Côte d’Ivoire

L’État français doit rendre des compte

Les éléments mettant en cause le plus haut niveau de l’État français dans l’opération qui provoqua la mort de neuf soldats français en 2004 s’accumulent. Les notes des conseillers de Jacques Chirac publiées ce mardi 24 février par le journal L’Humanité montrent aussi que pour l’Élysée, dès 2004, « la seule possibilité de renverser le président Gbagbo passe par les élections » . Ce n’est finalement qu’en avril 2011 que Laurent Gbagbo sera renversé et arrêté, justement à l’issue d’une parodie de processus électoral.

Depuis 2004, l’association Survie suit de près toute cette affaire. Notre dossier de synthèse :

Du bombardement de Bouaké au massacre de l’hôtel Ivoire : 10 ans de mensonges et d’impunité (novembre 2014

Les éléments qui tendent à démontrer qu’en novembre 2004, les ministres de l’Intérieur (Dominique de Villepin) et de la Défense (Michèle Alliot-Marie) avaient sciemment laissé s’échapper les pilotes biélorusses directement impliqués dans le bombardement du 6 novembre 2004 sur le camp militaire français de Bouaké sont bien connus. 

Avec l’enquête publiée dans L’Humanité de ce mardi 24 février, on découvre les premières intentions de l’Élysée dans les jours qui précèdent la crise franco-ivoirienne de 2004, à travers deux personnes : Michel de Bonnecorse, conseiller Afrique de Jacques Chirac, et le général Jean-Louis Georgelin, son chef d’état-major particulier. Les notes divulguées montrent que quatre jours avant le bombardement du camp militaire français, tous deux sont bien avertis de l’offensive imminente de l’armée ivoirienne sur Bouaké, fief de la rébellion de Guillaume Soro. Pour le général Georgelin, il est alors « impératif de tenter de dissuader le président Gbagbo », y compris en le menaçant d’une « riposte des forces impartiales » et d’une « intervention possible du Liberia et du Burkina Faso au plan militaire ». Malgré ses dénégations, l’Élysée était donc décidé à protéger la rébellion ivoirienne et parfaitement informé du soutien militaire que les présidents Blaise Compaoré – aujourd’hui réfugié en Côte d’Ivoire – et Charles Taylor – condamné à 50 de prison pour une autre guerre, menée en Sierra Leone – avaient apporté dès son début à cette rébellion.

Ces nouveaux éléments sont à rapprocher du témoignage clé de Jean-Jacques Fuentès, mercenaire instructeur au sein de l’armée ivoirienne : « Le 5 novembre au soir, un officier ivoirien a reçu un coup de fil de la cellule Afrique. A priori, c’était une désignation de cible, qu’il aurait fallu bombarder pour finir la guerre […] à quelques centaines de mètres du lycée Descartes [devenu camp militaire français], où se tenait prétendument une réunion des chefs rebelles ». Bien qu’incroyable a priori, cette intoxication par la cellule africaine de l’Élysée que dirigeait Michel de Bonnecorse est jusqu’ici la seule explication rationnelle du bombardement du camp militaire français par l’armée ivoirienne. Me Jean Balan, l’avocat des victimes françaises avait déjà précisé que de nombreux témoignages de militaires français montrent que le lieu ciblé servait de foyer aux militaires français, exceptionnellement fermé au moment de l’attaque. En janvier 2007, le journaliste indépendant Alain Chabod avait recueilli une longue confession filmée de Jean-Jacques Fuentès qui, bien qu’évoquée dans plusieurs articles de presse , n’a jamais été diffusée.0

En mai 2007, Fuentès était opportunément arrêté à Bordeaux, puis extradé vers Malte pour l’exportation illégale, en 2003, de deux avions militaires vers la Côte d’Ivoire. Une affaire d’où il sortit blanchi par la justice maltaise. C’est finalement en mars 2010 que la juge Florence Michon recueillit son témoignage, qui accrédite le rôle central de l’Élysée dans l’affaire du bombardement de Bouaké.

L’autre aspect des notes de l’Élysée concerne le positionnement politique de Paris sur la crise ivoirienne, qui oppose le président Gbagbo à la rébellion armée menée par Guillaume Soro, favorable à l’opposant Alassane Ouattara. Pour le général Georgelin, «  la seule possibilité de renverser le président Gbagbo passe par les élections  ». Michel de Bonnecorse précise qu’Alassane Ouattara « sait n’avoir aucune chance » et « souhaite un effondrement général qui pourrait lui être profitable ». La cohérence avec ce qu’il s’est finalement passé lors de la crise électorale de 2010/2011 est pour le moins troublante : des élections dans une Côte d’Ivoire toujours coupée en deux, en présence d’une rébellion jamais désarmée, de larges fraudes sur lesquelles la « communauté internationale » a fermé les yeux, le passage en force d’Alassane Ouattara soutenu par la France et les Nations Unies et celui de Laurent Gbagbo proclamé vainqueur par le Conseil constitutionnel, puis finalement le renversement de Laurent Gbagbo par l’armée française, alliée aux rebelles de Guillaume Soro.

L’association Survie demande à nouveau :

Au Président et au gouvernement français, la déclassification complète des documents liés aux événements de novembre 2004 en Côte d’Ivoire ;

Au Procureur du pôle crimes contre l’humanité et crimes de guerre du Tribunal de grande instance de Paris, de déclencher d’une enquête sur les crimes imputés à l’armée française sur des civils en Côte d’Ivoire durant le mois de novembre 2004.

Intégrismes

Le piège intégriste

Il est devenu confortable d’accuser le colonialisme, le post-colonialisme, l’impérialisme, l’Occident et sa modernité qui ont leur part essentielle de responsabilités dans ce monde globalisé. Mais il est plus difficile d’aller au-delà de l’islamophobie. Elle existe et elle ne peut excuser les violations de droits et les crimes de toutes les extrême-droites fondamentalistes de nos pays et de nos régions.

Les attentats des 7 et 9 janvier 2015 contre la rédaction de Charlie Hebdo et un supermarché juif et à Paris ont causé de profondes émotions et affecté toutes les sensibilités. Beaucoup d’Africains les ont vécus presqu’en direct, via les media. Le 11 janvier, le président du Sénégal, Macky Sall, participait à la marche de protestation à Paris contre les attentats, dans le cortège de chefs d’États africains et étrangers qui avaient fait le voyage. Pressé de questions à son retour à Dakar, il affirmait avoir témoigné sa solidarité contre le terrorisme.

Vivement critiqué par les leaders religieux et une bonne partie de l’opinion publique sénégalaise peu habitués aux caricatures, le président faisait interdire le numéro spécial de Charlie Hebdo perçu comme une insulte à l’islam. Des marches de protestation suivirent, les 16 et 23 janvier, à Dakar et d’autres villes de l’intérieur. Si certains pouvaient regretter que les attentats aient été commis au nom de l’islam, les foules n’étaient manifestement pas « pour Charlie » ; elles élevaient des pancartes très hostiles aux caricatures. Celle du 23 janvier comptait, en tête de la marche, le Premier ministre, des dirigeants de partis politiques, des personnalités religieuses et des membres de la société civile.

Les marches étaient certes très bruyantes, mais bien encadrées, elles, n’avaient pas donné lieu à des dérives. Des slogans anti-français et drapeaux français brûlés avaient été les seules marques de violence. Le président avait sans doute envoyé son Premier ministre pour légitimer sa présence à Paris. La condamnation des caricatures, lors des manifestations, aura surtout servi de prétexte à attaquer vivement la laïcité, la démocratie et les libertés fondamentales. On est même allé jusqu’à proposer une loi pour la protection du culte au Sénégal. N’est-ce pas une autre forme de loi contre la diffamation des religions ?

Le Niger, dont le président avait aussi participé à la marche de Paris, n’avait pas connu la même fortune face aux caricatures. Le pays avait vu éclater une série de manifestations d’une brutalité inouïe qui faisaient une dizaine de morts. En deux jours, une vingtaine d’églises étaient incendiées, leurs fidèles brutalisés, des bâtiments et des commerces saccagés. Ces violences faisaient des dizaines de blessés et de morts. On constatait les mêmes scènes de violence dans plusieurs pays musulmans au Moyen-Orient et en Asie.

Morts pour quoi par qui ?

Tous ces évènements nous ont interpellés et ont provoqué nos colères pour des raisons sans doute diverses selon notre contexte, nos convictions et nos appréhensions. Tous les défis que nous rencontrons comme réseau Women Living Under Muslim Laws (Wluml) nous ont été jetés en pleine figure, de la manière la plus violente qui soit. Ces évènements surviennent à la suite ou en même temps que d’autres évènements, tout aussi douloureux et insupportables : meurtres de masse commis par Boko Haram qui fait actuellement le siège de Maiduguri, une grande ville du Nord Nigeria ; exécutions de manifestants lors de manifestations partout ; arrestations, mises en procès, condamnations et exécutions sauvages, avec ou sans justice, de militants de droits humains de toutes les générations.

J’aurais pu, comme Africaine du Sud du Sahara, citer aussi les atrocités commises par les rébellions au nom de la religion devenue arme politique auxquelles les États répondent de manière tout aussi violentes. L’Armée de résistance du seigneur (Lord’s Resistance Army-LRA,) s’est posée comme mouvement chrétien. Depuis 1988, elle n’a cessé, au nom de Dieu ou de Jésus, de massacrer et d’enlever des masses d’adultes, de jeunes et d’enfants des deux sexes et d’en abuser comme soldats ou esclaves, en Ouganda, au Soudan, à l’Est du Congo et en Centrafrique.

