participants, en légitimation du grand « rassemblement anti-terroriste » au plan international et, au plan franco-français, à l’idée tant attendue de l’ « Union sacrée ».

Après cette journée, le président français analysant avoir fait de « Paris la capitale du Monde » pour un jour, se jugeant légitimé, s’est empressé de demander aux français de « faire durer l’esprit du 11 janvier » tout comme le relayait son premier ministre en appelant tous les partis à se considérer forcés à « l’Union sacrée ». (3)

 Se disant « Forts du soutien international », alors que chacun comprend que ces attentats ne sont pour la France, que l’importation des guerres  qu’elle conduit de l’Irak au  Mali, de la Centrafrique à la région Sahélienne… les va-t-en guerre reprennent du service et nous font entendre de nouveaux bruits de bottes du côté de la Syrie, si « chère » à Fabius, et de la Libye où il conviendrait, selon eux, « d’aller terminer le boulot » et que le temps presse (4).

Marcher avec « les Grands » ?

Quel sens donner, dès lors, au comportement de ces chefs d’Etat venus d’Afrique « marcher » avec ces gens ? De quelle disposition spéciale voulaient-ils donc faire montre en effectuant ce déplacement et en prenant place dans la réprobation exprimée par ce « concert des nations » ? Qu’attendaient-ils d’une telle posture ? De premiers éléments de réponse semblent leur avoir été apportés par leurs propres opinions publiques.

En effet, par delà les manifestations limitées aux seules protestations anti Charlie, somme toute ultra minoritaires (5), les citoyens des pays concernés, par leurs réactions ont, en revanche, bien mis en lumière le fossé qui existe aujourd’hui en Afrique entre le point de vue des « élites » et celui des peuples. L’ensemble des titres de la presse écrite, comme ceux s’exprimant sur le web, a unanimement rappelé combien, par delà la réprobation légitime des actes terroristes à Paris, il revenait aux dirigeants africains, de s’engager dans cette affaire avec toute la retenue qui convient à des chefs d’état issus d’un continent si maltraité.

Lorsque les nigériens manifestent dans le pays, par exemple, s’ils expriment des sentiments anti-français, ils les expriment, non à l’encontre des journalistes de Charlie hebdo ou des français en général, mais à l’encontre des dirigeants d’Aréva qui rackettent le Niger depuis des lustres et de ceux de la France qui les soutiennent. Un racket agrémenté de corruption tellement flagrant que cette fois la justice semble aller dans le sens des intérêts du peuple nigérien. (6)

Comment ces dirigeants ont pu, un seul instant, imaginer aller, sans mot dire, au grand raout international parisien  patronné par les pays les plus riches, sans que les populations en ressentent tristesse et humiliation. Dans leurs palais présidentiels, ces gens écoutent-ils encore les radios africaines, entendent-ils  leurs opinions publiques, ou sont-ils post-colonisés au point de les ignorer totalement ? Même à l’écoute de le très française RFI (Radio France Internationale !), il était impossible de ne pas savoir à connaitre des crimes atroces perpétrés par Boko Haram contre la population Nigériane et Nord camerounaise. (7)

De fait, il parait impossible de rester coi devant tant de souffrance accumulée sur une seule région. C’est pourtant, par leur absence et leur silence, ce que ces dirigeants africains, filant promptement, au sifflet, vers les tarmacs français,  ont infligé à leurs populations. Des silences et des positionnements qui en disent long sur l’enlisement de ces « chefs » dans la Françafrique et le post colonialisme.

Marcher pour Charlie, marcher pour la paix ?

Quel sens donner, ensuite, à cette manifestation, eu égard au regroupement des représentants de des Etats et des institutions directement impliqués dans la désorganisation généralisée du monde ?

Autrement dit, est-il « banal » par exemple, pour un dirigeant africain de marcher côte à côte avec le président français  alors même que l’armée de ce dernier occupe militairement toute la sous-région s’étendant aujourd’hui de la Libye à l’Afrique de l’Ouest et particulièrement son propre pays, y imposant régulièrement ses vues et surtout la guerre ? (8)

Ce président pensait-il faire admettre aux maliens que, marchant aux côtés de la puissance occupante, en compagnie du secrétaire général de l’OTAN, du représentant officiel des USA, des représentants de l’Union Européenne, de Benyamin Netanyahou, du roi de Jordanie, du président Ukrainien….il marchait pour la paix dans le monde ?

Oubliée la mise à sac de la Libye par l’OTAN ? Oublié l’assassinat du président en titre de l’Union Africaine par des sbires à la solde des français ? Oubliée l’opération Licorne et l’ingérence armée en Côte D’Ivoire ? Oubliée l’occupation militaire française du Mali ? Celle de la Centrafrique ? Oublié le soutien de Valls et Le Drian à la dictature Tchadienne ? Oubliée l’opération Berkane ? Oubliée l’Africom ? Oublié le soutien « jusqu’au bout » apporté à Blaise ? Etc…Etc…

La guerre contre le terrorisme est un terme qui n’existe que dans la tête de ceux qui, par leurs course folle aux matières premières, ont contribué à armer ces groupes, voire, pour des desseins encore plus cyniques, les ont directement créés et entrainés. (9)

N’en doutons pas, une nouvelle étape est en voie d’étre entamée dans cette guerre de désintégration des pays et des nations et l’Afrique, « à cause » de ses richesses est au coeur de l’ouragan qui s’annonce. Alors que, comme Africom pour les USA, Berkane pour les français, les dispositifs militaires se multiplient,  les dispositifs économiques aussi se précisent, tels le maintien du Franc CFA pour les pays d’Afrique de l’Ouest, les APE (Accords de Partenariat économique), pendant que le garrot de la Dette continue toujours de se resserrer.

Les prémices sont claires, eu égard à la profusion de ses matières premières, le continent africain ne doit pas échapper aux compagnies occidentales, ses ressources n’iront à personne d’autre et surtout pas aux africains eux-mêmes.

Ces compagnies, leurs pays et leurs armées sont prêts à tout pour garder la main, y compris à généraliser la destruction et la désagrégation, tant par les guerres, le « terrorisme » et la guerre économique et financière.

Alors non, malheureusement, il n’était pas possible aux africains de marcher pour la paix avec ceux qui font la guerre en Afrique. Et de surcroît, puisque, par une magistrale manipulation, cette marche détournée au bénéfice des fauteurs de guerre avait été baptisée « je suis Charlie », il n’était pas possible aux africains, même le temps de cette journée, « d’être Charlie ».

1/ Ce sont, en effet, plus de 40 chefs d’états qui ont répondu à l’appel de François Hollande pour la marche du 11 janvier.

2/ A titre d’exemple, le président de la république du Bénin, Mr Yayi Boni, a décrété un jour de deuil national

3/ C’est le premier secrétaire du Parti Socialiste, Parti du président de la République, qui dès le lendemain du 11 janvier appelait « à la prolongation de l’Union Sacrée » dans tous les domaines de la vie politique, économique et sociale en France.

4/ La cote de popularité de l’exécutif progresse dans les sondages. François Hollande est malgré tout « conscient que ce sera toujours sur les questions de résultats économiques et sociaux que les Français exprimeront le moment venu leur choix. » (*) . À quoi va-t-il utiliser ce regain de popularité ? (François Hollande, Le Monde du 20 janvier)

5/ Malgré leurs efforts, les chaines de télé n’ont eu à montrer que quelques centaines, voire quelques milliers, d’excités manipulés, brandissant ici ou là des pancartes anti Charlie préalablement distribuées et rédigées en français.

6/ Source AFP – 21 janvier 2015 – Paris – La cour d’appel de Paris a relaxé mercredi le président de l’Observatoire du nucléaire, Stéphane Lhomme, qui était poursuivi en diffamation par Areva qu’il avait accusé de corruption au Niger. En première instance, le tribunal correctionnel de Paris l’avait condamné à 1.000 euros d’amende avec sursis et lui avait ordonné le retrait des propos litigieux ainsi que la publication d’un communiqué judiciaire sur le site internet de l’Observatoire du nucléaire. Le 11 décembre 2012, dans un communiqué, l’association avait fait état d’une contribution d’Areva au budget national nigérien d’environ 26 millions d’euros, dont 15 millions auraient été directement affectés à l’acquisition d’un avion pour le président du Niger, Mahamadou Issoufou. Il s’agit donc clairement d’une manoeuvre de corruption, probablement sur le plan légal et assurément sur le plan moral, par Areva, avait accusé l’Observatoire. Le lendemain, Zakari Oumarou, président du groupe parlementaire du Parti nigérien pour la démocratie et le socialisme (PNSD, au pouvoir), avait confirmé à l’AFP qu’Areva avait accordé au Niger une aide budgétaire de 26 millions d’euros, dont une partie a été affectée pour l’achat d’un avion présidentiel. Areva, qui conteste cette accusation de corruption, avait assigné en justice. Le 7 février 2014, les juges de la 17e chambre du tribunal correctionnel de Paris avait estimé que l’utilisation du terme corruption ne faisait manifestement preuve d’aucune prudence. Les documents produits par M. Lhomme ne lui permettaient nullement de conclure à la corruption alléguée, ni au fait qu’Areva aurait acheté un avion au président du Niger, avait alors estimé le tribunal. L’Observatoire du nucléaire avait alors annoncé qu’il ferait appel de ce jugement affligeant mettant gravement en cause la liberté d’expression et le droit de contester les méfaits des entreprises du lobby nucléaire.