Depuis décembre 2012, les rebelles de la Séléka « libellée » musulmane et les Anti-Balaka étiquetés chrétiens se disputent le pouvoir en Centrafrique avec une rare violence, occasionnant des milliers de morts. Que dire des djihadistes du Mali qui, en 2012, coupaient le pays en deux et appliquaient des lois musulmanes iniques dans le territoire qu’ils contrôlaient ? Il y eut tant de violences commises au nom de l’islam durant cette période que le gouvernement du Mali se voyait obligé de clamer haut et fort que la laïcité était un principe constitutionnel. L’État avait pourtant donné un coup de canif aux principes de la laïcité en transformant, en 2009, le nouveau Code de la famille « progressiste » en un code musulman ultra archaïque, proposée par les associations islamiques très conservatrices.

Dans tous ces cas, comment comprendre ces évènements, où situer les responsabilités, sans commettre d’amalgame ?

Il est extrêmement utile de pousser les analyses au-delà de nos sentiers battus. Il est devenu confortable d’accuser le colonialisme, le post-colonialisme, l’impérialisme, l’Occident et sa modernité qui ont leur part essentielle de responsabilités dans ce monde globalisé. Mais il est plus difficile d’aller au-delà de l’islamophobie. Elle existe, mais elle ne peut excuser les violations de droits et les crimes de toutes les extrême-droites fondamentalistes de nos pays et de nos régions. On ne doit pas passer sous silence ou ignorer les oppressions des idéologies politiques, religieuses et culturelles et leurs dérives.

La montée des fondamentalismes culturels et religieux est source de menaces devenues quotidiennes. On n’en est plus aux signes précurseurs, mais ils participent de nos réalités. Que de troubles et de persécutions au nom de la diffamation de la religion ! Nous en sommes tous des victimes potentielles. L’islamisme qui nous concerne a prouvé, dans ces manifestations, qu’il continuait à soutenir les crimes perpétrés au nom de l’Islam et quelles que soient les circonstances. Les milliers de victimes de Boko Haram, au Nord Nigeria, subissent le même sort que celles du Front islamique du salut de l’Algérie de la Décennie noire des années 1990.

Une petite fille de dix ans se fait exploser sur un marché de Maiduguri : elle a été exécutée, comme les lycéens et les étudiants égorgés dans leurs dortoirs. Des couples dits adultères ont été lapidés au Nord Mali. Des populations y ont été pourchassées, martyrisées, blessées et tuées. Les enfants de Peshawar ont été exécutés. Les caricaturistes de Charlie Hebdo ont été exécutés. Asia Bibi au Pakistan et Mohamed Cheikh Ould Mkheitir en Mauritanie devaient l’être bientôt pour crime d’apostasie.

L’intégrisme autorise des violences insoutenables car il leur donne des justifications. Il nous faut l’audace de les dénoncer.

Algérie, Afrique du Nord

Desertec : accaparement des sources d’énergie renouvelable ?

« Qu’il s’agisse d’énergie fossile ou renouvelable, les projets qui ne profitent pas aux personnes vivant là où cette énergie est produite, qui servent à soutenir des régimes répressifs et autoritaires ou qui n’enrichissent qu’une toute petite minorité d’élites et de multinationales voraces sont scandaleux, et il faut s’y opposer. » (Hamza Hamouchene)

Le grand projet d’approvisionner l’Europe en énergie produite par des centrales solaires au Sahara semble à l’arrêt, mais plusieurs autres projets solaires d’envergure sont en développement en Afrique du Nord, en dépit des préoccupations locales. Hamza Hamouchene se penche sur les raisons de l’échec du projet Desertec, et se demande si l’énergie solaire du désert peut réellement jouer un rôle dans un avenir démocratique et durable.

Si vous êtes présent sur les réseaux sociaux, il se peut que vous ayez vu passer cette image, qui montre une minuscule partie du Sahara avec la légende : « L’énergie solaire produite sur cette surface du Sahara fournirait assez d’énergie pour couvrir les besoins du monde entier. »

Cette affirmation est-elle vraiment exacte ? Elle se base sur des données issues d’une thèse de fin d’études rédigée en 2005 par Nadine May, de l’Université technique de Brunswick en Allemagne.

Selon Mme May, une surface de 3,49 millions de km2 serait potentiellement disponible pour accueillir des centrales solaires à concentration (CSP) dans des pays d’Afrique du Nord comme le Maroc, l’Algérie, la Tunisie, la Libye et l’Égypte. D’après elle, une surface de 254 kilomètres sur 254 kilomètres (le plus grand carré sur l’image) suffirait pour répondre à la demande mondiale d’électricité. La quantité d’électricité nécessaire aux 25 États membres de l’UE pourrait être produite sur une surface de 110 kilomètres sur 110 kilomètres (avec des collecteurs solaires capables de capturer 100% de l’énergie). Selon une estimation plus réaliste de l’initiative Land Art Generator, avec un taux de capture de 20%, il faudrait une surface environ huit fois plus grande que celle évoquée dans l’étude de May pour répondre aux besoins du monde en énergie. Malgré tout, cette carte illustre bien le potentiel de l’énergie solaire, et le fait qu’il suffirait de peu d’espace pour alimenter en électricité la planète toute entière.

Cette idée n’est pas neuve. En 1913, l’ingénieur américain Frank Shuman avait présenté les plans de la première centrale solaire thermique au monde à l’élite coloniale d’Égypte, dont Lord Kitchener, consul général britannique. La centrale aurait pompé l’eau du Nil vers les champs de coton voisins, une récolte alors extrêmement lucrative en Égypte. La Première Guerre Mondiale mit abruptement fin à ce rêve.

L’idée fut reprise dans les années 1980 par Gerhard Knies, un physicien allemand qui fut le premier à estimer la quantité d’énergie solaire nécessaire pour répondre aux besoins en électricité de l’humanité. En 1986, réagissant à l’accident nucléaire de Tchernobyl, il arriva à la remarquable conclusion suivante : en six heures seulement, les déserts du monde reçoivent plus d’énergie du soleil que la quantité consommée en un an par les êtres humains. Ces idées ont ouvert la voie au projet Desertec.

Qu’est-ce que le projet Desertec ?

Par souci de clarté, il convient de différencier la « Fondation Desertec » de l’« Initiative industrielle Desertec ». La fondation à but non lucratif Desertec a été créée en janvier 2009 par un groupe de scientifiques, de personnalités politiques et d’économistes des pays de la Méditerranée. Son objectif est d’approvisionner autant de personnes et d’entreprises que possible en énergie renouvelable produite dans les déserts du monde entier. Ils espèrent ainsi contribuer à la prospérité et la protection du climat.

Une carte de la distribution optimale des sources d’énergie renouvelable en 2050, basée sur des simulations effectuées par le Fraunhofer Institute for Systems and Innovation Research de Karlsruhe en Allemagne.

À l’automne 2009, un consortium « international » d’entreprises a formé l’Initiative industrielle Desertec (Dii). Des acteurs puissants tels qu’E.ON, Munich Re, Siemens et Deutsche Bank en sont tous devenus « actionnaires ». C’est le secteur privé (avec majoritairement des firmes allemandes) qui a lancé cette initiative pour faire du concept Desertec un projet commercial rentable, qui fournirait environ 20% de l’électricité de l’Europe en 2050 grâce à un vaste réseau de parcs solaires et éoliens s’étendant sur toute la région du Moyen Orient et de l’Afrique du Nord (MENA). Ces générateurs seraient connectés à l’Europe continentale par des lignes spéciales de transmission directe à haute tension. Le coût total de ce projet a alors été estimé à 400 milliards d’euros.

Pour comprendre les fondements idéologiques du projet Desertec, un peu d’histoire est nécessaire. Entre 1998 et 2006, une série d’accords d’association euro-méditerranéens ont été conclus entre l’Union européenne d’une part et d’autre part l’Algérie, l’Égypte, la Jordanie, Israël, le Liban, le Maroc, la Palestine et la Tunisie. Leur objectif affiché est de « libéraliser progressivement le commerce » dans la région et de créer un espace de libre-échange méditerranéen. À partir de 2008, le président français Nicolas Sarkozy s’est fait le héraut d’un projet aux visées similaires, l’Union pour la Méditerranée (UpM), afin de renforcer « l’interdépendance » entre l’UE et les pays du sud de la Méditerranée.

Cet objectif « d’interdépendance » n’est pas sans rappeler la célèbre évocation de « l’indépendance dans l’interdépendance » par l’ancien Premier Ministre français Edgar Faure en 1956, une stratégie poursuivie par les gouvernements français successifs pour perpétuer leur contrôle et leur domination sur les pays africains nouvellement « indépendants ». L’UpM s’incrivait dans les mêmes traces en cherchant à favoriser les intérêts de l’UE et à réduire ses besoins en énergie importée de Russie. La promotion d’un partenariat dans le domaine des énergies renouvelables était considérée comme une priorité pour atteindre ces objectifs.

Pour comprendre le projet Desertec, et en particulier son bras industriel Dii, il faut garder à l’esprit ce contexte d’accords commerciaux pro-marché, de joutes d’influence et de ruée vers les ressources énergétiques. Desertec devait jouer un rôle clé dans la diversification des ressources énergétiques afin de diminuer la dépendance de l’Union européenne envers la Russie et contribuer à ses objectifs de réduction de ses émissions de carbone. La région MENA constituait une cible naturelle, étant bien pourvue en ressources naturelles, depuis les sources fossiles jusqu’à l’énergie solaire et éolienne. Un mécanisme « colonial » familier semblait se mettre en place sous nos yeux : celui où le Sud continuerait à exporter sans limite ses ressources naturelles bon marché vers le Nord riche et industrialisé, perpétuant une division internationale du travail profondément injuste.

Quand on décode le vocabulaire utilisé dans les différents articles et publications décrivant le potentiel du Sahara pour approvisionner le monde entier en énergie, il y a de quoi s’inquiéter. Le Sahara est dépeint comme une vaste surface vide, faiblement peuplée, présentant une occasion en or d’approvisionner les Européens en électricité pour leur permettre de perpétuer leur mode de vie consumériste extravagant et de continuer à dilapider l’énergie. Les pouvoirs coloniaux ont utilisé la même rhétorique pour justifier leur « mission civilisatrice » et, en tant qu’Africain, je ne peux m’empêcher de considérer de tels méga-projets avec grande suspicion. En effet, leurs motivations « bien intentionnées » servent souvent à faire passer la pilule de l’exploitation brutale et du pillage pur et simple. Daniel Ayuk Mbi Egbe, du African Network for Solar Energy (Réseau africain pour l’énergie solaire) a exprimé des doutes similaires en 2011. « Beaucoup d’Africains se montrent sceptiques par rapport au projet Desertec, a-t-il déclaré. Les Européens font des promesses mais, en fin de compte, ils font venir leurs ingénieurs, ils apportent leur matériel et ils se lancent. Il s’agit d’une nouvelle forme d’exploitation des ressources, tout comme autrefois. » Mansour Cherni, un syndicaliste tunisien, a exprimé des préoccupations semblables lors du Forum social mondial 2013 de Tunis lorsqu’il a demandé : « Où l’énergie produite sera-t-elle utilisée ? D’où viendra l’eau qui servira au refroidissement des centrales solaires ? Et quels bénéfices les populations locales en retireront-elles ? »

Développement durable ou statu quo ?

En soi, l’idée du projet Desertec n’est pas fondamentalement mauvaise ou malhonnête. Au contraire, il est louable de chercher à produire une énergie propre et durable pour la planète afin de combattre le réchauffement climatique. Mais, comme pour n’importe quelle idée, il est important de savoir à qui elle profitera, comment elle sera mise en place, pour quel objectif et dans quel contexte elle est encouragée.

Le projet Desertec a été présenté comme une solution aux problèmes du changement climatique, aux conflits liés au gaz entre la Russie et l’Ukraine en 2006 et 2009, aux craintes d’un pic pétrolier et à la crise alimentaire mondiale de 2009. Néanmoins, si le projet Desertec était réellement destiné à résoudre ces crises, il devrait cibler leurs causes structurelles. Concept technologique et apolitique, il promet de surmonter ces problèmes sans changement fondamental, en maintenant le statu quo et les contradictions du système mondial qui ont causé ces crises en premier lieu. En outre, en présentant la région euro-méditerranéenne comme une communauté unifiée (nous sommes tous amis maintenant et nous devons combattre un ennemi commun !), il masque les véritables ennemis de la région MENA, à savoir l’hégémonie européenne et la domination occidentale.

Les grandes « solutions » techniques telles que Desertec tendent à présenter le changement climatique comme un problème partagé, sans contexte politique ou socio-économique. Cette perspective oblitère les responsabilités historiques de l’Occident industrialisé, les problèmes liés au modèle capitaliste d’utilisation de l’énergie, ainsi que les différences de vulnérabilité entre les pays du Nord et ceux du Sud. La région MENA est l’une des régions les plus durement touchées par le changement climatique, alors qu’elle produit moins de 5% des émissions mondiales de carbone. Les réserves d’eau de cette région sont particulièrement affectées. L’expansion de projets de production d’énergie solaire qui viendraient piller davantage ces réserves d’eau raréfiées serait une grande injustice. Le projet Desertec jouerait également un rôle de vitrine publicitaire pour les multinationales du secteur de l’énergie et les régimes autoritaires alimentés par les revenus du gaz et du pétrole. En soutenant des grands projets d’« énergie propre », ils pourraient se poser en protecteurs de l’environnement plutôt qu’en responsables du changement climatique.

Sur le site web de la Fondation (qui a eu l’idée de ce concept et lui a donné son nom), on peut lire : « Le projet Desertec n’a jamais visé à produire de l’électricité en Afrique pour l’Europe, mais veut approvisionner les entreprises des régions désertiques en énergie issue du soleil plutôt que du gaz et du pétrole. » Malgré cette affirmation, le consortium d’entreprises (principalement européennes) de Dii visait ouvertement à approvisionner l’Europe en énergie depuis l’Afrique. Pourtant, la chute des prix des panneaux solaires et turbines éoliennes dans l’Union a finalement conduit le consortium à admettre quel’Europe pouvait produire la plus grande partie de son énergie proprelocalement. Les tensions entre la Fondation et Dii ont culminé avec leurdivorce en juillet 2013, la Fondation ayant préféré se distancier de mauvaise gestion et du manque de direction du consortium industriel. Suite à ces développements, Dii s’est réduit à peau de chagrin, passant de 17 partenaires à seulement trois fin 2014 (l’entreprise allemande RWE, la saoudienne Acwa Power et la chinoise State Grid.)

Où en est le projet Desertec ?

Pour certains, ce déclin de Dii marquait la fin du projet Desertec. Pourtant, avec ou sans Dii, la vision portée par le projet reste d’actualité avec des projets en Tunisie, au Maroc et en Algérie. En dépit des idéaux déclarés d’approvisionner l’Afrique en électricité, la fondation Desertec soutient le projet Tunur en Tunisie, un partenariat commercial entre Nur Energy, un promoteur de projets solaires britannique et un groupe d’investisseurs tunisiens et maltais actifs dans le secteur du pétrole et du gaz. Tunur est explicitement présenté comme un grand projet d’exportation d’électricité solaire reliant le désert du Sahara à l’Europe, qui devrait commencer à fournir de l’électricité aux consommateurs européens en 2018. Alors que la Tunisie dépend de sa voisine l’Algérie pour l’énergie et qu’elle fait face à des coupures d’électricité de plus en plus fréquentes, il serait (pour le moins) outrageux d’exporter plutôt que de produire pour le marché local. Selon Med Dhia Hammami, un journaliste d’investigation tunisien spécialisé dans le secteur de l’énergie, le projet cherche à profiter de la nouvelle législation tunisienne permettant la libéralisation de la production et de la distribution d’énergie verte, brisant le monopole de la Société Tunisienne d’Électricité et de Gaz et ouvrant la voie à l’exportation directe d’électricité par des entreprises privées. Selon lui, il s’agit d’une « prostitution étatique » qui confirme que le gouvernement tunisien se soumet à des diktats commerciaux allant à l’encontre de l’intérêt national.

Entre-temps, le gouvernement marocain, assisté de certains membres du consortium Dii, a obtenu des financements de bailleurs internationaux pour développer la plus grande centrale solaire à concentration (CSP) du monde à Ouarzazate. Envisagé à l’origine comme un projet d’exportation, mais ayant échoué à obtenir le soutien financier du gouvernement espagnol pour un câble sous-marin, le projet est maintenant présenté comme un moyen pour le Maroc d’augmenter son approvisionnement en énergie renouvelable. Toutefois, le rôle des multinationales dans le projet suscite toujours des critiques. M Jawad, un militant d’ATTAC et du CADTM Maroc, s’inquiète du contrôle croissant exercé par les sociétés transnationales sur la production d’électricité dans son pays. Il considère que les projets comme celui de Ouarzazate sont une menace pour la souveraineté nationale dans le secteur de l’énergie propre, car des décisions cruciales affectant l’ensemble de la population sont prises par une poignée de technocrates, loin de tout processus ou consultation démocratique.

Une approche centrée sur les communautés locales

Il est absurde de présumer que la libéralisation économique et le « développement » conduisent nécessairement à la prospérité, à la stabilité et à la démocratie, comme si le néolibéralisme et l’agenda de (sous-) développement de l’Occident n’avaient rien à voir avec les soulèvements arabes. Tout projet visant à produire une énergie durable doit être enraciné dans les communautés locales, destiné à répondre et à subvenir à leurs besoins, et centré sur la justice environnementale et énergétique.

C’est d’autant plus important quand on pense au « Printemps arabe » et aux exigences soulevées lors de ces révolutions : pain, liberté, justice sociale et souveraineté nationale. Les projets impliquant de grandes multinationales tendent à adopter une approche technocratique ou « top-down », ce qui augmente les risques d’expropriations, d’accaparement des terres et de pollution locale. Sans implication des communautés, rien ne garantit que ces projets contribueront à soulager la pauvreté, à réduire le chômage ou à préserver un environnement sain.

Voilà où a péché l’initiative Desertec. Le projet impliquait très peu d’acteurs du Sud de la Méditerranée,et ces derniers étaient majoritairement des institutions publiques et des autorités gouvernementales, non les communautés locales qui auraient été affectées.

La Fondation Desertec a publié un ensemble de critères pour garantir que des projets de production d’énergie solaire à grande échelle dans les régions désertiques soient réalisés de façon socialement et environnementalement responsable. Néanmoins, en l’absence de contrôle démocratique, de transparence et de participation citoyenne dans le processus de prise de décision, ces critères resteront lettre morte.

Autre question cruciale : ces projets permettront-ils un transfert de connaissances, d’expertise et de designs de technologies renouvelables aux pays d’Afrique du Nord et du Moyen Orient ? Cela semble peu probable, étant donné la réticence habituelle des multinationales dans ce domaine, et les enjeux liés à la propriété intellectuelle de ces technologies. Par exemple, les tubes à gaz (capteurs solaires thermiques) destinés aux centrales CSP d’Afrique du Nord sont tous fabriqués en Allemagne, et les brevets des récepteurs de tubes en verre sont détenus par des sociétés allemandes. Sans un accès équitable à ces technologies, les pays du sud de la Méditerranée resteront dépendants de l’Occident et des multinationales pour tout futur développement durable.

L’énergie solaire, une nouvelle rente pour les régimes autoritaires ?

Pour en revenir aux révolutions arabes, Desertec s’est présenté comme une possible voiede sortie de crise en offrant de nouvelles opportunités à la région. Voilà qui est déconcertant, quand on pense que les parties prenantes du projet ont coopéré avec des élites corrompues et des régimes autoritaires, dont certains ont été renversés depuis et les autres continuent à opprimer leurs populations.