7/ Au moment même où se déroulaient les attentats sur le sol français, Boko Haram faisait plus de 2000 victimes en un seul rai au Nord Cameroun. Comment les africains ne pouvaient-ils mesurer le deux poids deux mesures appliqué par leur propres dirigeants ?

8/ Les télévisions du monde entier ont pu retransmettre les images de IBK, au premier rang de la marche, à la droite de François Hollande.

9/ De l’Afghanistan à la Libye, de la Syrie à l’Irak…est-il encore possible de compter les « combattants » entrainés, financés et armés directement par les pays occidentaux au gré de leurs besoins stratégiques immédiats ?

Al Sissi assassin! Hommage à Shaïma Sabbagh

En Égypte, les tyrans ont peur des roses et des chansons

Samedi, , Shaïma Sabbagh, militante de l’Alliance populaire socialiste, a été abattue alors qu’elle participait à une marche pacifiste à la mémoire des victimes de la révolution de 2011. Onze autres personnes ont été tuées par les policiers de Al-Sissi.

Tant d’autres sont tombés avant elle … Le 24 janvier 2015 la jeune Égyptienne Shaima al-Sabbagh vient d’être visée par des tirs de la police au cours d’une manifestation fleurie commémorant le soulèvement de 2011 contre Hosni Mubarak

Les tyrans ont peur des roses et des chansons.

Le parfum des roses soulève les gens contre la puanteur de la tyrannie. Les chansons abreuvent l’esprit. Elles ouvrent une nouvel horizon, plus vaste que la prison dominante de la réalité. Les dictateurs en Egypte, vieux de corps et d’esprit, haïssent les fleurs de janvier – et les chants de janvier, qui les ont dérangés quelque temps, avant d’être criblés de balles et arrosés de gaz lacrymogène.

 Shaima Sabbagh, une jeune femme de gauche de 33 ans, mère de deux enfants, était venue au Caire depuis Alexandrie pour participer à une manifestation fleurie commémorant l’anniversaire de la révolution trahie du 25 janvier : elle a été abattue en plein jour.

Elle tenait des roses à la main. Les balles des autorités sont précises quad elle visent la tête des victimes, les « ennemis de la patrie qui sèment les troubles, haïssent la stabilité et cherchent à renverser le régime ».

Peu de jours avant sa mort elle twittait :« Vivre dans ce pays est devenu pénible et glacial … J’espère que sa terre est plus vaste … et que la profondeur de son sol est plus vaste que son ciel » – Shaima Sabbagh.

 Le ministère de l’Intérieur a refusé toute responsabilité, comme souvent, avançant que des éléments professionnels avaient infiltré la marche et tué Shaima. Selon le rapport d’autopsie et les témoignages de personnes qui se tenaient près d’elle, un soldat a lancé un tir de barrage au fusil de chasse [cartouches « birdshot » ou « grenaille » létale], la visant à 8 mètres de distance. Les autorités détestent les voix des jeunes de janvier, qui disent que « ceux du ministère de l’Intérieur sont des voyous ».

Shaima est tombée Place Talaat Harb. Elle était avec ses camarades membres de l’Alliance populaire socialiste (SPAP). Ils marchaient pacifiquement vers la Place Tahrir, chantant et scandant : « Vivre – Liberté – Justice sociale ».

 Aucun des objectifs de la révolution du 25 janvier n’a été atteint. Ils ont été réduits en cendres par les vieux dictateurs.

Même porter des fleurs pour commémorer les victimes de la Place Tahrir en 2011 a été interdit pour Shaima et ses camarades, qui ont été blessés d’entendre des passants s’arrêter pour les critiquer : « Révolution, destructions, ça suffit – honte à vous ! »

Un groupe de policiers et de soldats masqués ont attaqué des jeunes qui étaient sans armes.

Le grand gouvernement s’est attaqué à la révolution du 25 janvier et l’a abattue.

 Shaima est tombée en martyre au milieu de la rue, entre la place Talaat Harb et la place Tahrir (à quelques minutes de là), tout comme ses fleurs, au milieu de la rue, entre le rêve d’un changement et le cauchemar de la réalité. Tant d’autres sont tombés avant elle. Mais les amis de la révolution du 25 janvier, en colère, ont vu la nouvelle de sa mort – qui s’est répandue dans toute l’Egypte – comme un mur des lamentations pour pleurer le deuil de la révolution.

 La révolution n’est pas entrée en zone interdite comme l’a fait Shaima Sabbagh, une arène encerclée par les tanks et les barbelés. Ici, il est interdit de commémorer le quatrième anniversaire de la révolution, ou de manifester.

« Dette et extractivisme. La résistible ascension d’un duo destructeur. »

Dette et extractivisme

Extractivisme

Modèle de développement basé sur l’exploitation des ressources naturelles, humaines et financières, guidé par la croyance en une nécessaire croissance économique., ce pillage des ressources naturelles de la planète par la force, a donné à l’Europe puis aux États-Unis les moyens de dominer le monde. Depuis la disparition des colonies, la dette illégitime. Comment on détermine une dette illégitime ?

Dette et extractivisme sont intimement liés. Facteurs d’injustice, de corruption, de violences sociales et environnementales, ils sont également à l’origine du dérèglement climatique.

4 moyens d’analyse

  • La destination des fonds :

l’utilisation ne profite pas à la population, bénéficie à une personne ou un groupe.

  • Les circonstances du contrat :

rapport de force en faveur du créditeur, débiteur mal ou pas informé, peuple pas d’accord.

  • Les termes du contrat :

Termes abusifs, taux usuraires…

  • La conduite des créanciers :

Connaissance des créanciers de l’illégitimité du prêt., nouvelle violence imposée aux pays dits « en développement », a permis d’assurer la continuité du pillage. Cette detteDette- Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.

  • Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
  • Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics. a amplifié le système extractiviste, initialement appliqué aux produits fossiles et agricoles, en l’étendant aux ressources financières du Sud puis aujourd’hui du Nord. Elle impose le remboursement par les populations de dettes dont elles ne sont pas responsables mais victimes.

Dette et extractivisme sont intimement liés. Facteurs d’injustice, de corruption, de violences sociales et environnementales, ils sont également à l’origine du dérèglement climatique.

Des alternatives pour créer une société post-extractiviste, soucieuse du climat et des peuples existent. L’audit et l’annulation des dettes illégitimes, la réduction des inégalités, la fin du pillage extractiviste, sont quelques-uns des combats citoyens essentiels proposés dans ce livre.

8 € port compris pour la France

Côte d’Ivoire

L’État français doit rendre des compte

Les éléments mettant en cause le plus haut niveau de l’État français dans l’opération qui provoqua la mort de neuf soldats français en 2004 s’accumulent. Les notes des conseillers de Jacques Chirac publiées ce mardi 24 février par le journal L’Humanité montrent aussi que pour l’Élysée, dès 2004, « la seule possibilité de renverser le président Gbagbo passe par les élections » . Ce n’est finalement qu’en avril 2011 que Laurent Gbagbo sera renversé et arrêté, justement à l’issue d’une parodie de processus électoral.

Depuis 2004, l’association Survie suit de près toute cette affaire. Notre dossier de synthèse :

Du bombardement de Bouaké au massacre de l’hôtel Ivoire : 10 ans de mensonges et d’impunité (novembre 2014

Les éléments qui tendent à démontrer qu’en novembre 2004, les ministres de l’Intérieur (Dominique de Villepin) et de la Défense (Michèle Alliot-Marie) avaient sciemment laissé s’échapper les pilotes biélorusses directement impliqués dans le bombardement du 6 novembre 2004 sur le camp militaire français de Bouaké sont bien connus. 

Avec l’enquête publiée dans L’Humanité de ce mardi 24 février, on découvre les premières intentions de l’Élysée dans les jours qui précèdent la crise franco-ivoirienne de 2004, à travers deux personnes : Michel de Bonnecorse, conseiller Afrique de Jacques Chirac, et le général Jean-Louis Georgelin, son chef d’état-major particulier. Les notes divulguées montrent que quatre jours avant le bombardement du camp militaire français, tous deux sont bien avertis de l’offensive imminente de l’armée ivoirienne sur Bouaké, fief de la rébellion de Guillaume Soro. Pour le général Georgelin, il est alors « impératif de tenter de dissuader le président Gbagbo », y compris en le menaçant d’une « riposte des forces impartiales » et d’une « intervention possible du Liberia et du Burkina Faso au plan militaire ». Malgré ses dénégations, l’Élysée était donc décidé à protéger la rébellion ivoirienne et parfaitement informé du soutien militaire que les présidents Blaise Compaoré – aujourd’hui réfugié en Côte d’Ivoire – et Charles Taylor – condamné à 50 de prison pour une autre guerre, menée en Sierra Leone – avaient apporté dès son début à cette rébellion.