Au lieu de permettre un « développement » et une émancipation des gouvernements répressifs, les grandes centrales CSP, par nature centralisées, sont une source idéale de revenus pour des régimes corrompus et autoritaires (comme en Algérie, en Égypte et au Maroc) et pourraient donc contribuer à leur maintien au pouvoir. Pour illustrer ce risque, prenons l’exemple de l’Algérie.

Le pétrole et le gaz constituent une source de revenus pour le régime algérien depuis des décennies. Ces revenus sont utilisés pour acheter la paix sociale et conserver sa mainmise sur le pouvoir. Alors que la guerre civile (ou plus, précisément, la guerre « contre les civils ») faisait rage en Algérie, et que l’État et les islamistes fondamentalistes commettaient des exactions systématiques, BP a signé un contrat d’une valeur de 3 milliards de dollars en décembre 1995, lequel l’autorisait à exploiter les gisements de gaz du Sahara pour les 30 années à venir. Un mois plus tard, Total concluait un accord semblable d’une valeur d’un milliard et demi de dollars, et en novembre 1996 s’ouvrait un nouveau pipeline fournissant du gaz à l’UE, le pipeline Maghreb-Europe qui passe par l’Espagne et le Portugal. Ces contrats ont sans aucun doute conforté le régime à un moment où ce dernier commettait des violences systématiques dans tout le pays et qu’il se trouvait dans une période d’isolement international.

Enchaînées à l’Algérie par des investissements massifs, ces sociétés et l’Union européenne avaient tout intérêt à éviter la chute de ce régime répressif, et ils ont donc accepté la « guerre sale » du régime algérien au cours des années 1990. Un méga-projet de production d’énergie renouvelable tel que Desertec, qui lie les économies européennes à des gouvernements corrompus de la région MENA, causerait exactement le même genre de problèmes.

Qu’il s’agisse d’énergie fossile ou renouvelable, les projets qui ne profitent pas aux personnes vivant là où cette énergie est produite, qui servent à soutenir des régimes répressifs et autoritaires ou qui n’enrichissent qu’une toute petite minorité d’élites et de multinationales voraces sont scandaleux, et il faut s’y opposer.

Les partisans de projets d’exportation d’énergie propre apparemment inoffensifs comme Desertec doivent s’assurer qu’ils ne soutiennent pas une nouvelle vague d’« accaparement des sources d’énergie renouvelable ». Après le pétrole, le gaz (y compris les non-conventionnels), l’or, les diamants et le coton, l’énergie solaire servira-t-elle à son tour à maintenir la domination impérialiste de l’Occident sur le reste de la planète ?

Au lieu d’adopter de tels projets gargantuesques, nous devons plutôt soutenir des projets décentralisés à petite échelle qui seront gérés et contrôlés démocratiquement par les communautés locales et qui promeuvent l’autonomie énergétique. Si nous ne voulons pas reproduire la tragédie des énergies fossiles, nous devons proclamer : Laissez la lumière du soleil aux peuples du désert 

Accaparement des terres africaines

Les agriculteurs de l’État nigérian de Taraba sont expulsés de terres qu’ils cultivent depuis des générations pour laisser la place à la société américaine Dominion Farms pour la création d’une exploitation rizicole de 30 000 ha. Le projet est soutenu par le gouvernement nigérian et la Nouvelle Alliance du G8 pour la sécurité alimentaire et la nutrition en Afrique. Des agriculteurs de l’État de Taraba refusent  de céder leurs terres à un énorme projet de riziculture soutenu par le G8.

Deux ONG nigérianes, l’Environmental Rights Action (ERA)/Friends of the Earth Nigeria (FoEN) et le Center for Environmental Education and Development (CEED), ont visité la zone concernée pour rencontrer les communautés locales et les responsables publics compétents. Elles ont découvert que les terres qui sont cédées à Dominion Farms relèvent d’un système d’irrigation public dont des milliers de familles dépendent pour leurs besoins en nourriture et leurs moyens de subsistance. Les populations locales n’ont pas été consultées sur la transaction avec Dominion Farms et, bien que l’entreprise ait déjà commencé à occuper les terrains, elles n’ont actuellement aucune information sur d’éventuels projets d’indemnisation ou de réinstallation.

Les populations locales sont unies dans leur opposition au projet de Dominion Farms. Elles veulent reprendre possession de leurs terres afin de continuer à produire des denrées alimentaires pour leurs familles et la population du Nigeria.

L’accaparement mondial des terres s’invite dans l’État de Taraba

Au cours des trois dernières années, le ministère fédéral de l’Agriculture et du Développement rural et le ministère fédéral du gouvernement nigérian ont cherché à accroître les investissements directs étrangers dans l’agriculture, dans le cadre d’une stratégie visant à augmenter la production alimentaire nationale. Grâce à cette politique, de vastes étendues de terres agricoles ont été identifiées par le gouvernement pour des projets de grande ampleur entrepris par des sociétés étrangères. Il en résulte un risque accru d’accaparement des terres, un processus dans lequel les communautés locales sont évincées de leurs terres et perdent leurs moyens d’existence et la possibilité de produire leur alimentation.

L’un des projets en cours de développement se situe dans l’État de Taraba, sur une étendue de 38 000 hectares de terres qui ont été initialement acquises par un organisme d’État, l’UBRBDA (Upper Benue River Basin Development Authority) en 1978. En 2012, la société américaine Dominion Farms Limited a signé un protocole d’accord avec le gouvernement de l’État de Taraba et le gouvernement nigérian, pour une concession de 30 000 ha sur les terrains de l’UBRBDA pour la création d’une vaste exploitation rizicole. Le protocole d’accord a été signé sans que le public le sache, et les détails des dispositions ne sont toujours pas connus de la communauté locale de Gassol et des organisations qui ont suivi la transaction.

La Communauté de Gassol et les terrains de l’UBRBDA sont situés sur la berge nord-est de la Taraba, où, depuis longtemps, les populations locales utilisent les terres, en libre accès, pour leurs diverses activités agricoles quotidiennes et la production de leur alimentation. Un talus, qui a été construit par l’UBRBDA pour protéger les terres agricoles des crues de la rivière, longe les terrains sur 8 kilomètres. Ces terrains assurent d’importantes fonctions écologiques et hydrologiques et représentent une source essentielle de revenus pour les agriculteurs de Gassol et d’autres communautés locales. Les agriculteurs de Gassol occupent un ensemble de terres agricoles individuelles à l’intérieur de cette zone, qu’ils ont héritée de leurs ancêtres qui ont été les premiers à s’installer à cet endroit. La communauté compte une population d’environ 40 000 habitants.

En 2010, Dominion Farms a fait son apparition dans la communauté de Gassol en cherchant à se faire attribuer, pour la construction d’une grande exploitation rizicole, des terrains, des ressources en eau, des étangs de pêche et des pâturages utilisés jusqu’alors par la communauté. L’attribution de ces terrains à Dominion Farms va clairement porter atteinte à la capacité des communautés agricoles locales de produire leur alimentation et d’obtenir des revenus. Le projet va également affecter les éleveurs nomades de la zone en perturbant leurs itinéraires et les espaces qu’ils utilisent pour le pâturage du bétail. Il est fortement à craindre que ces communautés seront évincées de leurs terres et perdront leurs moyens de subsistance sans indemnisation suffisante ni réinstallation sur d’autres terres agricoles de qualité.

L’Environmental Rights Action (ERA)/Friends of the Earth Nigeria (FoEN) et le Center for Environmental Education and Development (CEED), ont décidé d’apporter leur soutien aux communautés concernées par le projet de Dominion Farms en mettant en place une mission d’information dans la région pour rencontrer ces communautés et les responsables publics compétents. La visite sur le terrain s’est déroulée du 8 au 13 juin 2014. L’un des objectifs de la recherche était de vérifier comment les agriculteurs locaux sont menacés par l’arrivée de l’entreprise et comment le gouvernement est impliqué dans le processus. Notre principal objectif, cependant, était de recueillir les opinions des agriculteurs de Gassol à propos du projet de Dominion Farms.

Les consultations avec les agriculteurs concernés de la communauté de Gassol ont révélé de graves irrégularités. Les agriculteurs interrogés ont indiqué que seuls les agents du gouvernement et les élites locales ont été consultés. Certains membres de ces dernières ont personnellement approuvé le projet dans leur communauté, malgré la large opposition clairement manifestée par les membres de la communauté. Il est apparu par la suite que les consultations n’ont pas abordé la question de savoir si les communautés locales acceptaient ou non le projet, et sous quelles conditions elles l’accepteraient. Certains agriculteurs concernés ont déclaré que des promesses avaient été faites concernant une indemnisation correcte pour leurs terres, la construction d’écoles, de routes, d’hôpitaux et d’un centre de formation agricole, ainsi que concernant l’embauche de personnel local quand Dominion Farms et les organismes gouvernementaux avaient visité initialement la région, mais qu’aucune de ces promesses n’avait été tenue.

Qu’est-ce que Dominion Farms ?

Dominion Farms Limited est une société enregistrée au Kenya, dont le siège est situé dans l’Oklahoma, aux États-Unis et qui est majoritairement détenue par l’homme d’affaires américano-canadien Calvin Burgess dans le cadre de son « Groupe des sociétés Dominion ». L’entreprise gère une exploitation rizicole controversée dans la zone du Marais de Yala, dans le Kenya occidental. Les agriculteurs locaux y affirment que ce projet a abouti à la perte de leurs terres et de leurs moyens d’existence, et à de graves impacts sociaux, sanitaires et environnementaux pour les communautés touchées. 