Ces nouveaux éléments sont à rapprocher du témoignage clé de Jean-Jacques Fuentès, mercenaire instructeur au sein de l’armée ivoirienne : « Le 5 novembre au soir, un officier ivoirien a reçu un coup de fil de la cellule Afrique. A priori, c’était une désignation de cible, qu’il aurait fallu bombarder pour finir la guerre […] à quelques centaines de mètres du lycée Descartes [devenu camp militaire français], où se tenait prétendument une réunion des chefs rebelles ». Bien qu’incroyable a priori, cette intoxication par la cellule africaine de l’Élysée que dirigeait Michel de Bonnecorse est jusqu’ici la seule explication rationnelle du bombardement du camp militaire français par l’armée ivoirienne. Me Jean Balan, l’avocat des victimes françaises avait déjà précisé que de nombreux témoignages de militaires français montrent que le lieu ciblé servait de foyer aux militaires français, exceptionnellement fermé au moment de l’attaque. En janvier 2007, le journaliste indépendant Alain Chabod avait recueilli une longue confession filmée de Jean-Jacques Fuentès qui, bien qu’évoquée dans plusieurs articles de presse , n’a jamais été diffusée.0

En mai 2007, Fuentès était opportunément arrêté à Bordeaux, puis extradé vers Malte pour l’exportation illégale, en 2003, de deux avions militaires vers la Côte d’Ivoire. Une affaire d’où il sortit blanchi par la justice maltaise. C’est finalement en mars 2010 que la juge Florence Michon recueillit son témoignage, qui accrédite le rôle central de l’Élysée dans l’affaire du bombardement de Bouaké.

L’autre aspect des notes de l’Élysée concerne le positionnement politique de Paris sur la crise ivoirienne, qui oppose le président Gbagbo à la rébellion armée menée par Guillaume Soro, favorable à l’opposant Alassane Ouattara. Pour le général Georgelin, «  la seule possibilité de renverser le président Gbagbo passe par les élections  ». Michel de Bonnecorse précise qu’Alassane Ouattara « sait n’avoir aucune chance » et « souhaite un effondrement général qui pourrait lui être profitable ». La cohérence avec ce qu’il s’est finalement passé lors de la crise électorale de 2010/2011 est pour le moins troublante : des élections dans une Côte d’Ivoire toujours coupée en deux, en présence d’une rébellion jamais désarmée, de larges fraudes sur lesquelles la « communauté internationale » a fermé les yeux, le passage en force d’Alassane Ouattara soutenu par la France et les Nations Unies et celui de Laurent Gbagbo proclamé vainqueur par le Conseil constitutionnel, puis finalement le renversement de Laurent Gbagbo par l’armée française, alliée aux rebelles de Guillaume Soro.

L’association Survie demande à nouveau :

Au Président et au gouvernement français, la déclassification complète des documents liés aux événements de novembre 2004 en Côte d’Ivoire ;

Au Procureur du pôle crimes contre l’humanité et crimes de guerre du Tribunal de grande instance de Paris, de déclencher d’une enquête sur les crimes imputés à l’armée française sur des civils en Côte d’Ivoire durant le mois de novembre 2004.

Intégrismes

Le piège intégriste

Il est devenu confortable d’accuser le colonialisme, le post-colonialisme, l’impérialisme, l’Occident et sa modernité qui ont leur part essentielle de responsabilités dans ce monde globalisé. Mais il est plus difficile d’aller au-delà de l’islamophobie. Elle existe et elle ne peut excuser les violations de droits et les crimes de toutes les extrême-droites fondamentalistes de nos pays et de nos régions.

Les attentats des 7 et 9 janvier 2015 contre la rédaction de Charlie Hebdo et un supermarché juif et à Paris ont causé de profondes émotions et affecté toutes les sensibilités. Beaucoup d’Africains les ont vécus presqu’en direct, via les media. Le 11 janvier, le président du Sénégal, Macky Sall, participait à la marche de protestation à Paris contre les attentats, dans le cortège de chefs d’États africains et étrangers qui avaient fait le voyage. Pressé de questions à son retour à Dakar, il affirmait avoir témoigné sa solidarité contre le terrorisme.

Vivement critiqué par les leaders religieux et une bonne partie de l’opinion publique sénégalaise peu habitués aux caricatures, le président faisait interdire le numéro spécial de Charlie Hebdo perçu comme une insulte à l’islam. Des marches de protestation suivirent, les 16 et 23 janvier, à Dakar et d’autres villes de l’intérieur. Si certains pouvaient regretter que les attentats aient été commis au nom de l’islam, les foules n’étaient manifestement pas « pour Charlie » ; elles élevaient des pancartes très hostiles aux caricatures. Celle du 23 janvier comptait, en tête de la marche, le Premier ministre, des dirigeants de partis politiques, des personnalités religieuses et des membres de la société civile.

Les marches étaient certes très bruyantes, mais bien encadrées, elles, n’avaient pas donné lieu à des dérives. Des slogans anti-français et drapeaux français brûlés avaient été les seules marques de violence. Le président avait sans doute envoyé son Premier ministre pour légitimer sa présence à Paris. La condamnation des caricatures, lors des manifestations, aura surtout servi de prétexte à attaquer vivement la laïcité, la démocratie et les libertés fondamentales. On est même allé jusqu’à proposer une loi pour la protection du culte au Sénégal. N’est-ce pas une autre forme de loi contre la diffamation des religions ?

Le Niger, dont le président avait aussi participé à la marche de Paris, n’avait pas connu la même fortune face aux caricatures. Le pays avait vu éclater une série de manifestations d’une brutalité inouïe qui faisaient une dizaine de morts. En deux jours, une vingtaine d’églises étaient incendiées, leurs fidèles brutalisés, des bâtiments et des commerces saccagés. Ces violences faisaient des dizaines de blessés et de morts. On constatait les mêmes scènes de violence dans plusieurs pays musulmans au Moyen-Orient et en Asie.

Morts pour quoi par qui ?

Tous ces évènements nous ont interpellés et ont provoqué nos colères pour des raisons sans doute diverses selon notre contexte, nos convictions et nos appréhensions. Tous les défis que nous rencontrons comme réseau Women Living Under Muslim Laws (Wluml) nous ont été jetés en pleine figure, de la manière la plus violente qui soit. Ces évènements surviennent à la suite ou en même temps que d’autres évènements, tout aussi douloureux et insupportables : meurtres de masse commis par Boko Haram qui fait actuellement le siège de Maiduguri, une grande ville du Nord Nigeria ; exécutions de manifestants lors de manifestations partout ; arrestations, mises en procès, condamnations et exécutions sauvages, avec ou sans justice, de militants de droits humains de toutes les générations.

J’aurais pu, comme Africaine du Sud du Sahara, citer aussi les atrocités commises par les rébellions au nom de la religion devenue arme politique auxquelles les États répondent de manière tout aussi violentes. L’Armée de résistance du seigneur (Lord’s Resistance Army-LRA,) s’est posée comme mouvement chrétien. Depuis 1988, elle n’a cessé, au nom de Dieu ou de Jésus, de massacrer et d’enlever des masses d’adultes, de jeunes et d’enfants des deux sexes et d’en abuser comme soldats ou esclaves, en Ouganda, au Soudan, à l’Est du Congo et en Centrafrique.

Depuis décembre 2012, les rebelles de la Séléka « libellée » musulmane et les Anti-Balaka étiquetés chrétiens se disputent le pouvoir en Centrafrique avec une rare violence, occasionnant des milliers de morts. Que dire des djihadistes du Mali qui, en 2012, coupaient le pays en deux et appliquaient des lois musulmanes iniques dans le territoire qu’ils contrôlaient ? Il y eut tant de violences commises au nom de l’islam durant cette période que le gouvernement du Mali se voyait obligé de clamer haut et fort que la laïcité était un principe constitutionnel. L’État avait pourtant donné un coup de canif aux principes de la laïcité en transformant, en 2009, le nouveau Code de la famille « progressiste » en un code musulman ultra archaïque, proposée par les associations islamiques très conservatrices.

Dans tous ces cas, comment comprendre ces évènements, où situer les responsabilités, sans commettre d’amalgame ?

Il est extrêmement utile de pousser les analyses au-delà de nos sentiers battus. Il est devenu confortable d’accuser le colonialisme, le post-colonialisme, l’impérialisme, l’Occident et sa modernité qui ont leur part essentielle de responsabilités dans ce monde globalisé. Mais il est plus difficile d’aller au-delà de l’islamophobie. Elle existe, mais elle ne peut excuser les violations de droits et les crimes de toutes les extrême-droites fondamentalistes de nos pays et de nos régions. On ne doit pas passer sous silence ou ignorer les oppressions des idéologies politiques, religieuses et culturelles et leurs dérives.

La montée des fondamentalismes culturels et religieux est source de menaces devenues quotidiennes. On n’en est plus aux signes précurseurs, mais ils participent de nos réalités. Que de troubles et de persécutions au nom de la diffamation de la religion ! Nous en sommes tous des victimes potentielles. L’islamisme qui nous concerne a prouvé, dans ces manifestations, qu’il continuait à soutenir les crimes perpétrés au nom de l’Islam et quelles que soient les circonstances. Les milliers de victimes de Boko Haram, au Nord Nigeria, subissent le même sort que celles du Front islamique du salut de l’Algérie de la Décennie noire des années 1990.

Une petite fille de dix ans se fait exploser sur un marché de Maiduguri : elle a été exécutée, comme les lycéens et les étudiants égorgés dans leurs dortoirs. Des couples dits adultères ont été lapidés au Nord Mali. Des populations y ont été pourchassées, martyrisées, blessées et tuées. Les enfants de Peshawar ont été exécutés. Les caricaturistes de Charlie Hebdo ont été exécutés. Asia Bibi au Pakistan et Mohamed Cheikh Ould Mkheitir en Mauritanie devaient l’être bientôt pour crime d’apostasie.

L’intégrisme autorise des violences insoutenables car il leur donne des justifications. Il nous faut l’audace de les dénoncer.

Algérie, Afrique du Nord

Desertec : accaparement des sources d’énergie renouvelable ?

« Qu’il s’agisse d’énergie fossile ou renouvelable, les projets qui ne profitent pas aux personnes vivant là où cette énergie est produite, qui servent à soutenir des régimes répressifs et autoritaires ou qui n’enrichissent qu’une toute petite minorité d’élites et de multinationales voraces sont scandaleux, et il faut s’y opposer. » (Hamza Hamouchene)

Le grand projet d’approvisionner l’Europe en énergie produite par des centrales solaires au Sahara semble à l’arrêt, mais plusieurs autres projets solaires d’envergure sont en développement en Afrique du Nord, en dépit des préoccupations locales. Hamza Hamouchene se penche sur les raisons de l’échec du projet Desertec, et se demande si l’énergie solaire du désert peut réellement jouer un rôle dans un avenir démocratique et durable.

Si vous êtes présent sur les réseaux sociaux, il se peut que vous ayez vu passer cette image, qui montre une minuscule partie du Sahara avec la légende : « L’énergie solaire produite sur cette surface du Sahara fournirait assez d’énergie pour couvrir les besoins du monde entier. »

Cette affirmation est-elle vraiment exacte ? Elle se base sur des données issues d’une thèse de fin d’études rédigée en 2005 par Nadine May, de l’Université technique de Brunswick en Allemagne.

Selon Mme May, une surface de 3,49 millions de km2 serait potentiellement disponible pour accueillir des centrales solaires à concentration (CSP) dans des pays d’Afrique du Nord comme le Maroc, l’Algérie, la Tunisie, la Libye et l’Égypte. D’après elle, une surface de 254 kilomètres sur 254 kilomètres (le plus grand carré sur l’image) suffirait pour répondre à la demande mondiale d’électricité. La quantité d’électricité nécessaire aux 25 États membres de l’UE pourrait être produite sur une surface de 110 kilomètres sur 110 kilomètres (avec des collecteurs solaires capables de capturer 100% de l’énergie). Selon une estimation plus réaliste de l’initiative Land Art Generator, avec un taux de capture de 20%, il faudrait une surface environ huit fois plus grande que celle évoquée dans l’étude de May pour répondre aux besoins du monde en énergie. Malgré tout, cette carte illustre bien le potentiel de l’énergie solaire, et le fait qu’il suffirait de peu d’espace pour alimenter en électricité la planète toute entière.

Cette idée n’est pas neuve. En 1913, l’ingénieur américain Frank Shuman avait présenté les plans de la première centrale solaire thermique au monde à l’élite coloniale d’Égypte, dont Lord Kitchener, consul général britannique. La centrale aurait pompé l’eau du Nil vers les champs de coton voisins, une récolte alors extrêmement lucrative en Égypte. La Première Guerre Mondiale mit abruptement fin à ce rêve.

L’idée fut reprise dans les années 1980 par Gerhard Knies, un physicien allemand qui fut le premier à estimer la quantité d’énergie solaire nécessaire pour répondre aux besoins en électricité de l’humanité. En 1986, réagissant à l’accident nucléaire de Tchernobyl, il arriva à la remarquable conclusion suivante : en six heures seulement, les déserts du monde reçoivent plus d’énergie du soleil que la quantité consommée en un an par les êtres humains. Ces idées ont ouvert la voie au projet Desertec.

Qu’est-ce que le projet Desertec ?

Par souci de clarté, il convient de différencier la « Fondation Desertec » de l’« Initiative industrielle Desertec ». La fondation à but non lucratif Desertec a été créée en janvier 2009 par un groupe de scientifiques, de personnalités politiques et d’économistes des pays de la Méditerranée. Son objectif est d’approvisionner autant de personnes et d’entreprises que possible en énergie renouvelable produite dans les déserts du monde entier. Ils espèrent ainsi contribuer à la prospérité et la protection du climat.

Une carte de la distribution optimale des sources d’énergie renouvelable en 2050, basée sur des simulations effectuées par le Fraunhofer Institute for Systems and Innovation Research de Karlsruhe en Allemagne.

À l’automne 2009, un consortium « international » d’entreprises a formé l’Initiative industrielle Desertec (Dii). Des acteurs puissants tels qu’E.ON, Munich Re, Siemens et Deutsche Bank en sont tous devenus « actionnaires ». C’est le secteur privé (avec majoritairement des firmes allemandes) qui a lancé cette initiative pour faire du concept Desertec un projet commercial rentable, qui fournirait environ 20% de l’électricité de l’Europe en 2050 grâce à un vaste réseau de parcs solaires et éoliens s’étendant sur toute la région du Moyen Orient et de l’Afrique du Nord (MENA). Ces générateurs seraient connectés à l’Europe continentale par des lignes spéciales de transmission directe à haute tension. Le coût total de ce projet a alors été estimé à 400 milliards d’euros.

Pour comprendre les fondements idéologiques du projet Desertec, un peu d’histoire est nécessaire. Entre 1998 et 2006, une série d’accords d’association euro-méditerranéens ont été conclus entre l’Union européenne d’une part et d’autre part l’Algérie, l’Égypte, la Jordanie, Israël, le Liban, le Maroc, la Palestine et la Tunisie. Leur objectif affiché est de « libéraliser progressivement le commerce » dans la région et de créer un espace de libre-échange méditerranéen. À partir de 2008, le président français Nicolas Sarkozy s’est fait le héraut d’un projet aux visées similaires, l’Union pour la Méditerranée (UpM), afin de renforcer « l’interdépendance » entre l’UE et les pays du sud de la Méditerranée.

Cet objectif « d’interdépendance » n’est pas sans rappeler la célèbre évocation de « l’indépendance dans l’interdépendance » par l’ancien Premier Ministre français Edgar Faure en 1956, une stratégie poursuivie par les gouvernements français successifs pour perpétuer leur contrôle et leur domination sur les pays africains nouvellement « indépendants ». L’UpM s’incrivait dans les mêmes traces en cherchant à favoriser les intérêts de l’UE et à réduire ses besoins en énergie importée de Russie. La promotion d’un partenariat dans le domaine des énergies renouvelables était considérée comme une priorité pour atteindre ces objectifs.

Pour comprendre le projet Desertec, et en particulier son bras industriel Dii, il faut garder à l’esprit ce contexte d’accords commerciaux pro-marché, de joutes d’influence et de ruée vers les ressources énergétiques. Desertec devait jouer un rôle clé dans la diversification des ressources énergétiques afin de diminuer la dépendance de l’Union européenne envers la Russie et contribuer à ses objectifs de réduction de ses émissions de carbone. La région MENA constituait une cible naturelle, étant bien pourvue en ressources naturelles, depuis les sources fossiles jusqu’à l’énergie solaire et éolienne. Un mécanisme « colonial » familier semblait se mettre en place sous nos yeux : celui où le Sud continuerait à exporter sans limite ses ressources naturelles bon marché vers le Nord riche et industrialisé, perpétuant une division internationale du travail profondément injuste.