Il semblerait que la société intervienne au Nigeria par le biais d’une filiale, Dominion Rice & Integrated Farms Limited.

Les activités de Dominion au Nigeria et dans l’État de Taraba sont relativement récentes. En 2012, l’entreprise s’est engagée dans un processus de création d’un grand projet d’exploitation rizicole dans l’État de Taraba, dans le Nord du Nigeria. La société a signé un protocole d’accord avec le gouvernement fédéral du Nigeria, représenté par le ministère fédéral de l’Agriculture et du Développement rural (FMARD) et le gouvernement de l’État de Taraba.

Le projet de Dominion Farms dans le Taraba fait partie d’un accord-cadre de coopération de la Nouvelle Alliance du G8 pour la sécurité alimentaire et la nutrition en Afrique. Dominion Farms a signé une lettre d’intention entre le gouvernement du Nigeria et les pays bailleurs de fonds du G8 qui porte sur un investissement de 40 millions d’USD dans « la culture et la transformation du riz sur 30 000 ha de terres », une « ferme centrale propriété de Dominion », une rizerie et la formation de jeunes Nigérians sur le site kenyan de Dominion.  Malgré la rhétorique de la Nouvelle Alliance sur la défense de la sécurité alimentaire, sur le terrain, l’investissement de Dominion Farms a abouti à un accaparement des terres et a une réduction de la résilience des agriculteurs locaux et de leur capacité à produire l’alimentation pour leurs communautés et eux-mêmes. En fin de compte, ce projet met en lumière les problèmes posés par les pressions du G8 en faveur d’une agriculture dictée par les grandes entreprises.

La confiscation par une entreprise d’un système d’irrigation public

Historiquement, le Taraba figure parmi les États créés à partir de l’ancien État de Gongola dans la partie nord-est du Nigeria. L’État a été créé en 1991 et sa capitale est Jalingo. La population est estimée à 2 688 995 habitants et sa superficie totale à 54 473 km2, ce qui en fait le troisième État du Nigéria du point de vue de sa superficie. Il est bordé par l’État du Plateau et l’État du Bénoué à l’ouest et par le Cameroun à l’est.

La majorité de la population du Taraba travaille dans l’agriculture. Ils pratiquent des cultures de rapport comme le café, le thé, les arachides, le sésame, le coton, le maïs, le riz, le sorgho, le millet, le manioc et l’igname, et ils pêchent et élèvent un grand nombre de troupeaux de bovins, d’ovins et de caprins. L’État compte actuellement 16 zones de gouvernement local, l’une d’elles étant Gassol, où se trouve le projet de Dominion Farms.

La zone de gouvernement local de Gassol a une population totale d’environ 244 749 habitants pour une superficie de 5 548 km2. La rivière Taraba traverse la zone et se jette dans la Bénoué, dont le cours suit la frontière nord de la zone. Gassol est doté de terres agricoles fertiles pour la culture du riz, du maïs, du sorgho, du millet, de l’igname, du gombo et de plusieurs autres cultures vivrières locales.

Le site du projet de Dominion Farms est situé dans la communauté de Gassol, à l’intérieur de la zone de gouvernement local de Gassol. Les terres que l’entreprise a acquises sont des terres communautaires qui ont été cédées à l’UBRBDA (Upper Benue River Basin Development Authority), un organisme du gouvernement fédéral du Nigeria, en 1978.

Les 38 000 ha gérés par l’UBRBDA, qui bordent les rives de la Taraba, sont cultivés chaque année par environ 10 000 agriculteurs locaux. Les informations recueillies auprès du Bureau des terres et du cadastre (Bureau for Land and Survey) de l’État de Taraba indiquent que jusqu’à 45 000 personnes bénéficient de l’utilisation de ces terrains. Par ailleurs, il existe au moins 3 000 détenteurs de titres fonciers à l’intérieur de la zone de l’UBRBDA.

L’UBRBDA a construit d’importantes installations et réalisé des travaux d’irrigation pour faciliter l’utilisation de ces terres, notamment des logements pour le personnel de l’UBRBDA, une station de traitement des eaux, des routes d’accès, un talus de protection de 8 km pour la lutte contre les inondations, un entrepôt, une installation de stockage et une maison d’hôtes.

Des agriculteurs expulsés de leurs terres

Le protocole d’accord entre le ministère fédéral de l’Agriculture et du Développement rural, le gouvernement de l’État de Taraba et Dominion Farms Ltd a été signé sans consultations adéquates avec les communautés concernées. Les consultations qui ont eu lieu ont fait intervenir principalement des responsables publics. Les informations que les populations locales ont reçues à propos du projet étaient insuffisantes et ont été présentées de façon partiale en faveur du projet. On n’a jamais demandé aux agriculteurs locaux s’ils étaient d’accord avec le projet ou dans quelles conditions ils l’accepteraient, et ils ont donc été écartés d’une décision qui a un impact majeur sur leurs vies.

L’accord a aussi été signé sans évaluation de l’impact social et environnemental. Il ne comportait pas de plan de réinstallation pour les agriculteurs concernés.

Jusqu’à présent, les engagements pris pendant le processus d’attribution des terres à Dominion Farms pour améliorer les moyens de subsistance des agriculteurs locaux de Gassol ne se sont pas concrétisés. Il n’y a eu aucune construction de routes, d’hôpitaux, de centres de formation ou d’école, et l’entreprise n’a pas embauché d’habitants de la communauté locale.

Les familles, qui cultivent les terres acquises par Dominion Farms et y vivent depuis des générations, sont indignées et désabusées. Elles disent que ce projet va enfreindre leur droit à une alimentation et à des moyens de subsistance suffisants et enfreindre leur droit d’accès aux terres. Elles considèrent qu’il s’agit d’une éviction forcée sans consultation adéquate ni indemnisation.

Plusieurs agriculteurs ont déclaré que Dominion Farms exerçait sur eux des pressions indues pour qu’ils quittent les parcelles de terre qu’ils cultivaient. Dominion Farms n’a pas commencé de production importante sur les terres qui lui ont été accordées, mais l’entreprise a comblé des étangs et des canaux dont les populations locales sont dépendantes pour la pêche et ont mis en place des agents de sécurité dans la zone pour empêcher les agriculteurs d’accéder à leurs terres. Les populations ont été également obligées d’arrêter la pâture de leurs chèvres et de leurs vaches sur les terres occupées par Dominion Farms. Tout cela a un impact très important sur les moyens de subsistance des populations.

Les populations locales sont également inquiètes du fait que Dominion Farms ne fournit pas aux agriculteurs les services et l’appui technique que leur fournissait auparavant l’UBRBDA et ils craignent que les installations ne se dégradent si elles ne sont pas correctement entretenues. Elles ont protesté auprès des autorités mais, pour le moment, aucune mesure n’a été prise, que ce soit au niveau des autorités locales ou de celles de l’État ou de la Fédération.

Points de vue des responsables politiques :

Le 9 juin 2014, les chercheurs de l’ERA et du CEED ont rencontré M. Abdulahi, le responsable du bureau local de l’UBRBDA (Upper Benue River Basin branch Office) à Jalingo. Il a confirmé que l’UBRBDA était informée du projet avec Dominion Rice Integrated Farms Ltd. Il a fait un rappel historique de l’UBRBDA dans la communauté de Gassol et donné une présentation générale de l’appui technique et du renforcement des capacités que l’Autorité fournit aux agriculteurs. Selon lui, l’UBRBDA n’a pas constaté pour le moment que le projet de Dominion Farms avait apporté des bénéfices tangibles aux agriculteurs.

M. Abdulahi a expliqué que, à son avis, le protocole d’accord avec Dominion Farms était incorrect parce que le ministère des Ressources en eau, qui supervise l’UBRBDA, n’avait pas été associé. Il a précisé que les terrains concernés font partie des 38 000 ha de terres cédés à l’UBRBDA en 1978 et qu’il a fallu consacrer d’énormes sommes d’argent public pour aménager les terres et aider les agriculteurs locaux, par exemple à travers une assistance technique et la construction de routes, un bureau local, une station de traitement des eaux, un atelier, un entrepôt et une centrale électrique.

L’ERA et le CEED ont également rendu visite au ministère d’État de l’Agriculture et des Ressources naturelles. Comme l’Honorable Commissaire et le Secrétaire permanent n’étaient pas disponibles lors de nos deux tentatives de visite au ministère, l’ERA et le CEED ont rencontré à la place le Responsable technique chargé du projet Dominion Farms, Alhaji Musa Umar, qui est également Directeur principal au ministère.

M. Umar a expliqué que la mission du ministère était de créer un environnement favorable aux investissements agricoles dans l’État de Taraba, de façon à contribuer à la production alimentaire et à réduire autant que possible la proportion des produits alimentaires importés. Selon lui, « le projet de Dominion Farms correspond à ce que l’État cherche à faire depuis des années ».

M. Umar a continué d’affirmer que le projet aidera l’État de Taraba à réduire ses importations de riz et lui permettra d’exporter vers les pays voisins. Il a cité en exemple les activités de Dominion Farms au Kenya, où cette entreprise a été capable de produire du riz pour l’exportation en utilisant seulement 7 000 ha.

M. Umar a affirmé clairement que Dominion Farms a reçu un Certificat d’occupation et a démarré ses activités dans la communauté de Gassol. Il a expliqué que l’État peut potentiellement céder deux millions d’hectares mais n’en a cédé que 30 000.

M. Umar a également fait remarquer que toutes les dispositions nécessaires avaient été prises par l’État pour verser une indemnisation aux communautés qui accueillent le projet. Il a indiqué que le Bureau des terres et du cadastre a procédé à l’évaluation nécessaire et est arrivé à un plan cadastral, et a soumis un rapport à l’attention du gouvernement de l’État. Il a précisé que la somme figurant dans le rapport d’évaluation était énorme et que l’État avait donc décidé verser une indemnisation aux communautés en plusieurs versements.