Quand on décode le vocabulaire utilisé dans les différents articles et publications décrivant le potentiel du Sahara pour approvisionner le monde entier en énergie, il y a de quoi s’inquiéter. Le Sahara est dépeint comme une vaste surface vide, faiblement peuplée, présentant une occasion en or d’approvisionner les Européens en électricité pour leur permettre de perpétuer leur mode de vie consumériste extravagant et de continuer à dilapider l’énergie. Les pouvoirs coloniaux ont utilisé la même rhétorique pour justifier leur « mission civilisatrice » et, en tant qu’Africain, je ne peux m’empêcher de considérer de tels méga-projets avec grande suspicion. En effet, leurs motivations « bien intentionnées » servent souvent à faire passer la pilule de l’exploitation brutale et du pillage pur et simple. Daniel Ayuk Mbi Egbe, du African Network for Solar Energy (Réseau africain pour l’énergie solaire) a exprimé des doutes similaires en 2011. « Beaucoup d’Africains se montrent sceptiques par rapport au projet Desertec, a-t-il déclaré. Les Européens font des promesses mais, en fin de compte, ils font venir leurs ingénieurs, ils apportent leur matériel et ils se lancent. Il s’agit d’une nouvelle forme d’exploitation des ressources, tout comme autrefois. » Mansour Cherni, un syndicaliste tunisien, a exprimé des préoccupations semblables lors du Forum social mondial 2013 de Tunis lorsqu’il a demandé : « Où l’énergie produite sera-t-elle utilisée ? D’où viendra l’eau qui servira au refroidissement des centrales solaires ? Et quels bénéfices les populations locales en retireront-elles ? »

Développement durable ou statu quo ?

En soi, l’idée du projet Desertec n’est pas fondamentalement mauvaise ou malhonnête. Au contraire, il est louable de chercher à produire une énergie propre et durable pour la planète afin de combattre le réchauffement climatique. Mais, comme pour n’importe quelle idée, il est important de savoir à qui elle profitera, comment elle sera mise en place, pour quel objectif et dans quel contexte elle est encouragée.

Le projet Desertec a été présenté comme une solution aux problèmes du changement climatique, aux conflits liés au gaz entre la Russie et l’Ukraine en 2006 et 2009, aux craintes d’un pic pétrolier et à la crise alimentaire mondiale de 2009. Néanmoins, si le projet Desertec était réellement destiné à résoudre ces crises, il devrait cibler leurs causes structurelles. Concept technologique et apolitique, il promet de surmonter ces problèmes sans changement fondamental, en maintenant le statu quo et les contradictions du système mondial qui ont causé ces crises en premier lieu. En outre, en présentant la région euro-méditerranéenne comme une communauté unifiée (nous sommes tous amis maintenant et nous devons combattre un ennemi commun !), il masque les véritables ennemis de la région MENA, à savoir l’hégémonie européenne et la domination occidentale.

Les grandes « solutions » techniques telles que Desertec tendent à présenter le changement climatique comme un problème partagé, sans contexte politique ou socio-économique. Cette perspective oblitère les responsabilités historiques de l’Occident industrialisé, les problèmes liés au modèle capitaliste d’utilisation de l’énergie, ainsi que les différences de vulnérabilité entre les pays du Nord et ceux du Sud. La région MENA est l’une des régions les plus durement touchées par le changement climatique, alors qu’elle produit moins de 5% des émissions mondiales de carbone. Les réserves d’eau de cette région sont particulièrement affectées. L’expansion de projets de production d’énergie solaire qui viendraient piller davantage ces réserves d’eau raréfiées serait une grande injustice. Le projet Desertec jouerait également un rôle de vitrine publicitaire pour les multinationales du secteur de l’énergie et les régimes autoritaires alimentés par les revenus du gaz et du pétrole. En soutenant des grands projets d’« énergie propre », ils pourraient se poser en protecteurs de l’environnement plutôt qu’en responsables du changement climatique.

Sur le site web de la Fondation (qui a eu l’idée de ce concept et lui a donné son nom), on peut lire : « Le projet Desertec n’a jamais visé à produire de l’électricité en Afrique pour l’Europe, mais veut approvisionner les entreprises des régions désertiques en énergie issue du soleil plutôt que du gaz et du pétrole. » Malgré cette affirmation, le consortium d’entreprises (principalement européennes) de Dii visait ouvertement à approvisionner l’Europe en énergie depuis l’Afrique. Pourtant, la chute des prix des panneaux solaires et turbines éoliennes dans l’Union a finalement conduit le consortium à admettre quel’Europe pouvait produire la plus grande partie de son énergie proprelocalement. Les tensions entre la Fondation et Dii ont culminé avec leurdivorce en juillet 2013, la Fondation ayant préféré se distancier de mauvaise gestion et du manque de direction du consortium industriel. Suite à ces développements, Dii s’est réduit à peau de chagrin, passant de 17 partenaires à seulement trois fin 2014 (l’entreprise allemande RWE, la saoudienne Acwa Power et la chinoise State Grid.)

Où en est le projet Desertec ?

Pour certains, ce déclin de Dii marquait la fin du projet Desertec. Pourtant, avec ou sans Dii, la vision portée par le projet reste d’actualité avec des projets en Tunisie, au Maroc et en Algérie. En dépit des idéaux déclarés d’approvisionner l’Afrique en électricité, la fondation Desertec soutient le projet Tunur en Tunisie, un partenariat commercial entre Nur Energy, un promoteur de projets solaires britannique et un groupe d’investisseurs tunisiens et maltais actifs dans le secteur du pétrole et du gaz. Tunur est explicitement présenté comme un grand projet d’exportation d’électricité solaire reliant le désert du Sahara à l’Europe, qui devrait commencer à fournir de l’électricité aux consommateurs européens en 2018. Alors que la Tunisie dépend de sa voisine l’Algérie pour l’énergie et qu’elle fait face à des coupures d’électricité de plus en plus fréquentes, il serait (pour le moins) outrageux d’exporter plutôt que de produire pour le marché local. Selon Med Dhia Hammami, un journaliste d’investigation tunisien spécialisé dans le secteur de l’énergie, le projet cherche à profiter de la nouvelle législation tunisienne permettant la libéralisation de la production et de la distribution d’énergie verte, brisant le monopole de la Société Tunisienne d’Électricité et de Gaz et ouvrant la voie à l’exportation directe d’électricité par des entreprises privées. Selon lui, il s’agit d’une « prostitution étatique » qui confirme que le gouvernement tunisien se soumet à des diktats commerciaux allant à l’encontre de l’intérêt national.

Entre-temps, le gouvernement marocain, assisté de certains membres du consortium Dii, a obtenu des financements de bailleurs internationaux pour développer la plus grande centrale solaire à concentration (CSP) du monde à Ouarzazate. Envisagé à l’origine comme un projet d’exportation, mais ayant échoué à obtenir le soutien financier du gouvernement espagnol pour un câble sous-marin, le projet est maintenant présenté comme un moyen pour le Maroc d’augmenter son approvisionnement en énergie renouvelable. Toutefois, le rôle des multinationales dans le projet suscite toujours des critiques. M Jawad, un militant d’ATTAC et du CADTM Maroc, s’inquiète du contrôle croissant exercé par les sociétés transnationales sur la production d’électricité dans son pays. Il considère que les projets comme celui de Ouarzazate sont une menace pour la souveraineté nationale dans le secteur de l’énergie propre, car des décisions cruciales affectant l’ensemble de la population sont prises par une poignée de technocrates, loin de tout processus ou consultation démocratique.

Une approche centrée sur les communautés locales

Il est absurde de présumer que la libéralisation économique et le « développement » conduisent nécessairement à la prospérité, à la stabilité et à la démocratie, comme si le néolibéralisme et l’agenda de (sous-) développement de l’Occident n’avaient rien à voir avec les soulèvements arabes. Tout projet visant à produire une énergie durable doit être enraciné dans les communautés locales, destiné à répondre et à subvenir à leurs besoins, et centré sur la justice environnementale et énergétique.

C’est d’autant plus important quand on pense au « Printemps arabe » et aux exigences soulevées lors de ces révolutions : pain, liberté, justice sociale et souveraineté nationale. Les projets impliquant de grandes multinationales tendent à adopter une approche technocratique ou « top-down », ce qui augmente les risques d’expropriations, d’accaparement des terres et de pollution locale. Sans implication des communautés, rien ne garantit que ces projets contribueront à soulager la pauvreté, à réduire le chômage ou à préserver un environnement sain.

Voilà où a péché l’initiative Desertec. Le projet impliquait très peu d’acteurs du Sud de la Méditerranée,et ces derniers étaient majoritairement des institutions publiques et des autorités gouvernementales, non les communautés locales qui auraient été affectées.