M. Umar a ajouté que l’État prenait actuellement des dispositions pour construire de grandes routes dans Gassol, comme prévu dans le Protocole d’accord. Des dispositions ont aussi été prises pour permettre aux agriculteurs de travailler avec Dominion Farms de façon à pouvoir récolter suffisamment de céréales pour nourrir leurs familles.

La principale préoccupation du ministère, a-t-il indiqué, était que Domnion Farms soit en mesure de réaliser son travail de façon à développer la production de riz et de poisson pour faire de Taraba un État exportateur de riz. Il a affirmé que les agriculteurs locaux seraient associés au processus agricole au fur et à mesure de l’avancement du projet de Dominion Farms.

Points de vue des communautés et des agriculteurs locaux

Les 10 et 11 juin 2014, l’ERA et le CEED ont organisé deux grandes réunions dans la communauté de Gassol avec des agriculteurs locaux et des responsables d’organisations d’agriculteurs. Les populations de la communauté de Gassol étaient très heureuses de cette visite et voulaient transmettre des informations sur la situation difficile dans laquelle elles se trouvaient et sur les souffrances auxquelles elles étaient confrontées du fait de l’arrivée de Dominion Farms dans leur communauté.

On trouvera ci-dessous quelques citations d’agriculteurs locaux qui se sont exprimés pendant ces réunions.

« Nous avons été heureux de savoir que Dominion Farms allait venir, sans savoir que c’était pour l’intérêt égoïste de quelques membres du gouvernement de l’État et du gouvernement fédéral, et des étrangers qui assurent la direction de Dominion Farms. Notre terre est très riche et très fertile. Nous pratiquons ici toutes sortes de cultures, comme le riz, les haricots, le sorgho, le manioc, les fèves de soja, le millet, l’igname ainsi que la pisciculture et l’élevage des chèvres, des moutons et des vaches. Mais depuis que les gens de Dominion Farms sont arrivés avec leurs machines et une partie de leur matériel de travaux, on nous a demandé d’arrêter nos travaux agricoles et même de quitter nos terres puisque la totalité a été cédée au projet de Dominion Farms. Certains des agriculteurs possédaient des tracteurs privés qu’ils utilisaient pour leurs travaux agricoles, indépendamment des équipements d’Upper River Basic qui sont encore en place. »

– Mallam Danladi K Jallo

 « Au cours des deux dernières années, l’ancien Président Olusegun Obasanjo, le gouvernement de l’État de Taraba et Dominion Farms ont démarré la totalité du processus. Des relevés topographiques ont maintenant été réalisés sur les terres et la totalité du dispositif a été approuvée par le gouvernement de l’État de Taraba. Le gouvernement a accordé à Dominion Farms un Certificat d’occupation qui a automatiquement donné à Dominion Farms le droit de prendre le contrôle des terres et on nous a empêché de poursuivre nos activités agricoles sur les terres. »

– Alhaji Muhammed Bulama

« Nous parlons d’une seule voix contre Dominion Farms parce que nous nous opposons à leurs activités. Nous avons sur ces terres les étangs piscicoles que nous avons hérités de nos aïeux, mais Dominion Farms a annoncé qu’il allait tous les combler de sable pour avoir plus de place pour faire ses cultures. Quand nous avons commencé à travailler sur les terres, ils sont venus avec le personnel de sécurité à qui Dominion Farms avait donné pour mission d’expulser tous les agriculteurs qui travaillaient sur leurs terres. »

– Alhaji Mairiga Musa

« Nous avions tous l’intention d’écrire au gouvernement de l’État. Nous étions prêts à faire des manifestations pacifiques, à dialoguer et même à crier au monde entier juste pour entendre leurs voix, les voix de pauvres agriculteurs innocents. Mais même si aucune de ces stratégies ne fonctionne, nous pouvons tout de même nous mobiliser contre Dominion Farms, pour notre terre, la terre de nos ancêtres, avec nos familles, et rester là jusqu’à ce qu’ils nous répondent. Nous faisons campagne pour engager une action juridique contre Dominion Farms et le gouvernement. »

– Mallam Ismaila Gebi

« Nous ne cautionnons pas un système d’exploitation agricole étranger dont nous ne connaissons rien. Ils sont venus ici pour cultiver. La seule chose qu’on nous dit c’est que notre terre nous est retirée et sera donnée à quelqu’un d’autre. Nous n’avons été associés à aucun niveau. Au nom de notre avenir et de nos enfants, nous exigeons des autorités gouvernementales qu’elles demandent à Dominion Farms de ne pas toucher à nos terres. »

– Rebecca Sule (Mama Tina)

Conclusions

Le projet de Dominion Farms dans le Taraba est un exemple clair de la façon dont l’accaparement des terres vole aux populations leur accès à la terre et à l’eau et porte atteinte à leurs moyens de subsistance et à leur sécurité alimentaire.

Les agriculteurs de la Communauté de Gassol ont été placés dans une position très difficile. Ils sont actuellement expulsés de leurs terres et coupés de l’accès à l’eau dont ils ont besoins pour leur subsistance et nourrir leurs familles. Malgré les pressions provenant des différents niveaux du gouvernement et de l’entreprise, les agriculteurs avec lesquels l’ERA et le CEED ont discuté ont dit qu’ils ne céderaient pas leurs terres à Dominion Farms. Ils disent qu’ils vont recourir à des actions juridiques et à des actions de protestation et des manifestations pacifiques pour essayer de bloquer le projet.

Les besoins de la communauté doivent être privilégiés par rapports aux profits de Dominion Farms. Les terres doivent rester entre les mains des agriculteurs locaux qui exploitent ces terres depuis des générations pour fournir des produits alimentaires aux populations de l’État de Taraba.

Franc CFA contre Afrique

NB: Plusieurs articles ont déjà été consacrés au Franc CFZA dans le Magazine « l’Autre Afrique » à Cotonou comme sur le site www.lautreafrique.info (La rédaction de l’Autre Afrique)

Formée à la veille de la deuxième guerre mondiale, la zone franc comprenait toutes les possessions françaises dans le monde. Son but était d’assurer le contrôle de la France sur ses colonies et de les exploiter à son profit exclusif. Après la vague d’indépendances des années 1950 et 1960, la plupart des anciennes colonies quittèrent la Zone Franc pour créer leurs propres monnaies. Seuls quelques pays africains sont restés membres de cette Zone, plus de 50 ans après leur indépendance formelle. Ces pays continuent d’être sous tutelle de la France, car la Zone Franc était et demeure un instrument au service de l’économie française.

La dévaluation humiliante de janvier 1994 avait démontré que le sort du Franc Cfa se décidait à Paris, non à Dakar et Yaoundé, sièges des deux Banques centrales des pays africains membres de la Zone Franc. Après l’avènement de l’Euro, le sort du franc Cfa se décide à la fois à Paris et à Frankfurt, le siège de la Banque centrale européenne (Bce). Tout cela prouve que le Cfa n’est pas une monnaie africaine mais une monnaie étrangère en circulation dans les pays dits « indépendants ».

C’est pourquoi le franc Cfa ne reflète pas les fondamentaux économiques de ces pays. Il n’a servi ni leur développement ni leur intégration, comme devrait l’être une monnaie souveraine. Sur les 15 pays membres, 11 sont classés « pays les moins avancés » (Pma), donc parmi les plus « pauvres » du monde, selon les Nations-Unies. Tous les pays africains membres de la Zone sont au bas de l’échelle de l’indice de développement humain du Pnud.

Cela montre que les prétendus « avantages », liés au Franc Cfa et à l’appartenance à la Zone Franc, sont pure illusion. Au contraire, le franc Cfa et les liens institutionnels entre la France constituent des obstacles au progrès économique et social des pays africains.

Il est donc temps de mettre fin à cette impasse et d’explorer d’autres voies. Le monde est en proie à de grands bouleversements qui remettent en cause les paradigmes classiques et poussent tous les pays à repenser le concept et les politiques de développement. C’est dans ce contexte que notre Réseau exhorte les pays africains à sortir de la Zone Franc et à enterrer le franc Cfa.

Arguments pour la monnaie souveraine

La souveraineté monétaire est des principaux symboles de l’indépendance d’un pays. En effet, l’histoire enseigne que la monnaie est symbole de souveraineté, tout comme l’hymne national et le drapeau d’un pays. La souveraineté monétaire est l’affirmation de la volonté d’un pays de prendre en main sa propre destinée, son développement économique et social. C’est pourquoi la décision de créer une Banque centrale et de battre monnaie est parmi les premiers actes symbolisant l’indépendance et la souveraineté d’un pays.

Excepté le cas de la Zone Franc et du franc Cfa, on n’a jamais vu un pays devenu indépendant confier la gestion de sa monnaie à l’ancienne puissance coloniale. La question de la monnaie est même un problème de sécurité nationale. Cela explique pourquoi les pays mettent en place des dispositifs pour faire échec aux contrefacteurs, qui peuvent saper la valeur d’une monnaie et ruiner ainsi l’économie d’un pays.

La monnaie souveraine est un des instruments-clés au service du développement d’un pays. En effet, la souveraineté sur sa monnaie permet à un pays d’adopter des politiques monétaires destinées à servir les objectifs fondamentaux de transformation économique et sociale. Or, une monnaie comme le franc Cfa ne permet pas aux pays africains de le faire. Leur politique monétaire est dictée plus par le credo monétariste de la Banque centrale européenne (Bce) et des objectifs de politique économique de la France plutôt que par leurs priorités de développement.

Sur le plan sous régional, une monnaie souveraine serait également un puissant instrument pour accélérer l’intégration économique et l’élaboration de politiques d’industrialisation viables. L’utilisation d’une monnaie sur laquelle les pays exercent leur contrôle permet à ces derniers de mettre en place des politiques communes de manière plus effective sans avoir à se soucier de relations institutionnelles avec une puissance étrangère.