La Fondation Desertec a publié un ensemble de critères pour garantir que des projets de production d’énergie solaire à grande échelle dans les régions désertiques soient réalisés de façon socialement et environnementalement responsable. Néanmoins, en l’absence de contrôle démocratique, de transparence et de participation citoyenne dans le processus de prise de décision, ces critères resteront lettre morte.

Autre question cruciale : ces projets permettront-ils un transfert de connaissances, d’expertise et de designs de technologies renouvelables aux pays d’Afrique du Nord et du Moyen Orient ? Cela semble peu probable, étant donné la réticence habituelle des multinationales dans ce domaine, et les enjeux liés à la propriété intellectuelle de ces technologies. Par exemple, les tubes à gaz (capteurs solaires thermiques) destinés aux centrales CSP d’Afrique du Nord sont tous fabriqués en Allemagne, et les brevets des récepteurs de tubes en verre sont détenus par des sociétés allemandes. Sans un accès équitable à ces technologies, les pays du sud de la Méditerranée resteront dépendants de l’Occident et des multinationales pour tout futur développement durable.

L’énergie solaire, une nouvelle rente pour les régimes autoritaires ?

Pour en revenir aux révolutions arabes, Desertec s’est présenté comme une possible voiede sortie de crise en offrant de nouvelles opportunités à la région. Voilà qui est déconcertant, quand on pense que les parties prenantes du projet ont coopéré avec des élites corrompues et des régimes autoritaires, dont certains ont été renversés depuis et les autres continuent à opprimer leurs populations.

Au lieu de permettre un « développement » et une émancipation des gouvernements répressifs, les grandes centrales CSP, par nature centralisées, sont une source idéale de revenus pour des régimes corrompus et autoritaires (comme en Algérie, en Égypte et au Maroc) et pourraient donc contribuer à leur maintien au pouvoir. Pour illustrer ce risque, prenons l’exemple de l’Algérie.

Le pétrole et le gaz constituent une source de revenus pour le régime algérien depuis des décennies. Ces revenus sont utilisés pour acheter la paix sociale et conserver sa mainmise sur le pouvoir. Alors que la guerre civile (ou plus, précisément, la guerre « contre les civils ») faisait rage en Algérie, et que l’État et les islamistes fondamentalistes commettaient des exactions systématiques, BP a signé un contrat d’une valeur de 3 milliards de dollars en décembre 1995, lequel l’autorisait à exploiter les gisements de gaz du Sahara pour les 30 années à venir. Un mois plus tard, Total concluait un accord semblable d’une valeur d’un milliard et demi de dollars, et en novembre 1996 s’ouvrait un nouveau pipeline fournissant du gaz à l’UE, le pipeline Maghreb-Europe qui passe par l’Espagne et le Portugal. Ces contrats ont sans aucun doute conforté le régime à un moment où ce dernier commettait des violences systématiques dans tout le pays et qu’il se trouvait dans une période d’isolement international.

Enchaînées à l’Algérie par des investissements massifs, ces sociétés et l’Union européenne avaient tout intérêt à éviter la chute de ce régime répressif, et ils ont donc accepté la « guerre sale » du régime algérien au cours des années 1990. Un méga-projet de production d’énergie renouvelable tel que Desertec, qui lie les économies européennes à des gouvernements corrompus de la région MENA, causerait exactement le même genre de problèmes.

Qu’il s’agisse d’énergie fossile ou renouvelable, les projets qui ne profitent pas aux personnes vivant là où cette énergie est produite, qui servent à soutenir des régimes répressifs et autoritaires ou qui n’enrichissent qu’une toute petite minorité d’élites et de multinationales voraces sont scandaleux, et il faut s’y opposer.

Les partisans de projets d’exportation d’énergie propre apparemment inoffensifs comme Desertec doivent s’assurer qu’ils ne soutiennent pas une nouvelle vague d’« accaparement des sources d’énergie renouvelable ». Après le pétrole, le gaz (y compris les non-conventionnels), l’or, les diamants et le coton, l’énergie solaire servira-t-elle à son tour à maintenir la domination impérialiste de l’Occident sur le reste de la planète ?

Au lieu d’adopter de tels projets gargantuesques, nous devons plutôt soutenir des projets décentralisés à petite échelle qui seront gérés et contrôlés démocratiquement par les communautés locales et qui promeuvent l’autonomie énergétique. Si nous ne voulons pas reproduire la tragédie des énergies fossiles, nous devons proclamer : Laissez la lumière du soleil aux peuples du désert 

Accaparement des terres africaines

Les agriculteurs de l’État nigérian de Taraba sont expulsés de terres qu’ils cultivent depuis des générations pour laisser la place à la société américaine Dominion Farms pour la création d’une exploitation rizicole de 30 000 ha. Le projet est soutenu par le gouvernement nigérian et la Nouvelle Alliance du G8 pour la sécurité alimentaire et la nutrition en Afrique. Des agriculteurs de l’État de Taraba refusent  de céder leurs terres à un énorme projet de riziculture soutenu par le G8.

Deux ONG nigérianes, l’Environmental Rights Action (ERA)/Friends of the Earth Nigeria (FoEN) et le Center for Environmental Education and Development (CEED), ont visité la zone concernée pour rencontrer les communautés locales et les responsables publics compétents. Elles ont découvert que les terres qui sont cédées à Dominion Farms relèvent d’un système d’irrigation public dont des milliers de familles dépendent pour leurs besoins en nourriture et leurs moyens de subsistance. Les populations locales n’ont pas été consultées sur la transaction avec Dominion Farms et, bien que l’entreprise ait déjà commencé à occuper les terrains, elles n’ont actuellement aucune information sur d’éventuels projets d’indemnisation ou de réinstallation.

Les populations locales sont unies dans leur opposition au projet de Dominion Farms. Elles veulent reprendre possession de leurs terres afin de continuer à produire des denrées alimentaires pour leurs familles et la population du Nigeria.

L’accaparement mondial des terres s’invite dans l’État de Taraba

Au cours des trois dernières années, le ministère fédéral de l’Agriculture et du Développement rural et le ministère fédéral du gouvernement nigérian ont cherché à accroître les investissements directs étrangers dans l’agriculture, dans le cadre d’une stratégie visant à augmenter la production alimentaire nationale. Grâce à cette politique, de vastes étendues de terres agricoles ont été identifiées par le gouvernement pour des projets de grande ampleur entrepris par des sociétés étrangères. Il en résulte un risque accru d’accaparement des terres, un processus dans lequel les communautés locales sont évincées de leurs terres et perdent leurs moyens d’existence et la possibilité de produire leur alimentation.

L’un des projets en cours de développement se situe dans l’État de Taraba, sur une étendue de 38 000 hectares de terres qui ont été initialement acquises par un organisme d’État, l’UBRBDA (Upper Benue River Basin Development Authority) en 1978. En 2012, la société américaine Dominion Farms Limited a signé un protocole d’accord avec le gouvernement de l’État de Taraba et le gouvernement nigérian, pour une concession de 30 000 ha sur les terrains de l’UBRBDA pour la création d’une vaste exploitation rizicole. Le protocole d’accord a été signé sans que le public le sache, et les détails des dispositions ne sont toujours pas connus de la communauté locale de Gassol et des organisations qui ont suivi la transaction.

La Communauté de Gassol et les terrains de l’UBRBDA sont situés sur la berge nord-est de la Taraba, où, depuis longtemps, les populations locales utilisent les terres, en libre accès, pour leurs diverses activités agricoles quotidiennes et la production de leur alimentation. Un talus, qui a été construit par l’UBRBDA pour protéger les terres agricoles des crues de la rivière, longe les terrains sur 8 kilomètres. Ces terrains assurent d’importantes fonctions écologiques et hydrologiques et représentent une source essentielle de revenus pour les agriculteurs de Gassol et d’autres communautés locales. Les agriculteurs de Gassol occupent un ensemble de terres agricoles individuelles à l’intérieur de cette zone, qu’ils ont héritée de leurs ancêtres qui ont été les premiers à s’installer à cet endroit. La communauté compte une population d’environ 40 000 habitants.

En 2010, Dominion Farms a fait son apparition dans la communauté de Gassol en cherchant à se faire attribuer, pour la construction d’une grande exploitation rizicole, des terrains, des ressources en eau, des étangs de pêche et des pâturages utilisés jusqu’alors par la communauté. L’attribution de ces terrains à Dominion Farms va clairement porter atteinte à la capacité des communautés agricoles locales de produire leur alimentation et d’obtenir des revenus. Le projet va également affecter les éleveurs nomades de la zone en perturbant leurs itinéraires et les espaces qu’ils utilisent pour le pâturage du bétail. Il est fortement à craindre que ces communautés seront évincées de leurs terres et perdront leurs moyens de subsistance sans indemnisation suffisante ni réinstallation sur d’autres terres agricoles de qualité.