En outre, la question de la monnaie souveraine devient un impératif à la lumière des transformations majeures dans les années à venir au niveau sous régional et continental. Au sein de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao), l’entrée en vigueur du tarif extérieur commun (Tec) en janvier 2015 va poser d’énormes problèmes de compétitivité dans la sous-région pour les pays membres de la Zone Franc. Au niveau continental, les projets de la Commission de l’Union africaine de créer une Banque centrale africaine et un Fonds monétaire africain au cours de la prochaine décennie interpellent tous les pays africains à repenser leur politique de développement dans la perspective du processus d’intégration continentale.

Pour toutes ces raisons, les pays africains de la Zone Franc doivent impérativement mettre fin au franc Cfa et s’engager résolument dans le processus de création d’une monnaie unique au sein de la Cedeao. C’est la seule alternative qui soit conforme à leur intérêt supérieur et compatible avec les transformations en cours à l’échelle continentale et mondiale.

Le Réseau africain pour la souveraineté monétaire (Rasm) est un réseau à vocation panafricaine visant à mobiliser l’opinion dans les pays africains membres de la Zone Franc et au-delà pour mettre fin à l’existence du franc CFA et de tous les accords monétaires avec la France.

Les nouveaux « Tirailleurs » de l’impérialisme en Afrique

Parce que nous avons toujours mis en garde, tant dans notre magazine papier « l’Autre Afrique », que sur notre site « lautreafrique.info », contre le contenu idéologique néo colonialiste véhiculé par bon nombre d’ONG agissant sur le continent africain, nous reproduisant ci-après, l’article de Fodé Roland Diagne, contribution indispensable à la description d’un phénomène en expansion. (Pour lautreafrique.info François Charles)

L’opinion démocratique, patriotique, panafricaine et anti-impérialiste sénégalaise a appris avec étonnement l’opération de mercenariat de Y en a marre du Sénégal et du Balai citoyen du Burkina Faso en République Démocratique du Congo (RDC).

Les autorités du pays de Lumumba, Mulélé et Kabila ont expulsé les jeunes missionnaires ouest-africains en annonçant avoir saisi du « matériel, de l’argent et des armes destinés à destabiliser la RDC » et « arrêté pour les juger leurs co-religionnaires congolais ».

Les jeunes « tirailleurs » sénégalais et burkinabés prétendent agir pour la « démocratisation » de l’Afrique et « lutter » ainsi contre les « dictateurs » qui s’accrochent au pouvoir en traficotant les « institutions, les constitutions » pour « voler les élections ».

Mais que cachent vraiment ces beaux slogans de « démocratie » et de « lutte contre les dictatures » ? L’exportation de la « démocratie » à travers les ONG ne rappelle-t-elle pas l’exportation de la « civilisation » qui fut l’un des principaux leitmotiv de la conquête coloniale subie par les peuples ? Ces mercenaires d’aujourd’hui ne sont-ils pas de simples copies des missionnaires d’antan qui balisèrent la voie des « tirailleurs » qui furent les troupes de choc commandées par les Faidherbe, les Galliéni, les Bugeaud pour tailler les immenses territoires qui constituèrent les empires coloniaux occidentaux ? Y en a marre et Balai citoyen ne sont-ils pas des « tirailleurs » missionnaires compléments des troupes de choc armées impérialistes d’aujourd’hui que sont les Daesh et Boko Haram au service de la françafric, de l’eurafric et de l’usafric ?

Avant Y en a marre et Balai citoyen, les « révolutions colorées »

Roumanie, RDA, Serbie, Georgie, Ukraine, etc, ont été les bancs d’essai expérimentaux pour renverser les pouvoirs qualifiés de « dictatures » et y installés les nouvelles tyrannies « démocratiques » libérales bourgeoises soumises aux intérêts impérialistes.

Cette stratégie a été récemment étendue aux révoltes populaires en Afrique du nord et au Moyen-Orient sous le nom de « printemps arabe ».

La question est toujours la même : comment dévoyer la colère du peuple contre les régimes dictatoriaux libéraux corrompus vers des pouvoirs « démocratiques » libéraux corrompus.

Ce schéma dont l’objectif est de préserver le contrôle de l’impérialisme sur le pays considéré intègre les fers aux feux utilisables pour empêcher la souveraineté nationale et populaire que sont les fanatiques religieux, les dictatures militaires qui partagent le programme unique libéral et la soumission aux diktats libéraux du FMI, de la Banque Mondiale et de l’OMC et l’implosion des Etats-Nations à l’instar de l’ex-Yougoslavie et du Soudan.

Rappelons qu’à la Baule en 1990, sentant la montée des mouvements populaires en Afrique, Mitterrand avait donné le coup d’envoi des « conférences nationales » en déclarant : « S’il y a contestation dans tel Etat particulier, eh bien ! que les dirigeants de ces pays en débattent avec leurs citoyens. Lorsque je dis démocratie, lorsque je trace un chemin, lorsque je dis que c’est la seule façon de parvenir à un état d’équilibre au moment où apparent la nécessité d’une plus grande liberté, j’ai naturellement un schéma tout prêt : système représentatif, élections libres, multipartisme, liberté de la presse, indépendance de la magistrature, refus de la censure : voilà le schéma dont nous disposons ».

Ces « conférences nationales » permirent ainsi de réaménager le système semi-colonial en transformant les dictatures militaires et/ou civiles en multipartisme intégral sans toucher aux fondements économiques et sociaux de l’oppression séculaire des peuples d’Afrique.

Puis ce fut le tour d’Obama de préciser récemment : « L’Afrique n’a pas besoin d’hommes forts, mais d’institutions fortes ».

Cette formule est devenue l’alpha et l’omega d’une certaine élite africaine lobotomisée qui se tourne de plus en plus vers l’impérialisme US. En effet l’opposition entre « hommes forts » et « institutions fortes » est une supercherie monumentale d’attrape-nigauds. Il n’y a pas et ne peut y avoir de muraille de Chine entre ces deux notions, car le lien est ici dialectique, les deux concepts s’influencent réciproquement sur la base des intérêts et des objectifs des classes que représentent les « hommes » et les « institutions ».

Quelles « institutions fortes » y a t-il aux USA quand 1 sur deux citoyens ne votent tout simplement plus et que le bipartisme bourgeois y interdit de fait toute candidature en dehors des deux partis « républicains et démocrates » des capitalistes ? Quelles « institutions fortes » trouve-t-on en France quand le vote NON du peuple contre le traité constitutionnel est travesti par l’adoption du parlement du traité de Lisbonne ?

C’est ce piège dans lequel est manifestement tombé « Y en a marre » quand, suite à l’audience que leur avait accordé Obama à Gorée le 28 juin 3003, leur porte parole déclare comme hypnotisé : « Le président Obama a été très attentif à notre discours sur la jeunesse. La rencontre a d’ailleurs duré plus longtemps que ce qui était prévu initialement. Il a pris certains engagements (lesquels ?), mais je préfère ne pas entrer dans les détails, car un communiqué officiel sur cette rencontre doit être rendu public prochainement. Concernant Y’en a marre, il a conclu en nous demandant de rester forts : « Be strong ! », indique Fadel Barro ».

Obama leur demande d’être « forts » dans un entretien lors duquel selon Y en a marre « il a beaucoup été question de gouvernance et de démocratie, mais aussi de l’entreprenariat des jeunes, de l’importance d’un développement qui passe par la terre, qui donne des raisons aux jeunes de rester chez eux » (idem).

Gorée Institute est « l’organisation panafricaine de la société civile ouvrant à la promotion de la démocratie, du développement et de la culture en Afrique » qui a abrité cette recommandation de l’impérialisme US démontrant ainsi à quoi peuvent bien servir cette foison abondante d’ONG en Afrique ccomme l’Usaid, le corps de la paix, etc.

D’où cette sortie pertinente du site d’information Leral après le safari Y en a marriste avorté de Kinshasa : « On savait que Y en a marre bénéficie d’appuis financiers et de subventions des ONG (organisations non gouvernementales et des fondations internationales). Mais on ne savait pas que le pays d’Obama, à travers le département d’Etat, considère ces jeunes sénégalais comme de puissants leviers pour redessiner la carte de l’Afrique ».

C’est ainsi que l’on apprend le rôle de recruteur pour les basses besogne fortement monnayées de l’Ambassadeur d’origine Congolaise des USA au Burkina Faso. Son pedigré officiel en dit long sur sa mission qui consiste à fabriquer des « révolutions colorées » à la sauce africaine : « Dr. Tulinabo S. Mushingi a été confirmé Ambassadeur Extraordinaire et Plénipotentiaire des Etats-Unis d’Amérique auprès du Burkina Faso par le Sénat américain et le Président Barack Obama, respectivement le 9 et le 25 juillet 2013. L’Ambassadeur Mushingi, un diplomate de carrière du Senior Foreign Service, a servi en qualité de Secrétaire Exécutif Adjoint et Directeur Exécutif du Secrétariat Exécutif d’Etat de 2011 à 2013. L’Ambassadeur Mushingi fut également Premier Conseiller à l’Ambassade des Etats-Unis d’Amérique en Ethiopie où il s’engagea activement à promouvoir la politique américaine dans la corne de l’Afrique, tout en menant les activités des différentes agences gouvernementales et supervisant la gestion des ressources de cette mission qui constitue la troisième plus grande présence du Gouvernement américain en Afrique, tout en apportant son appui à la représentation américaine auprès de l’Union Africaine. De 2006 à 2009, l’Ambassadeur Mushingi a servi en tant que Conseiller de l’Ambassade des Etats-Unis d’Amérique en Tanzanie. De 2003 à 2006, il fut attaché au Secrétariat Exécutif chargé d’accompagner les Secrétaires adjoints Armitage et Zoellick à l’étranger. L’Ambassadeur Mushingi a également occupé diverses fonctions à l’étranger, y compris à Kuala Lumpur, Malaisie ; Maputo, Mozambique ; Lusaka, Zambie ; et Casablanca, Maroc ; ainsi qu’au Département d’Etat à Washington D.C., notamment auprès du Bureau of Intelligence and Research ; le Bureau of International Organization Affairs et le Bureau of Human Resources. Il a reçu plusieurs distinctions, dont deux Superior Honor Award du Secrétaire Clinton et du Secrétaire-adjoint Armitage et un autre pour son leadership remarquable au cours de la visite de quatre jours du Président Bush en Tanzanie, qui fut un véritable succès. Pendant son passage au Foreign Service Institute, de 1989 à 1991, Dr. Mushingi a réussi à mettre en œuvre des mesures concrètes pour diversifier le corps enseignant d’une des plus grandes sections de langues étrangères de cet institut qui forme le Corps Diplomatiques des Etats-Unis. L’Ambassadeur Mushingi a travaillé pour le Corps de la Paix des Etats-Unis d’Amérique en Papouasie Nouvelle Guinée, en RD Congo, au Niger et en République Centrafricaine. Pendant de nombreuses années, il était professeur visiteur à Dartmouth College et professeur à Howard University ».