L’Environmental Rights Action (ERA)/Friends of the Earth Nigeria (FoEN) et le Center for Environmental Education and Development (CEED), ont décidé d’apporter leur soutien aux communautés concernées par le projet de Dominion Farms en mettant en place une mission d’information dans la région pour rencontrer ces communautés et les responsables publics compétents. La visite sur le terrain s’est déroulée du 8 au 13 juin 2014. L’un des objectifs de la recherche était de vérifier comment les agriculteurs locaux sont menacés par l’arrivée de l’entreprise et comment le gouvernement est impliqué dans le processus. Notre principal objectif, cependant, était de recueillir les opinions des agriculteurs de Gassol à propos du projet de Dominion Farms.

Les consultations avec les agriculteurs concernés de la communauté de Gassol ont révélé de graves irrégularités. Les agriculteurs interrogés ont indiqué que seuls les agents du gouvernement et les élites locales ont été consultés. Certains membres de ces dernières ont personnellement approuvé le projet dans leur communauté, malgré la large opposition clairement manifestée par les membres de la communauté. Il est apparu par la suite que les consultations n’ont pas abordé la question de savoir si les communautés locales acceptaient ou non le projet, et sous quelles conditions elles l’accepteraient. Certains agriculteurs concernés ont déclaré que des promesses avaient été faites concernant une indemnisation correcte pour leurs terres, la construction d’écoles, de routes, d’hôpitaux et d’un centre de formation agricole, ainsi que concernant l’embauche de personnel local quand Dominion Farms et les organismes gouvernementaux avaient visité initialement la région, mais qu’aucune de ces promesses n’avait été tenue.

Qu’est-ce que Dominion Farms ?

Dominion Farms Limited est une société enregistrée au Kenya, dont le siège est situé dans l’Oklahoma, aux États-Unis et qui est majoritairement détenue par l’homme d’affaires américano-canadien Calvin Burgess dans le cadre de son « Groupe des sociétés Dominion ». L’entreprise gère une exploitation rizicole controversée dans la zone du Marais de Yala, dans le Kenya occidental. Les agriculteurs locaux y affirment que ce projet a abouti à la perte de leurs terres et de leurs moyens d’existence, et à de graves impacts sociaux, sanitaires et environnementaux pour les communautés touchées. 

Il semblerait que la société intervienne au Nigeria par le biais d’une filiale, Dominion Rice & Integrated Farms Limited.

Les activités de Dominion au Nigeria et dans l’État de Taraba sont relativement récentes. En 2012, l’entreprise s’est engagée dans un processus de création d’un grand projet d’exploitation rizicole dans l’État de Taraba, dans le Nord du Nigeria. La société a signé un protocole d’accord avec le gouvernement fédéral du Nigeria, représenté par le ministère fédéral de l’Agriculture et du Développement rural (FMARD) et le gouvernement de l’État de Taraba.

Le projet de Dominion Farms dans le Taraba fait partie d’un accord-cadre de coopération de la Nouvelle Alliance du G8 pour la sécurité alimentaire et la nutrition en Afrique. Dominion Farms a signé une lettre d’intention entre le gouvernement du Nigeria et les pays bailleurs de fonds du G8 qui porte sur un investissement de 40 millions d’USD dans « la culture et la transformation du riz sur 30 000 ha de terres », une « ferme centrale propriété de Dominion », une rizerie et la formation de jeunes Nigérians sur le site kenyan de Dominion.  Malgré la rhétorique de la Nouvelle Alliance sur la défense de la sécurité alimentaire, sur le terrain, l’investissement de Dominion Farms a abouti à un accaparement des terres et a une réduction de la résilience des agriculteurs locaux et de leur capacité à produire l’alimentation pour leurs communautés et eux-mêmes. En fin de compte, ce projet met en lumière les problèmes posés par les pressions du G8 en faveur d’une agriculture dictée par les grandes entreprises.

La confiscation par une entreprise d’un système d’irrigation public

Historiquement, le Taraba figure parmi les États créés à partir de l’ancien État de Gongola dans la partie nord-est du Nigeria. L’État a été créé en 1991 et sa capitale est Jalingo. La population est estimée à 2 688 995 habitants et sa superficie totale à 54 473 km2, ce qui en fait le troisième État du Nigéria du point de vue de sa superficie. Il est bordé par l’État du Plateau et l’État du Bénoué à l’ouest et par le Cameroun à l’est.

La majorité de la population du Taraba travaille dans l’agriculture. Ils pratiquent des cultures de rapport comme le café, le thé, les arachides, le sésame, le coton, le maïs, le riz, le sorgho, le millet, le manioc et l’igname, et ils pêchent et élèvent un grand nombre de troupeaux de bovins, d’ovins et de caprins. L’État compte actuellement 16 zones de gouvernement local, l’une d’elles étant Gassol, où se trouve le projet de Dominion Farms.

La zone de gouvernement local de Gassol a une population totale d’environ 244 749 habitants pour une superficie de 5 548 km2. La rivière Taraba traverse la zone et se jette dans la Bénoué, dont le cours suit la frontière nord de la zone. Gassol est doté de terres agricoles fertiles pour la culture du riz, du maïs, du sorgho, du millet, de l’igname, du gombo et de plusieurs autres cultures vivrières locales.

Le site du projet de Dominion Farms est situé dans la communauté de Gassol, à l’intérieur de la zone de gouvernement local de Gassol. Les terres que l’entreprise a acquises sont des terres communautaires qui ont été cédées à l’UBRBDA (Upper Benue River Basin Development Authority), un organisme du gouvernement fédéral du Nigeria, en 1978.

Les 38 000 ha gérés par l’UBRBDA, qui bordent les rives de la Taraba, sont cultivés chaque année par environ 10 000 agriculteurs locaux. Les informations recueillies auprès du Bureau des terres et du cadastre (Bureau for Land and Survey) de l’État de Taraba indiquent que jusqu’à 45 000 personnes bénéficient de l’utilisation de ces terrains. Par ailleurs, il existe au moins 3 000 détenteurs de titres fonciers à l’intérieur de la zone de l’UBRBDA.

L’UBRBDA a construit d’importantes installations et réalisé des travaux d’irrigation pour faciliter l’utilisation de ces terres, notamment des logements pour le personnel de l’UBRBDA, une station de traitement des eaux, des routes d’accès, un talus de protection de 8 km pour la lutte contre les inondations, un entrepôt, une installation de stockage et une maison d’hôtes.

Des agriculteurs expulsés de leurs terres

Le protocole d’accord entre le ministère fédéral de l’Agriculture et du Développement rural, le gouvernement de l’État de Taraba et Dominion Farms Ltd a été signé sans consultations adéquates avec les communautés concernées. Les consultations qui ont eu lieu ont fait intervenir principalement des responsables publics. Les informations que les populations locales ont reçues à propos du projet étaient insuffisantes et ont été présentées de façon partiale en faveur du projet. On n’a jamais demandé aux agriculteurs locaux s’ils étaient d’accord avec le projet ou dans quelles conditions ils l’accepteraient, et ils ont donc été écartés d’une décision qui a un impact majeur sur leurs vies.

L’accord a aussi été signé sans évaluation de l’impact social et environnemental. Il ne comportait pas de plan de réinstallation pour les agriculteurs concernés.

Jusqu’à présent, les engagements pris pendant le processus d’attribution des terres à Dominion Farms pour améliorer les moyens de subsistance des agriculteurs locaux de Gassol ne se sont pas concrétisés. Il n’y a eu aucune construction de routes, d’hôpitaux, de centres de formation ou d’école, et l’entreprise n’a pas embauché d’habitants de la communauté locale.

Les familles, qui cultivent les terres acquises par Dominion Farms et y vivent depuis des générations, sont indignées et désabusées. Elles disent que ce projet va enfreindre leur droit à une alimentation et à des moyens de subsistance suffisants et enfreindre leur droit d’accès aux terres. Elles considèrent qu’il s’agit d’une éviction forcée sans consultation adéquate ni indemnisation.

Plusieurs agriculteurs ont déclaré que Dominion Farms exerçait sur eux des pressions indues pour qu’ils quittent les parcelles de terre qu’ils cultivaient. Dominion Farms n’a pas commencé de production importante sur les terres qui lui ont été accordées, mais l’entreprise a comblé des étangs et des canaux dont les populations locales sont dépendantes pour la pêche et ont mis en place des agents de sécurité dans la zone pour empêcher les agriculteurs d’accéder à leurs terres. Les populations ont été également obligées d’arrêter la pâture de leurs chèvres et de leurs vaches sur les terres occupées par Dominion Farms. Tout cela a un impact très important sur les moyens de subsistance des populations.

Les populations locales sont également inquiètes du fait que Dominion Farms ne fournit pas aux agriculteurs les services et l’appui technique que leur fournissait auparavant l’UBRBDA et ils craignent que les installations ne se dégradent si elles ne sont pas correctement entretenues. Elles ont protesté auprès des autorités mais, pour le moment, aucune mesure n’a été prise, que ce soit au niveau des autorités locales ou de celles de l’État ou de la Fédération.