Confronté à cette orchestration provocatrice, Lambert Mendé, ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement de la RDC annonce fermement les décisions prises : « Nous avons décidé de les expulser de notre territoire : ils n’ont pas le droit de venir faire de la politique ici (…) ils ont prétendu être venus ici pour agir dans le sens d’un changement du régime d’un pays qui n’est pas le leur, cela ne se fait pas. Conformément à la loi, nous les expulsons donc de notre territoire. Nous n’avons pas à nous expliquer sur cela. il y a beaucoup de problème à cet égard, il y a beaucoup d’argent qui a circulé, il y a des comptes qui ont été ouverts sous de fausses identités… Il y a même une fausse société qui a été créée pour pouvoir inviter les trois Sénégalais et le Burkinabè. Nous avons trouvé une littérature assez inquiétante sur le retour des jihadistes ; nous avons retrouvé des tenues militaires : tout cela nécessite que ceux qui sont à la base de cette initiative puissent passer devant le procureur » (RFI).

Pourquoi la RDC ?

La RDC est, dès le départ, un des pays d’Afrique qui a subi un traitement particulier de la part de tous les impérialistes. Après les massacres et génocides du colonialisme Belge, le pays a été tout de suite mis sous coupe réglée suite à l’assassinat de Lumumba puis de Mulélé et l’installation au pouvoir de Mobutu, second plus grand assassin du peuple Congolais.

Le Zaïre devint ainsi la base arrière de l’UNITA pro-néo-coloniale contre le MPLA porteur du projet indépendantiste radical, solidaire de la SWAPO de Namibie et de l’ANC anti-apartheid sud-africain. Il faut ici rappeler l’internationalisme en acte fondamental de la « petite » Cuba qui, avec les combattants du MPLA, ont infligé la défaite historique de Cuito Cuanavale aux troupes racistes sud africaines soutenues par l’impérialisme US et l’UE, ce qui a contraint Prétoria à libérer Mandela et à négocier le principe d’un « homme = une voix ».

Mobutu, tout comme Houphouët, Senghor, Bongo, Eyadéma, Ahidjo, etc, ont été des piliers du système néo-colonial imposé dans le sang par l’impérialisme pour contrôler l’Afrique. Ils ont été aussi des alliés du sionisme en Afrique.

L. D. Kabila, qui avait maintenu un foyer de résistance dans le Kivu (« Ehobora »), visité un moment par Che Guevara, forgea une alliance nationale et panafricaine en 1996 pour briser le piège de cet arbre à palabre inefficace et trompeur de la « conférence nationale » imposée par Miterrand en 1990 avant de renverser le président léopard Mobutu.

L’abandon de la voie révolutionnaire et panafricaine par le Rwanda, un moment allié de L. D. Kabila, se traduisit par une tentative de coup d’état déjouée contre Kabila et l’occupation militaire de l’est du Congo par des milices armées. Cette guerre d’occupation territoriale imposée à la RDC qui se poursuit a fait plus de 5 millions de morts pendant que les richesses de l’est du Congo continuent d’être pillées par les Multinationales des impérialistes US et de l’UE.

L. D. Kabila fut assassiné, mais le nouveau pouvoir Congolais ne tomba pas et Joseph Kabila prit la relève de son père tout en faisant des concessions aux impérialistes. Toutefois, ce compromis qui cède à l’affairisme impérialiste occidental a été accompagné d’une ouverture du pays à d’autres partenaires économiques dont les BRICS.

Parallèlement, des projets économiques stratégiques panafricains d’envergure voient le jour avec l’Angola, le Zimbabwé, l’Afrique du Sud, la Namibie, la Guinée Equatoriale, le Mozambique, etc… y compris des projets de défense militaire patriotique et panafricaine. L’axe que constitue la SADC prend ainsi peu à peu le chemin du déserrement de l’étau néocolonial des puissances impérialistes US et de l’UE.

Malgré le tour libéral des politiques que mènent le fils Kabila, force est de constater que les impérialistes cherchent à se débarrasser du régime kabiliste parce que justement la Chine et d’autres pays émergents sont devenus et/ou sont en cours de devenir les premiers partenaires économiques et commerciaux de la RDC et des pays de la SADC. Il n’est pas rare d’entendre dans ces pays la phrase suivante : « la coopération avec les BRICS, en particulier la Chine, a réalisé en quelques années ce que des siècles de domination coloniale occidentale n’ont pas réalisé, notamment en terme d’investissements dans les infrastructures ».

Confrontées à cette concurrence, c’est ainsi que les impérialistes remettent en scène le dinosaure, ex-ministre de Mobutu, Tshésékédi, et autres apatrides qui ont mangé à la soupe Mobutu, sans oublier l’achat d’éléments de la « diaspora » congolaise en Europe pour vilipender J. Kabila en l’amalgamant avec les chefs d’état néocoloniaux des réseaux françafricain, eurafricain, usafricain. Tout ce beau monde s’agite bruyamment et agressivement en attaquant parfois physiquement les autorités congolaises en visite dans les pays européens dans le but de ramener carrément la RDC dans le giron de la domination sans partage des impérialistes US et de l’UE.

Là où la guerre à l’est et l’inféodation aux impérialiste de la soi-disant « opposition » congolaise sont en passe d’échouer, c’est manifestement Y en a marre et Balai citoyen qui sont ainsi mis à contribution par les impérialistes pour destabiliser et renverser le pouvoir Kabiliste. Tout ceci est fait aussi pour berner les peuples africains et les militants panafricanistes.

Cabral, Sankara, Nkrumah, Um Nyobé, Cheik Anta Diop comme icônes inoffensives

Y en a marre et Balai citoyen ont souvent à la bouche ou sur leurs tee-shirts ces figures historiques des luttes anti colonialistes et anti impérialistes africaines. Ils les présentent comme leurs inspirateurs et références. Presque tous ces héros sont des martyrs assassinés par les mêmes qui les financent et se tapissent derrière le « tourisme » politique prétendument « patriotiques et démocratiques » des louangeurs Y a en marristes qui en font des icônes inoffensives tout comme les publicistes des Multinationales prédatrices le font maintenant avec la figure du CHE.

Certains d’entre eux sont des collabos conscients des impérialistes, mais tous ne le sont pas, notamment les dizaines et centaines de milliers, voire des millions de jeunes qui ont été les acteurs majeurs des historiques journées du 23 juin et du 30 au 31 octobre au Sénégal et au Burkina Faso.

Que savent-ils vraiment des théories et pratiques des révolutions africaines incarnées par les Cabral, Sankara, Um Nyobé, Osendé Afana, F.R. Moumié, Nkrumah, Cheikh Anta Diop, Victor Diatta, Lamine Arfan Senghor, Thiémoko Garan Kouyaté, des doyens du PAI qui ne sont jamais reniés, etc …? Savent-ils que ces héros et martyrs ont été liquidés par les impérialistes avec la complicité directe ou indirecte d’Africains qui ont été les rouages humains de la servitude dont les peuples africains sont victimes jusque de nos jours ? Sont-ils vraiment prêts à se mettre, en théorie et en pratique, à l’école de ceux et celles qui ne doivent pas devenir les icônes inoffensives instrumentalisées par des pantins au service des impérialistes ?

Les grands révolutionnaires africains ont forgé, à défaut de vaincre, des théories et pratiques pour que l’Afrique et les peuples d’Afrique conquièrent l’indépendance et la souveraineté nationale et populaire. C’est cela qu’ils ont légué à la jeune génération d’aujourd’hui qui doivent à leur comme le dit F. Fanon s’acquitter de leur devoir en parachevant leur oeuvre émancipatrice.

L’escapade néocoloniale en RDC de Y en a marre et du Balai citoyen interpelle chaque jeune qui s’est engagé dans la mobilisation citoyenne que ces mouvements, médiatisés par les ONG et la presse impérialiste, ont représenté.

La jeunesse africaine doit s’affranchir des diktats de la pensée unique libérale déclinée sous la forme trompeuse de la promotion de « l’entreprenariat privé » et des « institutions fortes ».

En effet, seuls des hommes et des femmes « forts » forgeant des « institutions fortes » comme un parti populaire organisé et un Etat stratège au service du peuple, c’est à dire de la majorité ouvrière, paysanne et des travailleurs du secteur informel peuvent œuvrer, en encadrant et en contrôlant la bourgeoisie nationaliste, à frayer la voie à la libération et à planifier le développement national et panafricain de l’Afrique.

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