Points de vue des responsables politiques :

Le 9 juin 2014, les chercheurs de l’ERA et du CEED ont rencontré M. Abdulahi, le responsable du bureau local de l’UBRBDA (Upper Benue River Basin branch Office) à Jalingo. Il a confirmé que l’UBRBDA était informée du projet avec Dominion Rice Integrated Farms Ltd. Il a fait un rappel historique de l’UBRBDA dans la communauté de Gassol et donné une présentation générale de l’appui technique et du renforcement des capacités que l’Autorité fournit aux agriculteurs. Selon lui, l’UBRBDA n’a pas constaté pour le moment que le projet de Dominion Farms avait apporté des bénéfices tangibles aux agriculteurs.

M. Abdulahi a expliqué que, à son avis, le protocole d’accord avec Dominion Farms était incorrect parce que le ministère des Ressources en eau, qui supervise l’UBRBDA, n’avait pas été associé. Il a précisé que les terrains concernés font partie des 38 000 ha de terres cédés à l’UBRBDA en 1978 et qu’il a fallu consacrer d’énormes sommes d’argent public pour aménager les terres et aider les agriculteurs locaux, par exemple à travers une assistance technique et la construction de routes, un bureau local, une station de traitement des eaux, un atelier, un entrepôt et une centrale électrique.

L’ERA et le CEED ont également rendu visite au ministère d’État de l’Agriculture et des Ressources naturelles. Comme l’Honorable Commissaire et le Secrétaire permanent n’étaient pas disponibles lors de nos deux tentatives de visite au ministère, l’ERA et le CEED ont rencontré à la place le Responsable technique chargé du projet Dominion Farms, Alhaji Musa Umar, qui est également Directeur principal au ministère.

M. Umar a expliqué que la mission du ministère était de créer un environnement favorable aux investissements agricoles dans l’État de Taraba, de façon à contribuer à la production alimentaire et à réduire autant que possible la proportion des produits alimentaires importés. Selon lui, « le projet de Dominion Farms correspond à ce que l’État cherche à faire depuis des années ».

M. Umar a continué d’affirmer que le projet aidera l’État de Taraba à réduire ses importations de riz et lui permettra d’exporter vers les pays voisins. Il a cité en exemple les activités de Dominion Farms au Kenya, où cette entreprise a été capable de produire du riz pour l’exportation en utilisant seulement 7 000 ha.

M. Umar a affirmé clairement que Dominion Farms a reçu un Certificat d’occupation et a démarré ses activités dans la communauté de Gassol. Il a expliqué que l’État peut potentiellement céder deux millions d’hectares mais n’en a cédé que 30 000.

M. Umar a également fait remarquer que toutes les dispositions nécessaires avaient été prises par l’État pour verser une indemnisation aux communautés qui accueillent le projet. Il a indiqué que le Bureau des terres et du cadastre a procédé à l’évaluation nécessaire et est arrivé à un plan cadastral, et a soumis un rapport à l’attention du gouvernement de l’État. Il a précisé que la somme figurant dans le rapport d’évaluation était énorme et que l’État avait donc décidé verser une indemnisation aux communautés en plusieurs versements.

M. Umar a ajouté que l’État prenait actuellement des dispositions pour construire de grandes routes dans Gassol, comme prévu dans le Protocole d’accord. Des dispositions ont aussi été prises pour permettre aux agriculteurs de travailler avec Dominion Farms de façon à pouvoir récolter suffisamment de céréales pour nourrir leurs familles.

La principale préoccupation du ministère, a-t-il indiqué, était que Domnion Farms soit en mesure de réaliser son travail de façon à développer la production de riz et de poisson pour faire de Taraba un État exportateur de riz. Il a affirmé que les agriculteurs locaux seraient associés au processus agricole au fur et à mesure de l’avancement du projet de Dominion Farms.

Points de vue des communautés et des agriculteurs locaux

Les 10 et 11 juin 2014, l’ERA et le CEED ont organisé deux grandes réunions dans la communauté de Gassol avec des agriculteurs locaux et des responsables d’organisations d’agriculteurs. Les populations de la communauté de Gassol étaient très heureuses de cette visite et voulaient transmettre des informations sur la situation difficile dans laquelle elles se trouvaient et sur les souffrances auxquelles elles étaient confrontées du fait de l’arrivée de Dominion Farms dans leur communauté.

On trouvera ci-dessous quelques citations d’agriculteurs locaux qui se sont exprimés pendant ces réunions.

« Nous avons été heureux de savoir que Dominion Farms allait venir, sans savoir que c’était pour l’intérêt égoïste de quelques membres du gouvernement de l’État et du gouvernement fédéral, et des étrangers qui assurent la direction de Dominion Farms. Notre terre est très riche et très fertile. Nous pratiquons ici toutes sortes de cultures, comme le riz, les haricots, le sorgho, le manioc, les fèves de soja, le millet, l’igname ainsi que la pisciculture et l’élevage des chèvres, des moutons et des vaches. Mais depuis que les gens de Dominion Farms sont arrivés avec leurs machines et une partie de leur matériel de travaux, on nous a demandé d’arrêter nos travaux agricoles et même de quitter nos terres puisque la totalité a été cédée au projet de Dominion Farms. Certains des agriculteurs possédaient des tracteurs privés qu’ils utilisaient pour leurs travaux agricoles, indépendamment des équipements d’Upper River Basic qui sont encore en place. »

– Mallam Danladi K Jallo

 « Au cours des deux dernières années, l’ancien Président Olusegun Obasanjo, le gouvernement de l’État de Taraba et Dominion Farms ont démarré la totalité du processus. Des relevés topographiques ont maintenant été réalisés sur les terres et la totalité du dispositif a été approuvée par le gouvernement de l’État de Taraba. Le gouvernement a accordé à Dominion Farms un Certificat d’occupation qui a automatiquement donné à Dominion Farms le droit de prendre le contrôle des terres et on nous a empêché de poursuivre nos activités agricoles sur les terres. »

– Alhaji Muhammed Bulama

« Nous parlons d’une seule voix contre Dominion Farms parce que nous nous opposons à leurs activités. Nous avons sur ces terres les étangs piscicoles que nous avons hérités de nos aïeux, mais Dominion Farms a annoncé qu’il allait tous les combler de sable pour avoir plus de place pour faire ses cultures. Quand nous avons commencé à travailler sur les terres, ils sont venus avec le personnel de sécurité à qui Dominion Farms avait donné pour mission d’expulser tous les agriculteurs qui travaillaient sur leurs terres. »

– Alhaji Mairiga Musa

« Nous avions tous l’intention d’écrire au gouvernement de l’État. Nous étions prêts à faire des manifestations pacifiques, à dialoguer et même à crier au monde entier juste pour entendre leurs voix, les voix de pauvres agriculteurs innocents. Mais même si aucune de ces stratégies ne fonctionne, nous pouvons tout de même nous mobiliser contre Dominion Farms, pour notre terre, la terre de nos ancêtres, avec nos familles, et rester là jusqu’à ce qu’ils nous répondent. Nous faisons campagne pour engager une action juridique contre Dominion Farms et le gouvernement. »

– Mallam Ismaila Gebi

« Nous ne cautionnons pas un système d’exploitation agricole étranger dont nous ne connaissons rien. Ils sont venus ici pour cultiver. La seule chose qu’on nous dit c’est que notre terre nous est retirée et sera donnée à quelqu’un d’autre. Nous n’avons été associés à aucun niveau. Au nom de notre avenir et de nos enfants, nous exigeons des autorités gouvernementales qu’elles demandent à Dominion Farms de ne pas toucher à nos terres. »

– Rebecca Sule (Mama Tina)

Conclusions

Le projet de Dominion Farms dans le Taraba est un exemple clair de la façon dont l’accaparement des terres vole aux populations leur accès à la terre et à l’eau et porte atteinte à leurs moyens de subsistance et à leur sécurité alimentaire.

Les agriculteurs de la Communauté de Gassol ont été placés dans une position très difficile. Ils sont actuellement expulsés de leurs terres et coupés de l’accès à l’eau dont ils ont besoins pour leur subsistance et nourrir leurs familles. Malgré les pressions provenant des différents niveaux du gouvernement et de l’entreprise, les agriculteurs avec lesquels l’ERA et le CEED ont discuté ont dit qu’ils ne céderaient pas leurs terres à Dominion Farms. Ils disent qu’ils vont recourir à des actions juridiques et à des actions de protestation et des manifestations pacifiques pour essayer de bloquer le projet.

Les besoins de la communauté doivent être privilégiés par rapports aux profits de Dominion Farms. Les terres doivent rester entre les mains des agriculteurs locaux qui exploitent ces terres depuis des générations pour fournir des produits alimentaires aux populations de l’État de Taraba.